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Peut-on accorder un brevet pour une forme de vie
supérieure (plante ou animal) ?
Non, a tranché la Cour suprême du Canada
dans la cause de l'oncosouris, qui opposait lUniversité
Harvard et le Commissaire aux brevets du Canada. Ce
jugement, rendu le 5 décembre 2002, était
très partagé : cinq juges contre
quatre.
L'Université Harvard souhaitait breveter cette
souris, qui avait été modifiée
génétiquement de façon à
être plus susceptible de contracter le cancer,
une propriété fort utile pour la recherche
sur cette maladie.
Pour créer loncosouris, un gène
de susceptibilité au cancer a été
introduit dans un uf de souris fécondé,
lequel a par la suite été transféré
dans une femelle porteuse où il sest
développé. Une fois adulte, la souris
génétiquement modifiée sest
accouplée avec une souris ordinaire. Comme
le prévoient les lois de la génétique,
la moitié des rejetons étaient génétiquement
modifiés. À leur tour, ces rejetons
transgéniques peuvent saccoupler avec
des souris normales et produire un certain nombre
de rejetons transgéniques.
En 1985, lUniversité Harvard déposait
sa demande de brevet au Canada. La demande couvrait
notamment tous les rejetons porteurs du gène
de susceptibilité au cancer. Mais dans ce domaine,
la loi canadienne est floue : elle ne précise
pas si les plantes ou les animaux sont brevetables.
Il faut dire que cette loi a été rédigée
en 1869 !
Le Commissaire aux brevets du Canada a refusé
de breveter les rejetons de loncosouris en invoquant
la définition dinvention. Selon lui,
loncosouris ne correspondait pas à certains
critères : linvention doit être
fabriquée sous le plein contrôle de linventeur
(alors que la souris se reproduit sexuellement) et
elle doit pouvoir être reproduite de façon
identique (alors que les rejetons de loncosouris
ne sont pas tous génétiquement identiques).
Bref, selon lui, la naissance des descendants de loncosouris
résulte essentiellement des lois de la nature,
et non de linventivité humaine. Par contre,
le Commissaire a accordé un brevet pour le
procédé qui a permis de créer
loncosouris.
La décision du Commissaire a été
maintenue par le juge fédéral de première
instance, mais renversée par la Cour dappel,
qui a octroyé le brevet par une décision
de deux juges contre un. Le jugement de la Cour suprême
confirme l'interprétation du Commissaire au
brevet et statue que les formes de vie supérieures
ne peuvent pas être brevetées.
En Europe, le brevet sur loncosouris a été
attribué après de longues délibérations.
Dans son analyse, lOffice européen des
brevets a conclu que la souffrance infligée
à cet animal, créé pour être
malade, était compensée par les bienfaits
que lusage de la souris apporterait à
lhumanité, cest-à-dire une
meilleure compréhension du cancer et la mise
au point déventuels traitements. En Europe,
contrairement au Canada, il existe une disposition
qui interdit dattribuer un brevet à une
invention qui contrevient aux bonnes murs ou
à lordre public.
Aux États-Unis, toutes les formes de vie sont
brevetables depuis 1980, et loncosouris y a
été brevetée en 1988. Le Japon
a également attribué un brevet pour
l'oncosouris.
Le Canada fait bande à part, car on ny
a jamais attribué de brevet pour des plantes
ou des animaux. Pourtant, le Canada nhésite
pas à attribuer des brevets pour des bactéries,
des levures ou des virus, quils soient ou non
génétiquement modifiés. Il existe
par exemple des brevets pour des bactéries
qui favorisent labsorption dazote par
des plantes, des levures génétiquement
modifiées pour produire de linsuline
humaine et des virus qui provoquent le rejet dune
tumeur par lorganisme. On accorde aussi des
brevets pour des lignées de cellules végétales,
animales et même humaines.
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1988
Le US Patent and Trademark
Office accorde un brevet pour loncosouris.
4 août 1995
Au Canada,
le commissaire aux brevets refuse de breveter
loncosouris.
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1998
La Cour fédérale du Canada, section
de première instance, maintient la décision
du commissaire aux brevets dans laffaire
de loncosouris.
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2000
La Cour dappel fédérale du
Canada (à deux voix contre une) affirme
que rien nempêche daccorder
un brevet pour une forme de vie supérieure,
comme loncosouris. |
5
décembre 2002
La Cour suprême du Canada (à cinq
voix contre quatre) renverse la décision
de la Cour d'appel et refuse d'attribuer un brevet
pour l'oncosouris. |
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