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La position des grands partis au Québec sur
la place du privé dans la santé
Du côté
de l'opposition, tout d'abord
L'Action démocratique du Québec propose un
programme jugé audacieux par certains et révoltant
par d'autres. En santé autrement, document adopté
en octobre 2002 lors du congrès du parti, propose entre autres
de faire une beaucoup plus grande place à la médecine
privée. Les adéquistes proposent d'éliminer
les plafonnements et les quotas d'intervention imposés aux
médecins : quand ceux-ci auront atteint le nombre d'actes
maximal autorisé dans le système public, ils pourront
pratiquer en clinique privée ou dans des centres alternatifs.
Selon le programme, si un patient choisit de se faire traiter dans
le privé, il sera appelé à contribuer aux coûts
des soins, en défrayant les frais « administratifs »
reliés à une intervention, comme le coût de
la salle d'opération ou des instruments utilisés.
L'État, pour sa part, se chargerait de payer l'anesthésiste
ou le chirurgien. Le secteur privé pourrait aussi être
mis à contribution pour prendre la relève du public
si ce dernier ne pouvait respecter les délais d'attente prescrits.
Dans ce cas, tout citoyen devant aller en clinique privée
sera remboursé à 100 % par le gouvernement.
Le
programme de l'ADQ risque fort de se heurter à un mur de
réprobation auprès du gouvernement fédéral
puisqu'il remet en cause l'un des principes fondamentaux de la Loi
canadienne sur la santé : celui de l'universalité
des soins. Cependant, il rallie des appuis non négligeables
et parfois surprenants. Par exemple, l'ancien ministre libéral
Claude Castonguay, celui que l'on appelle communément « le
père de l'assurance maladie », ainsi qu'un ancien
candidat péquiste, le docteur Réjean Thomas, ont tour
à tour déclaré, lors du congrès du parti,
qu'il fallait ouvrir la porte au partenariat public-privé
en santé.
Le
Parti libéral du Québec
Un plan d'action du Parti libéral du Québec, intitulé
Un gouvernement au service des Québécois
Ensemble, réinventons le Québec, propose de réinvestir
en santé et en éducation, et ce de façon massive.
Dans cette optique, le chef libéral Jean Charest se dit totalement
opposé à un système de santé à
deux vitesses. Les libéraux ouvriraient pourtant la porte
au privé dans des domaines bien circonscrits tels que les
cafétérias, les buanderies ou les cliniques médicales
affiliées, mais à la condition que les patients n'aient
pas un sou à débourser. Le PLQ affirme qu'il n'acceptera
jamais un système « où les soins que
vous recevez sont déterminés directement par l'épaisseur
de votre portefeuille », a affirmé Jean Charest.
Le chef libéral a réitéré
cette position le 8 novembre 2002 à l'occasion d'un colloque
: « Nous sommes fondamentalement opposés à
toute tarification directe. Mais nous sommes tout aussi fermement
convaincus que le privé doit jouer un rôle important
dans le réseau. Entre l'approche doctrinale du Parti québécois,
pour qui rien ne peut se passer à l'extérieur de la
chapelle publique, et l'ADQ, qui propose de monnayer la santé,
il y a un juste milieu. C'est celui des partenariats public/privé.
Nous recourrons aux cliniques médicales spécialisées
pour augmenter l'offre de services, désengorger le réseau
public et réduire les listes d'attente, notamment en chirurgie.
Une multitude d'interventions, d'examens ou d'analyses seront effectués
quotidiennement en clinique. Mais le patient ne déboursera
jamais un sou de plus que sa contribution en impôts. L'offre
de services en matière de santé se résumera
comme ceci : plusieurs fournisseurs, un seul assureur, l'État. »
Quant au gouvernement en
place...
Le gouvernement péquiste se plaint que la réduction
des transferts fédéraux aux provinces et sa
conséquence, le déséquilibre fiscal
l'empêche de régler les problèmes du système
de santé. Souhaitant visiblement reprendre le haut du pavé
d'ici les prochaines élections provinciales, le Parti québécois
veut faire la démonstration qu'il peut remettre le système
de santé sur les rails. Le ministre de la Santé, François
Legault, a d'ailleurs déclaré, à l'occasion
de la Conférence des ministres de la Santé à
Banff, en Alberta, en septembre 2002 : « Le Québec
et les autres provinces possèdent l'expertise et la volonté
d'offrir à leur population des services de santé accessibles
et de qualité. Ce qui menace le plus notre capacité
à les offrir, c'est le déséquilibre fiscal ».
Le gouvernement Landry évalue à 1,8
milliard de dollars les sommes à réinvestir
pour assurer des soins de santé de qualité au Québec.
Le plan d'action du ministre François Legault conclut que
le budget de la santé devra être augmenté de
5,2 % par année pour faire face à l'augmentation des
dépenses. Cette hausse est due au vieillissement de la population
ainsi qu'à l'augmentation des prix des médicaments
et de l'évolution technologique.
Le plan gouvernemental rejette l'idée de privatisation
partielle des soins de santé. Le ministre Legault conclut
que le Québec doit récupérer du fédéral
la part qui lui revient en vertu du déséquilibre fiscal.
Entretemps, le ministre Legault effectuera une tournée dans
les régions du Québec pour tenter de trouver des solutions
à court terme.
Bernard Landry
Le premier ministre du Québec a déclaré sans
équivoque qu'il n'y aurait pas de système de santé
à deux vitesses tant que son gouvernement serait en place.
Le plan d'action gouvernemental, affirme-t-il, sera centré
principalement sur le concept de groupes de médecine familiale
ainsi que sur celui, nouveau, des « cliniques pivots »
ouvertes jusqu'à 21 heures et dont le rôle premier
sera de désengorger les urgences.
D'ailleurs, Bernard Landry a répété que l'objectif
principal du gouvernement en matière de santé était
le renforcement des soins de première ligne pour donner,
par exemple, une vocation encore plus médicale aux CLSC et
ainsi délester les hôpitaux.
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Le Québec
exige le rétablissement au niveau de 1994 de
la
contribution fédérale pour le financement
de la santé. En 1994, Ottawa finançait
18 % des soins de santé dans le cadre du programme
de transfert social du Canada. En 2001, cette part n'était
plus que de 13,7 %.
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Du côté d'Ottawa et dans le reste
du Canada
Ottawa nie l'existence d'un déséquilibre fiscal
et estime que les provinces, Québec au premier rang, doivent
mieux gérer leurs finances pour préserver leurs services
de santé et les adapter à l'évolution de la
demande. Cependant, les pressions conjuguées des provinces
pour obtenir une révision à la hausse des montants
accordés commencent à peser lourd sur Ottawa, ainsi
que les appels lancés par l'opposition.
Santé :
la guerre reprend entre Ottawa et les provinces
Site des nouvelles de Radio-Canada, juillet 2002
Alexa
McDonough déplore la hausse du nombre de cliniques privées
Site des nouvelles de Radio-Canada, août 2002
Par ailleurs, la ministre de la Santé du
Canada, Ann McLellan, a mis ses homologues provinciaux au défi
de prouver qu'un système de soins privés, à
but lucratif, serait moins coûteux ou supérieur à
un système public. Selon elle, rien n'est moins certain.
Les ministres de l'Ontario, de l'Alberta et de la Colombie-Britannique
préconisent un régime à la fois public et privé
de soins de santé financé par les impôts des
contribuables, mais les gouvernements en place dans des provinces
comme le Québec et la Saskatchewan préfèrent
un régime public, dont l'efficacité serait rehaussée
par l'ajout de fonds fédéraux additionnels. D'ailleurs,
l'augmentation de la part du financement fédéral dans
la santé, de même que le rapport Romanow, a occupé
une place importante à la rencontre annuelle des ministres
de la Santé, en septembre 2002.

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