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LES
GROUPES ARMÉS PALESTINIENS
Ce n'est qu'après la guerre
des Six Jours, en 1967, que les groupes armés palestiniens
ont véritablement commencé à mener une
guérilla contre Israël. Au fil des années,
les détournements d'avion d'hier ont fait place aux
attaques contre l'armée, puis aux attentats-suicides.
Islamistes, laïcs ou de gauche, les militants se distinguent
par leurs valeurs, leurs objectifs et leurs moyens d'action.
Selon le cas, la lutte contre Israël est perçue
comme une guerre de religions, un conflit entre deux peuples
ou une forme de guerre coloniale. Les groupes les plus actifs
gravitent tous deux autour de partis politiques : les
Brigades des martyrs d'al-Aqsa sont proches du Fatah de Yasser
Arafat, tandis que les Brigades Ezzedine al-Qassam constituent,
de façon non équivoque, la branche armée
du Hamas. Groupuscule ayant à sa tête des chefs
politiques, le Djihad islamique se définit principalement
par son action armée. Dans une catégorie à
part, le Front populaire de libération de la Palestine
(FPLP) et le Front démocratique de libération
de la Palestine (FDLP), plus marginaux, sont des formations
politiques menant aussi des activités qu'elles qualifient
de « militaires ». Tour d'horizon de
ces principaux groupes armés.
Les Brigades des martyrs d'al-Aqsa
« Les
Brigades constituent le plus important développement
qu'ait connu le Fatah sur le plan militaire depuis 25 ans.
Elles continueront d'exister tant que l'occupation durera. »
Marwan Barghouti, chef du Fatah en
Cisjordanie
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Le
groupe a revendiqué l'attentat-suicide perpétré
dans un quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem le 2 mars
2002 et l'attaque du lendemain contre un poste de contrôle
militaire de Cisjordanie. Bilan : 22 victimes du
côté israélien.
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Nouvelles venues sur la scène des groupes armés,
les Brigades des martyrs d'al-Aqsa semblent devenir le fer
de lance de la résistance palestinienne : elles ont revendiqué
la majorité des attentats perpétrés depuis
le début de 2002. Elles ont été mises sur pied pour
venger les Palestiniens morts au cours des premiers affrontements
de l'Intifada, survenus en septembre 2000, près de la mosquée
al-Aqsa, sur l'esplanade des Mosquées, à Jérusalem-Est. Fonctionnant
en unités autonomes, les Brigades sont proches du Fatah, le
parti du président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat.
Celui-ci ne les reconnaît pas officiellement, mais plusieurs
membres du parti appartiennent également à ce
groupe armé. Plusieurs observateurs prétendent
que le Fatah a, à tout le moins, toléré
la création de ces brigades afin de faire sentir aux
Palestiniens, dont une vaste proportion soutient les attentats,
qu'il offrait une résistance à Israël.
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Des femmes kamikazes
La participation de femmes à
des attentats-suicides reste un phénomène
très marginal. La première kamikaze palestinienne
de sexe féminin, Wafa Idriss, était liée
aux Brigades des martyrs d'al-Aqsa. En janvier 2002,
elle s'est fait exploser en plein cur de Jérusalem,
amenant dans la mort un Israélien en plus de
blesser une centaine de personnes.
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Inculpé pour « meurtre, complicité de meurtre, tentative de meurtre, participation à un groupe terroriste et détention d'armes et d'explosifs » , Marwan Barghouti a été condamné par la justice israélienne à la prison à vie.
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Les Brigades des martyrs d'al-Aqsa forment une
organisation laïque dont les actions reposent sur des
motivations politiques et non religieuses. Contrairement à
d'autres groupes palestiniens armés, leur but n'est pas de
fonder un État islamique, mais elles exploitent cependant
le sentiment religieux. À l'origine, leurs attaques visaient
les colons juifs et les soldats israéliens de la bande de
Gaza et de Cisjordanie. Après un bref cessez-le-feu, le groupe
s'est radicalisé à la suite de la mort de son chef,
Raed Karmi, dans un attentat à la bombe attribué à
l'armée israélienne, en janvier 2002. Depuis, ses membres
ont revendiqué plusieurs attentats-suicides perpétrés en territoire
israélien. Selon les Israéliens, leur mentor est Marwan Barghouti,
secrétaire général du Fatah en Cisjordanie.
Leurs sources de financement et le nombre de leurs membres
demeurent inconnus. Certains membres du Fatah sont en faveur
de la dissolution des Brigades, tandis que les plus radicaux
voudraient en faire le bras armé de la résistance palestinienne.
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Se tuer au nom d'Allah ou de la
patrie
Traditionnellement, les kamikazes
se tuaient au nom de leur religion. Fait nouveau, les
groupes armés laïcs revendiquent de plus
en plus des attentats-suicides, les militants se sacrifiant
pour une patrie qu'ils voudraient voir exister.
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« Les
Brigades ne vont pas arrêter les opérations des martyrs,
sauf si Israël se retire des territoires palestiniens, libère
les détenus et cesse d'assassiner des dirigeants palestiniens. »
communiqué du 12 août
2002
Les Brigades Ezzedine al-Qassam (Hamas)
« Nous
avons les moyens pour résister et offrir des martyrs pour
20 années encore. »
Khaled Machaal, dirigeant politique
du Hamas
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Le cheik Ahmed Yassine, fondateur et leader spirituel du Hamas, servait de lien entre l'aile armée et les services d'entraide. |
Les Brigades Ezzedine al-Qassam (du nom d'un
ancien combattant nationaliste arabe actif avant la création
d'Israël) constituent la branche armée du Hamas, aussi
connu sous le nom de « Mouvement de la résistance
islamique », dont il est l'acronyme en arabe. Fondé
par le cheikh Ahmed Yassine dans la foulée de l'Intifada de
1987, le Hamas constitue maintenant la deuxième force politique
des territoires palestiniens mais aussi leur principal mouvement
islamique. Le Hamas, qui se pose en farouche opposant du processus
de paix amorcé par les accords d'Oslo, en 1993, semble chaque
fois saisir l'occasion de le faire dérailler lorsqu'un signe
d'espoir se manifeste. Aux yeux de ses partisans, qui rejettent
toute solution diplomatique, seule la guerre sainte peut résoudre
le problème israélo-palestinien. Son objectif à court terme
est de forcer l'armée israélienne à se retirer complètement
des territoires palestiniens.
« En réponse
à l'assassinat de chaque dirigeant de notre mouvement, nous
tuerons 100 sionistes au moins. Nous ne sommes pas effrayés
par les menaces d'assassinat, de destruction ou d'arrestations
de l'ennemi, et nous sommes décidés à poursuivre la résistance
jusqu'à la libération de notre terre. »
extrait d'un communiqué ( 1er
août 2002)
Niant à l'État hébreu le droit d'exister, il
vise à plus long terme sa destruction, suivie de la création,
à l'intérieur des frontières israélo-palestiniennes, d'un
État palestinien islamique qui se poserait en leader du monde
arabo-musulman. Par son engagement en santé et en éducation,
il a su gagner la sympathie de nombreux Palestiniens, principalement
dans la bande de Gaza, plus pauvre que la Cisjordanie. Ses
agents sont particulièrement actifs dans les mosquées et dans
les organismes caritatifs afin de recueillir des fonds et
de recruter de nouveaux membres.
L'organisation a multiplié les attaques sur les
cibles militaires et civiles israéliennes, mais aussi sur
ses rivaux politiques, notamment ceux du Fatah, et sur les
Palestiniens soupçonnés de collaboration avec Israël, recourant
aux enlèvements, aux commandos, aux assassinats et aux attentats
à la bombe. Très active en 1996, l'organisation a intensifié
son action depuis septembre 2000, perpétrant les attentats-suicides
les plus meurtriers. Selon les estimations, le Hamas compte
de 750 à 1200 membres et jouit de l'appui de dizaines de milliers
de sympathisants. L'Iran serait l'un de ses principaux commanditaires,
mais son financement provient également de Palestiniens vivant
à l'étranger et de sources privées d'Arabie saoudite et d'autres
pays arabes. Le Hamas recueille aussi des fonds en Amérique
du Nord et en Europe occidentale.
« Que
c'est beau de tuer et d'être tué, non pas d'aimer
la mort mais de se battre pour la vie, de tuer et d'être
tué pour les vies de la génération
suivante. »
Mohammad al-Ghoul,
auteur d'un attentat-suicide perpétré en juin
2002, revendiqué par le Hamas
Cheikh
Yassine : le fondateur et chef spirituel du Hamas
(Biographie du cheikh Ahmed Yassine)
Le Djihad islamique
« Notre
djihad se poursuivra
et d’autres coups seront infligés à l’ennemi sioniste. »
communiqué émis après
un attentat commis en octobre 2001
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L'attentat à la bombe
dans une pizzeria de Jérusalem-Ouest, en 2001,
a été revendiqué par le Djihad
islamique mais également par le Hamas. |
Plus petit que le Hamas mais encore très
actif, le Djihad islamique est responsable de plusieurs attentats
sanglants perpétrés en Israël et dans les territoires occupés
depuis la fin des années 80. Comme son nom l'indique, le groupe
mène une guerre sainte destinée à fonder un État islamique
passant par la destruction de l'« État sioniste »
et le départ des « infidèles »
juifs. S'inscrivant dans la mouvance islamique qui émergeait
alors dans la région, le groupe fut fondé en Égypte
à la fin des années 70 par des étudiants palestiniens.
Insatisfaits, ils avaient quitté les Frères
musulmans, qui plaçaient, selon eux, l'unité
arabe avant la libération de la Palestine.
« Cette
opération héroïque, qui prouve que nos vaillants combattants
peuvent franchir les barrages de sécurité sionistes, est
une riposte aux crimes de l’ennemi et ses massacres commis
contre notre peuple désarmé. »
communiqué du 1er octobre 2001
Quoique d'appartenance sunnite, le groupe
fut influencé par la révolution chiite iranienne
de 1979, qui amena au pouvoir des hommes de religion, le premier
modèle du genre dans le monde islamique. Proche des
responsables anti-israéliens de l'assassinat du président
Anour al Sadate, en 1981, le groupe fut expulsé du pays. Il
s'implanta dans la bande de Gaza, où il commença
alors véritablement son action. Le meurtre d'un militaire
israélien, survenu à Gaza en 1987, quelques mois avant la
première Intifada, est le premier attentat qui lui est attribué.
Les dirigeants du groupe furent expulsés vers le Liban, où
ils renforcèrent leurs liens avec l'Iran, dont ils
partagent davantage l'idéologie que le Hamas et le Hezbollah
libanais.
Opposés aux États-Unis et à ses alliés
occidentaux comme arabes, les dirigeants du groupe croient
que la solution du conflit trouve sa réponse dans la confrontation
armée. Formée de factions divisées en cellules, l'organisation
concentre son action sur les attentats, sans jouer de rôle
politique et social, comme peut le faire son rival, le Hamas.
Opposé aux accords d'Oslo, le Djihad a saboté les efforts
reliés au processus de paix en perpétrant de nombreux attentats
dans les années qui ont suivi l'entente. Plus récemment, il
a notamment revendiqué l'attentat-suicide qui a fait 16 morts
dans une pizzeria de Jérusalem-Ouest, en août 2001. Depuis
l'assassinat du dirigeant Fathi Chakaki, en 1995, prétendument
par des agents des services secrets israéliens, le Djihad
islamique est mené par Ramadan Abdullah Shallah. Le groupe
reçoit un soutien financier de l'Iran et une assistance de
la Syrie.
Le Front populaire de libération de
la Palestine
« Nous demandons
aux Arabes de frapper les intérêts américains, car les États-Unis
participent à l'extermination du peuple palestinien. »
Maher Taher, porte-parole du FPLP (août
2001)
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En août 2001, l'armée israélienne
procède à l'assassinat d'Abou Ali Mustapha,
chef du FPLP, lui attribuant la responsabilité
de plusieurs attentats. |
En 1967, après la défaite arabe face aux
Israéliens lors de la guerre des Six Jours, Georges Habache
fonde le Front de libération de la Palestine (FPLP), issu
du Mouvement nationaliste arabe. Antisioniste et anti-occidental,
ce groupe radical combine le nationalisme arabe avec une idéologie
d'influence marxiste-léniniste. Son objectif consiste à détruire
Israël mais aussi à éliminer toute influence occidentale de
la région. Particulièrement actif sur la scène internationale
dans les années 60 et 70, le FPLP adopte alors la stratégie
des détournements d'avion pour faire connaître sa cause. Le
détournement simultané de trois avions, en 1969, constitue
l'un de ses gestes d'éclat les plus connus.
Les déchirements idéologiques mènent rapidement
à la scission du groupe. Dans les années 70, il était la deuxième
force de l'OLP, après le Fatah. Alors que le groupe de Yasser
Arafat tentait de rallier les pays arabes à sa cause, le FPLP
trouvait leurs dirigeants trop apathiques et cherchait plutôt
à s'attirer le soutien de l'URSS et de la Chine. À l'aube
des années 1980, il modifie sa stratégie pour se concentrer
sur des cibles israéliennes et arabes modérées. Il perd peu
à peu son influence au profit du Hamas, mais rejette lui aussi
les accords de paix d'Oslo, conclus en 1993, et se retire
de l'OLP. Après avoir boycotté les élections de 1996, le FPLP
accepte, trois ans plus tard, de reconnaître l'Autorité palestinienne,
qui assume le pouvoir exécutif dans les territoires
occupés. Aujourd'hui, le FPLP en fait partie.
En 2000, Abou Ali Mustapha succède
au fondateur, un changement perçu comme un retour aux années
plus radicales. Il est assassiné par l'armée israélienne en
août 2001. Quelques semaines plus tard, des membres du FPLP
tuent le ministre israélien Rehavam Zeevi pour venger la mort
de leur chef. Depuis, c'est Ahmad Saadat qui tient les rênes
du groupe. Basé à Damas, en Syrie, le FPLP est également actif
en Israël, dans les territoires occupés et au Liban. Il reçoit
une aide logistique de son « pays hôte ».
Ses membres sont évalués à 800.
Le Front démocratique de libération
de la Palestine
« Les
attaques contre les postes militaires, contre la présence
coloniale dans les territoires palestiniens occupés sont
plus efficaces. […] Elles portent des coups aux symboles
de la colonisation israélienne. Notre but n'est pas de défaire
l'armée israélienne. […]
Pour nous, il n'est pas question d'essayer de faire disparaître
l'État d'Israël. »
Daoud Talhami, membre du bureau politique
du FDLP,
dans une entrevue accordée à L'Humanité,
en août 2001
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Cinq militants du FDLP ont trouvé
la mort dans l'explosion de leur véhicule,
dans un attentat attribué à l'armée
israélienne, en avril 2001. |
Le Front démocratique de libération de
la Palestine (FDLP), naît de la scission du FPLP, en 1969.
D'idéologie marxiste-léniniste, le groupe croit que la libération
du peuple palestinien viendra d'une révolution populaire.
À plus long terme, il croit que les monarchies arabes doivent
être renversées. Opposé au processus de paix, le FDLP mène,
dans les années 1970, des attentats à la bombe et d'autres
attaques en Israël et dans les territoires occupés. En 1988,
on attribue au groupe l'attaque perpétrée contre la voiture
d'Ariel Sharon, alors ministre de l'Industrie et du Commerce.
Par la suite, le groupe mène surtout des opérations
sporadiques aux frontières israéliennes.
Au début des années 1990, le FDLP se divise
lui aussi, une faction réintégrant les rangs de l'Organisation
de libération de la Palestine (OLP), l'autre devenant
plus radicale. D'abord opposé aux accords d'Oslo, le groupe
finit par en accepter le principe. Un de ses représentants
s'est même joint à la délégation palestinienne présente lors
des négociations de Camp David, aux États-Unis, peu avant
le déclenchement de la deuxième Intifada, en 2000. S'opposant
aux attentats-suicides et au culte du martyre, le FDLP privilégie
les attaques contre les postes militaires. À
titre d'exemple, en août 2001, un commando du FDLP a
abattu trois soldats israéliens postés à proximité d'une colonie
juive, dans le sud de la bande de Gaza. Il s'agissait de la
première opération du genre contre une position
militaire israélienne depuis le début de l'Intifada.
« Ces
opérations de résistance mettent en lumière le caractère
colonial de la présence israélienne en Cisjordanie et dans
la bande de Gaza, et replacent le conflit dans son contexte
réel, c'est-à-dire une lutte de résistance populaire contre
un occupant et non un conflit ethnique ou religieux. »
Daoud Talhami, membre du bureau politique
du FDLP,
dans une entrevue accordée à L'Humanité
Fondé et dirigé par Naif Hawatmeh, le FDLP
est principalement actif dans les territoires palestiniens,
en Syrie, où il est basé, et au Liban. Il recevrait une certaine
aide financière et militaire de ces deux pays.
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