Le
Zimbabwe, quelques données
Robert
Gabriel Mugabe est né en 1924 à une cinquantaine
de kilomètres de la capitale du Zimbabwe, Harare, qui s'appelle
alors Salisbury. Il est issu de l'ethnie majoritaire du pays,
les Shonas.
Après avoir fait ses études auprès
des missionnaires, il obtient le premier de ses sept diplômes
de l'Université de Fort Hare (Afrique du Sud). Il veut
être instituteur.
Le combat pour l'indépendance
Robert Mugabe jeune a l'âme d'un révolutionnaire.
Il sera formé à Pékin et en Corée
du Nord mais, très tôt, il tourne son combat vers
son pays natal, qu'il veut libérer du joug colonial.
En 1960, il rentre en Rhodésie (l'ancien
nom du Zimbabwe) et se joint à l'Union du peuple africain
du Zimbabwe (ZAPU), parti de Joshua N'Komo, dirigeant syndicaliste
ndébélé (ethnie minoritaire du pays). Trois ans plus tard, Robert
Mugabe fonde un mouvement dissident, l'Union nationale africaine
du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU).

Ian Smith a pu demeurer député après l'indépendance
En 1965, soit un an après avoir pris le
pouvoir, le chef du gouvernement de la minorité blanche
rhodésienne, Ian Smith, déclare unilatéralement
l'indépendance. La ZANU est interdite; Mugabe est condamné
sans procès et emprisonné pendant une dizaine d'années
(comme Joshua N'Komo). En prison, il obtient plusieurs autres
diplômes universitaires. En 1974, il quitte finalement la
Rhodésie pour le Mozambique, pays voisin, d'où il
prend la tête de la rébellion armée contre
Ian Smith.
Fin 1976, la ZANU, appuyée par la Chine
maoïste, et la ZAPU, appuyée par l'Union soviétique, unissent
leurs mouvements au sein du Front patriotique.
À l'époque,
Robert Mugabe est surnommé « Camarade Bob ».
Il se réclame de l'idéologie marxiste-léniniste.
En 1979, à l'issue de longs déchirements
et à la suite de quatre mois de négociations mettant
en scène les grandes puissances internationales, les accords
de Lancaster House sont conclus; ces accords ouvrent la voie à
l'indépendance et Robert Mugabe effectue un retour triomphal
au pays. À la suite d'élections générales,
Mugabe devient premier ministre et forme un gouvernement de réconciliation
nationale. Il inclut dans son conseil des ministres plusieurs
de ses adversaires et son rival, Joshua N'Komo, ainsi que deux
ministres blancs... pour un temps.
L'accession à l'indépendance
aura été le fruit de longues tractations.
« Dans
la nuit du 17 avril 1980, la naissance du nouvel État
du Zimbabwe fut saluée par une salve de 21 coups de canon, un
flambeau allumé et une prière. »
Mugabe, porteur
de tous les espoirs
Pendant les premières années
qui suivent l'indépendance, le Zimbabwe est presque un
modèle dans une Afrique australe meurtrie. Ce fut en effet
l'un des premiers pays à connaître une transition pacifique, dans
une région alors particulièrement troublée. La signature des accords
de Lancaster House devant permettre l'accession au pouvoir de
la majorité noire fut considérée comme un formidable succès. Par
ailleurs, à l'époque, des dispositions rassurant
les propriétaires terriens blancs eurent pour effet de
préserver le pays d'une chute dans le marasme économique.
La réforme
agraire, au cur du combat pour l'indépendance.
La
question de la redistribution des terres à la population
noire est au centre des accords de Lancaster House. Ce
transfert devait se faire de façon harmonieuse,
avec l'aide financière de Londres. Plus tard, Robert
Mugabe reprendra ce projet à son compte et en présentera
sa version, marquée par l'incohérence et
la coercition, surtout à partir de 2000. Il cherchera
à exproprier sans indemnisation les fermiers blancs
afin de redresser les inégalités foncières et sociales
héritées de la colonisation britannique. Plus de 1700
des 4500 exploitations blanches sont occupées par des
Noirs depuis mars 2000, ce qui a eu pour effet de paralyser
la production agricole et d'appauvrir davantage le pays.
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« Nous voulons créer
un État de justice et d'égalité »,
a déclaré Robert Mugabe au lendemain de sa victoire.
Il est alors perçu par la communauté internationale
comme un conciliateur, favorable à l'ouverture, à
l'égalité sociale et à l'harmonie raciale :
une image qui changera au fil des ans.

Avec René Lévesque

Avec Pierre Trudeau
Pendant
ces premières années, il multiplie les visites à
l'étranger. Plus tard, quand le régime prendra des
allures de dictature, il sera la cible de critiques répétées
pour ses violations des droits de la personne.
Rapidement, les tendances autoritaires de Mugabe
se font sentir bien que, sur le plan économique, le pays
soit alors en plein essor. En 1983 et en 1984, Mugabe écrase
par la force les partisans de son rival, Joshua N'Komo. Les massacres
qui résultent de cet affrontement font au moins 20 000
morts.
Cette image montre Robert Mugabe présidant les
travaux parlementaires, peu après l'indépendance.
En 1987, Robert Mugabe décide de rompre
avec la constitution de type britannique et se fait élire
président de la république par le Parlement (31
décembre). Il sera reconduit successivement en avril 1990
et en mars 1996.
En 1988, les deux mouvements créés au début des
années 1960 pour obtenir l'indépendance d'un Zimbabwe gouverné
par les Africains fusionnent au sein du ZANU-PF (Front patriotique).
Le parti de Robert Mugabe domine dès lors totalement la
vie politique du pays.
Le déclin du Zimbabwe
Dès le début des années 90,
le Zimbabwe plonge dans les difficultés économiques
et politiques. Le dossier de la répartition des terres
ressurgit et la réforme agraire est relancée avec,
de la part de Mugabe, un double discours tantôt violemment
anti-Blancs, tantôt rassurant pour les Zimbabwéens d'origine
européenne.
Face à la crise économique, la Banque
mondiale et le Fonds monétaire international, bêtes noires
du régime Mugabe, prescrivent au pays un sévère programme
d’ajustement structurel, qui provoque la hausse vertigineuse des
prix alimentaires et du chômage, mais qui permet tout de même
une amorce de redressement.
Au
mois d'août 1996, le pays connaît une première grande manifestation
de fonctionnaires réclamant des hausses de salaire et une série
de grèves dans l'administration et les services publics.
L'année 1997 constitue un tournant. Mugabe
commet des erreurs qui sont en grande partie à l'origine
de la crise actuelle au pays :
- il alloue unilatéralement aux vétérans
de la guerre d'indépendance des indemnités de retraite
qui creusent le déficit;
- il publie une liste de fermes susceptibles de faire l'objet
d'expulsion sans indemnité ni procédures;
- l'année suivante, il envoie 6000,
puis 11 000 soldats au Congo-Kinshasa pour soutenir le président
Laurent-Désiré Kabila, qui fait face à une rébellion appuyée
par l'Ouganda et le Rwanda, à un coût faramineux.
Magaba, en langue
shona, signifie « l'homme cruel ».
Nouvelle
vague de violence au Zimbabwe
13 août 2001 (Site des nouvelles de Radio-Canada)
Une défaite cuisante illustre la montée
de l'opposition anti-Mugabe : celle du référendum,
tenu en 2000, visant à mettre en place une nouvelle constitution
qui aurait consolidé les importants pouvoirs du président et permis
l'expropriation des fermiers blancs sans indemnisation. Mugabe
échoue.
Les droits individuels : sous
Mugabe, l’intolérance et la persécution des homosexuels sont généralisées,
même aux plus hauts échelons de l’État. Les femmes sont,
dans bien des cas, victimes de discrimination. Plusieurs pays,
dont le Canada, ainsi que les organismes voués à
la défense des droits de la personne, dénoncent
régulièrement les violations commises dans ce pays.
| Sur le plan personnel :
la première femme du président, Sally, était
très aimée de la population. Mugabe a choqué
une partie de son peuple en ayant deux enfants avec sa secrétaire
particulière, Grace, de quarante ans sa cadette,
alors que sa première femme était mourante.
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