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Les racines de la haine
Au printemps 1994, entre 500 000
et 1 million de Tutsis et Hutus modérés
ont été tués au Rwanda. Des
militaires, des miliciens, mais aussi de simples
citoyens d'origine hutue ont perpétré
les massacres. Comment en est-on arrivé
là?
Le Rwanda est un petit pays surpeuplé
d'Afrique centrale. Environ 8 millions de personnes
habitent un territoire 60 fois plus petit que
le Québec. Depuis des siècles, deux
groupes sociaux se partagent le territoire. Les
Hutus, majoritaires, forment près de 85 %
de la population, alors que l'ethnie tutsie en
constitue 14 %.
Les Hutus et les Tutsis parlent la même
langue et ont des références culturelles
semblables. Bien que certaines tensions aient
toujours existé, avant l'arrivée
des colons européens, à la fin du
19e siècle, on rapporte une certaine mobilité
sociale entre les deux groupes. L'appartenance
hutue ou tutsie n'était pas, avant la colonisation,
vécue comme constituante d'une identité.
Réinventer l'histoire
Par une série de manipulations
historiques, les colons allemands, puis belges,
vont cristalliser les différences ethniques.
Les Tutsis, venus d'Éthiopie ou d'Égypte,
auraient, selon l'anthropologie de l'époque,
des traits physiques plus nobles (taille haute,
couleur de peau plus pâle et nez effilé).
Cette imagerie calquée sur le schéma
raciste européen sera repris par les élites
tutsies locales.
Les Belges, qui arrivent au Rwanda à partir
de 1916, considérant les Tutsis et Hutus
comme deux groupes distincts, ont même produit
des cartes d'identité classifiant la population
selon son ethnie. La minorité tutsie, perçue
comme supérieure aux Hutus, se voit accorder
éducation et privilèges au sein
du protectorat. Par réaction, une idéologie
raciale hutue se profile. Les paysans hutus deviennent
les « vrais » Rwandais,
victimes de la domination étrangère.
Révoltes et indépendance
Le
ressentiment chez les Hutus explose en 1959. À
la suite d'une série de révoltes,
les Hutus s'emparent du pouvoir et tentent d'éliminer
leurs anciens maîtres tutsis. Plusieurs
Tutsis sont tués, et des centaines de milliers
d'autres fuient vers les pays voisins. On estime
que vers le milieu des années 60, la moitié
de la population tutsie vit à l'extérieur
du Rwanda.
Des affrontements entre les deux ethnies se succèdent.
Le pays glisse vers la guerre civile lorsque le
général hutu Juvenal Habyarimana
prend le pouvoir en 1973. Une politique de quotas
ethniques est alors mise en place. Tout au long
des années 70 et 80, les Tutsis se voient
exclus de la majorité des emplois dans
la fonction publique.
Front patriotique rwandais
Pendant ce temps, en Ouganda, des
milliers d'exilés Tutsis massés
à la frontière rwandaise joignent
les forces du Front patriotique rwandais (FPR).
Le but de l'organisation est de renverser le général
Habyarimana et de s'assurer le droit de rentrer
au pays natal.
Les hostilités lancées en 1990
contre le parti de Habyarimana, le Mouvement révolutionnaire
national pour le développement (MRND),
seront suspendues à la signature d'un traité
de paix en août 1993. Un rapatriement des
réfugiés tutsis et la formation
d'un gouvernement d'unité nationale est
au programme.
Génocide annoncé
Le général canadien Roméo
Dallaire est envoyé sur place aux commandes
de 2500 Casques bleus pour sécuriser la
paix. Ce qu'il constate, en quelques mois au pays,
le convainc que la situation est encore explosive.
Les tensions raciales sont extrêmes et sans
cesse alimentées par la radio et la presse
locales.
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« La
propagande anti-Tutsis incluait de plus
en plus souvent et de plus en plus ouvertement
des appels explicites aux massacres, des
attaques verbales directes envers les Tutsis,
des listes de noms d'ennemis à supprimer
et des menaces envers les Hutus pouvant
encore être associés avec les
Tutsis. Loin d'être condamnées
par Habyarimana ou son entourage, ces voix
fanatiques étaient encouragées,
moralement et financièrement, par
de nombreux personnages aux plus hauts niveaux
de la société hutue rwandaise,
y compris par le gouvernement lui-même. »
Extrait du
Rapport de l'Organisation de l'unité
africaine (OUA) sur le génocide au
Rwanda
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Le
général Dallaire prévient
ses supérieurs des Nations unies, à
New York, qu'un génocide se prépare.
Des armes sont entreposées, et prêtes
à servir. Depuis 1991, le gouvernement
rwandais, supporté financièrement
et militairement par la France, entraîne
et endoctrine des jeunes militants dans la haine
des Tutsis. Ceux qu'on appelle les interahamwe
(ceux qui attaquent) sont prêts.
L'ONU envoie des renforts, mais uniquement pour
procéder à l'évacuation des
ressortissants étrangers.
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