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Partout dans le monde, les peuples indigènes
ont appris à utiliser la nature pour se soigner,
se nourrir, se loger ou se vêtir. De plus en
plus, des entreprises sintéressent à
ces savoirs traditionnels afin didentifier des
plantes dont on pourrait extraire des substances commercialisables.
Cest ce quon appelle la bioprospection.
Mais certains parlent plutôt de biopiraterie.
Un exemple : le peuple San dAfrique du Sud
a longtemps utilisé la plante succulente Hoodia
en guise de coupe-soif et de coupe-faim pendant ses
longues expéditions de chasse. Lorganisme
paragouvernemental CSIR (Council for scientific
and industrial research) dAfrique du Sud
sest inspiré de ces connaissances pour
extraire du Hoodia une substance, baptisée
P57, quil a fait breveter pour ses propriétés
coupe-faim. Par la suite, le CSIR a octroyé
une licence à lentreprise Phytopharm,
basée au Royaume-Uni.
À son tour, la multinationale pharmaceutique
Pfizer a obtenu une licence de Phytopharm dans le
but de mettre en marché un médicament
coupe-faim. Lorsquon connaît lobsession
des pays développés pour la lutte contre
lobésité, on imagine les revenus
potentiels que pourraient engranger Phytopharm, le
CSIR et Pfizer.
Les San ont eu limpression davoir été
volés. Après tout, cest le mode
de vie de leurs ancêtres qui a été
à lorigine de cette découverte
pour laquelle ils nont pas touché un
sou. Ce n'est qu'en mars 2002 que les San et le CSIR
ont convenu d'entamer des discussions dans le but
de partager les éventuels bénéfices
du P57.
La Convention des Nations unies sur la diversité
biologique reconnaît pourtant limportance
des savoirs traditionnels pour la conservation des
espèces naturelles. Dans lapplication
de cette Convention, on veut élaborer des mécanismes
qui reconnaîtront les droits de propriété
intellectuelle des peuples autochtones. Mais ce nest
pas encore une obligation pour les entreprises qui
en tirent profit. De plus, la plupart des produits
mis au point par des entreprises transnationales ne
seront jamais mis en marché. Dans le meilleur
des cas, il faudra plusieurs années avant quun
produit génère des profits.
Certains entrepreneurs proposent des solutions à
ce problème. Ainsi, lentreprise Shaman
Pharmaceuticals, aux États-Unis, a élaboré
différentes stratégies pour rémunérer
les peuples autochtones qui laident à
identifier de nouveaux produits.
À court terme, lentreprise consulte
les populations locales pour connaître leurs
besoins immédiats : médicaments, infrastructures,
etc.
À moyen terme, Shaman Pharmaceuticals
veut soutenir le développement scientifique
des communautés, en fournissant du matériel
ou en finançant la formation des gens sur place.
À long terme, une partie des profits
éventuels sera versée aux communautés
indigènes collaboratrices, mais aussi à
lensemble du pays.
On peut toutefois émettre des doutes sur léquité
de tels contrats de réciprocité lorsquon
constate à quel point le pouvoir financier
et juridique des entreprises prospectrices est disproportionné
par rapport à celui des peuples indigènes.
Le Costa Rica, quant à lui, a décidé
de tirer profit de sa très grande biodiversité.
Il a signé des ententes de bioprospection avec
plusieurs entreprises ou organismes, dont la pharmaceutique
Merck. Cette injection dargent a été
bien accueillie par ce petit pays, qui la notamment
réinvesti dans la recherche scientifique et
la conservation. Par contre, il semble que les populations
indigènes naient pas encore vraiment
profité de cette manne.
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