Pouvoir et longévité : le
deuxième mandat

Estimant avoir rempli ses engagements électoraux
de 1993, Jean Chrétien convoque les électeurs aux urnes au printemps
1997 pour la campagne électorale la plus courte de l'histoire
du pays : 36 jours.
Les libéraux ont mené une lutte au déficit en le
ramenant de 42 milliards de dollars en 1993, à 16 milliards
en 1997. Conscient que les Canadiens s'opposent à des élections
anticipées, le premier ministre demande un mandat qui lui permettra
de défendre la cause fédéraliste lors de la prochaine bataille
référendaire au Québec.
Jean Chrétien est réélu député de
Saint-Maurice le 2 juin 1997, tandis que son parti obtient,
pour la seconde fois consécutive, une majorité de sièges
à la Chambre des communes.
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Élections de
1993 et 1997
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1993
Parti libéral : 177 députés et 41,3 % des voix
Bloc québécois : 54 députés et 13,5 % des voix
Parti réformiste : 52 députés et 18,7 % des voix
NPD : 9 députés et 6,9 % des voix
Parti progressiste-conservateur : 2 députés et 16 %
des voix
Indépendant : 1 député
Participation des électeurs :
69,6 %
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1997
Parti libéral : 155 députés
Parti réformiste : 60 députés et 19,4 % des voix
Bloc québécois : 44 députés et 10,7 % des voix
NPD : 21 députés et 11 % des voix
Parti progressiste-conservateur : 20 députés et 18,8 %
des voix
Indépendant : 1 député et 1,6 % des voix
Participation des électeurs :
67 %
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Ce mandat est marqué par des querelles entre le fédéral
et le provincial, par exemple sur la question de la formation
de la main-d'uvre.
Par contre, dans un contexte économique
favorable, le redressement des finances se poursuit. Le déficit
est jugulé, Ottawa a maintenant des surplus à sa
disposition. Il faut dire que c'est en coupant massivement dans
les paiements de péréquation aux provinces, entre
autres, que le gouvernement a pu en arriver là (mais à
quel prix, diront les critiques).
Bien des irritants subsistent, comme l'état
du système de santé et la pauvreté des enfants.
Peu avant les élections, le gouvernement apporte certains
assouplissements au régime d'assurance-emploi, qui pénalise
les travailleurs saisonniers et les jeunes.
C'est une époque où les échanges
avec l'étranger sont primordiaux dans le contexte de la
mondialisation croissante des marchés. On voit fleurir
les missions commerciales avec Équipe Canada.

Entarté! (août 2000)
Élections 2000 : le troisième mandat
Fort de multiples sondages rassurants, Jean Chrétien
décide de déclencher des élections anticipées
à l'automne, dans un contexte où son leadership
est remis en cause et où son parti lui-même ne veut
pas de scrutin. Plusieurs pensent qu'il doit partir. Il justifie
sa décision de déclencher des élections hâtives par le défi
lancé par Stockwell Day, chef de l'Alliance canadienne.
Dans
les messages publicitaires libéraux, on note la présence
de celui qui est maintenant le grand rival de Jean Chrétien,
le ministre des Finances, Paul Martin.
Cependant, la campagne est caractérisée
par l'absence de réelle plateforme libérale, mis
à part les promesses de baisses des impôts. Ceci
est souligné lors du débat des chefs.
Pendant la campagne : Le premier des
deux débats des chefs a été l'occasion d'aborder les grands thèmes
de la politique canadienne. Jean Chrétien, Stockwell Day, Gilles
Duceppe, Alexa McDonough et Joe Clark ont été appelés à se prononcer
sur les problèmes du système de santé canadien. Tour à tour, les
chefs des quatre partis d'opposition ont attaqué le bilan du gouvernement
Chrétien. Le premier ministre a été amené à justifier les réductions
faites dans les transferts aux provinces.
La leader du Nouveau Parti démocratique,
Alexa McDonough, dénonce l'inaction du gouvernement libéral
en matière d'environnement. Le Bloc québécois, de
son côté, lui reproche notamment les compressions
dans l'assurance-emploi, le durcissement proposé des mesures contre
les jeunes contrevenants et le refus de s'entendre avec le Québec
sur les congés parentaux.

« C'est vous,
M. Chrétien, qui êtes responsable des problèmes du système
de santé au Canada. »
- Joe Clark
Malgré tout cela, le Canada se réveille
plus rouge que jamais au lendemain des élections
générales. Le Parti libéral du Canada, dirigé par
le premier ministre Jean Chrétien, est reporté au pouvoir à Ottawa
avec une majorité accrue. Il obtient un troisième gouvernement
majoritaire consécutif, une première depuis MacKenzie King. Il
faut toutefois noter le faible taux de participation des électeurs,
soit 62 %, le plus bas de notre histoire.
Les libéraux obtiennent 173 sièges, 18 de plus qu'aux élections précédentes. Ils enlèvent 37 circonscriptions au Québec, ce qui les place à égalité avec le Bloc québécois. En pourcentage, toutefois, les libéraux dépassent le Bloc avec 44 % des suffrages exprimés, contre 40 %. Pour Jean Chrétien, c'est une véritable consécration.
Le temps des décisions
Fort de sa réélection
et de sa popularité, Jean Chrétien tient toujours
les rênes du pouvoir. Cependant, il ne peut rester en poste
indéfiniment. Le temps passe et les pressions sont fortes
pour qu'il cède la place.
Jean
Chrétien, aux dires de ses proches, a toujours su s'entourer
de conseillers loyaux, tels que son ami de longue date et ancien
maire de Québec, Jean Pelletier.
Dans une entrevue accordée au Point
en juin 2001, Jean Pelletier soutient que le premier ministre
avait bel et bien l'intention de se retirer il y a un an et demi,
et de ne pas solliciter de troisième mandat. Mais l'empressement
de l'équipe Martin l'a fait changer d'avis.
La liste des intéressés à la succession était longue
à l'automne 2001. Outre Paul Martin, elle comprenait, selon
les bruits circulant à Ottawa, la ministre du Patrimoine, Sheila
Copps, le ministre de la Santé, Allan Rock, le ministre de l'Industrie,
Brian Tobin, et le ministre des Affaires étrangères, John Manley.
Janvier 2001 :
Important remaniement ministériel
15 janvier 2001 : Jean Chrétien
procède à un important remaniement ministériel,
qui survient dans la foulée de l'annonce-surprise de la
démission de Brian
Tobin. Celui que beaucoup percevaient comme le poulain naturel
de Jean Chrétien se retire de la vie politique pour des
raisons personnelles.
Le
Conseil des ministres

Ces changements remettent déjà
à l'ordre du jour la question d'une éventuelle succession
à Jean Chrétien. Avec le départ de Brian
Tobin, Paul Martin paraît de mieux en mieux placé
pour prendre la relève. Cependant, un autre ministre, jeune
encore, prend du galon : John Manley, qui devient alors vice-premier
ministre. Celui-ci a su s'illustrer, surtout depuis les attentats
du 11 septembre.
Par ailleurs, le premier ministre
Jean Chrétien laisse clairement entendre qu'il demeurera à son
poste pour au moins une autre année et qu'il n'entend pas tirer
sa révérence dans un avenir prévisible. Au cours d'un point de
presse suivant le remaniement ministériel, M. Chrétien déclare
qu'il ne désignera pas de dauphin pour lui succéder, mais que
cette tâche incombe aux militants libéraux. Rappelant la phrase
fameuse de Pierre Elliott Trudeau en 1984, le premier ministre
ouvre son point de presse en déclarant qu'il est allé faire une
promenade dans la neige et qu'il a décidé de rester en poste.
« Je partirai quand je le déciderai », a répété le premier
ministre à plusieurs reprises.
Le départ d'un grand rival

Le 2 juin 2002,
Jean Chrétien élimine son grand rival à l'intérieur
du parti, Paul Martin, ministre des Finances, en le sommant de
quitter le Conseil des ministres. La situation entre les deux
hommes est devenue intenable. Le premier ministre ne peut admettre
que son leadership soit remis en question alors qu'il est encore
en place.
Août 2002 :
Jean Chrétien annonce son départ
Le renvoi de Paul Martin ouvre alors la porte à une guerre de huit mois, jusqu'au congrès libéral de février 2003. Le 21 août 2002, Jean Chrétien met toutefois fin au questionnement général en annonçant qu'il quittera ses fonctions de premier ministre et de chef du Parti libéral du Canada en février 2004.
Fort des appuis engrangés au fil des années, Paul Martin dominera de bout en bout la course a la direction du parti. Le 14 novembre 2003, il est officiellement désigné chef libéral. Il deviendra premier ministre le 12 décembre. Jean Chrétien aura gouverné le pays pendant un peu plus de 10 ans.
Les Communes rendent hommage
à Jean Chrétien
Le
5 novembre 2003, Jean Chrétien fait ses adieux officiels
aux membres du caucus.
Le premier ministre a eu droit aux
bons mots du chef du Parti conservateur, Joe Clark, qui a aussi
souligné la forte contribution de Mme Chrétien aux
affaires du pays. De son côté, John Reynolds a prononcé
l'hommage de l'Alliance canadienne au nom du chef du parti, Stephen
Harper.
Le porte-parole du Nouveau Parti démocratique,
Bill Blaikie, a rappelé qu'un des gestes les plus importants
posés par M. Chrétien a été de ne
pas engager le Canada dans la guerre en Irak aux côtés
de la coalition américano-britannique.
Le
chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a rendu
pour sa part à M. Chrétien un hommage quelque peu
grinçant, en répétant que si M. Chrétien
considère le rapatriement de la Constitution canadienne
comme une de ses principales réalisations, cet épisode
demeure un moment déchirant pour un bon nombre de Québécois.
Dans sa réponse, le premier
ministre a d'abord indiqué ce qui l'avait le plus touché
dans le discours de ses collègues, soit l'hommage rendu
à sa femme Aline. Il a par ailleurs rappelé différents
moments de ses 40 ans de vie parlementaire, parfois avec beaucoup
d'humour. M. Chrétien s'est dit particulièrement
fier de ses racines françaises, se disant convaincu que
si le fait français avait survécu en Amérique,
c'est parce qu'il y avait eu le Canada. Il a enfin rendu hommage
à ses électeurs de Saint-Maurice et de Beauséjour,
au Nouveau-Brunswick, qu'il a représentés pendant
trois ans.
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