| MAHMOUD ABBAS
Journaliste: Nicolas Duguay
En choisissant Mahmoud Abbas pour succéder à Yasser Arafat, les Palestiniens ont fait le choix du dialogue avec Israël. Ils ont aussi fait le choix de la modération et du pragmatisme, alors que tout espoir de paix s’éloigne, chaque jour un peu plus, des rues de Gaza secouées par les attentats islamistes et les incursions de l’armée israélienne.
C’est donc un politicien réputé modéré, un homme considéré tant par les États-Unis que par Israël comme un interlocuteur valable, qui aura la lourde tâche, en tant que président de l’Autorité palestinienne, de sauver ce qui reste de la Feuille de route pour la paix.
Né en 1935 dans la ville de Safed, en Galilée, Mahmoud Abbas doit s’exiler en 1948 en Syrie avec sa famille, comme bien d’autres Palestiniens chassés par la première guerre du Proche-Orient. Établi à Damas, il y obtient quelques années plus tard une licence en Droit.
Cofondateur du Fatah
En 1958, l’année où il complète ses études d’avocat, Mahmoud Abbas rencontre Yasser Arafat et une poignée d’autres Palestiniens en exil et participe à la fondation du Fatah, acronyme inversé du « Mouvement de libération de la Palestine ».
Abbas, qui rejoint officiellement le Fatah en
1961, s’installe cette même année au Qatar pour y travailler comme fonctionnaire de l’Émirat. Peu de temps après, Abbas se lance avec succès en affaires et fait fortune.
Le mouvement, qui se définit comme centriste et nationaliste palestinien, se concentre essentiellement sur la lutte armée contre Israël. Au lendemain de la défaite militaire arabe de 1967, le Fatah, ainsi qu’une pléiade d’autres mouvements de la résistance palestinienne, se rattache à l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), assurant à Yasser Arafat et à Mahmoud Abbas des postes clés dans cette organisation.
Le partisan de la paix
C’est à partir des années 70 qu’Abbas, partisan du dialogue avec l’État hébreu, travaillera à la création des premiers liens informels entre l’OLP et certains cercles pacifistes de la gauche israélienne. Ce choix du dialogue entraînera toutefois de nombreux affrontements entre Mahmoud Abbas et la frange radicale du mouvement nationaliste palestinien.
Plutôt inconnu du grand public, Mahmoud Abbas devient une figure incontournable du dialogue de paix qui s’installe progressivement avec Israël. Il mène en 1977, avec le général israélien Mattityahou Peled, des discussions qui conduiront à l’élaboration du principe selon lequel toute solution au conflit devra passer par la création de deux états indépendants.

Une thèse controversée
L’homme qui déclare en 1979 qu’« il n’y a pas de solution possible au conflit israélo-arabe sans un dialogue avec Israël » s’attire cependant les foudres de certains groupes juifs en soutenant, en 1980, au Collège oriental de Moscou, une thèse de doctorat sur les « relations secrètes entre le mouvement sioniste et les dirigeants de l’Allemagne nazie ».
Mahmoud Abbas soutient dans cette thèse, dont il fera en 1984 un livre très controversé, que des dirigeants du mouvement sioniste ont collaboré avec les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale pour augmenter le nombre de victimes juives et ainsi pousser la communauté internationale à soutenir la création de l’État d’Israël.
Il profitera d’une entrevue au journal israélien Haaretz, en mai 2003, pour s’expliquer sur cette affaire et se défendre des accusations de négationnisme à son égard.
L’architecte des accords d’Oslo
Au début des années 80, alors qu’il
devient membre du comité exécutif de l’OLP,
Abbas poursuit en coulisse son travail de rapprochement entre
l’OLP et la gauche israélienne.
Tous ses efforts de rapprochement avec
Israël le conduiront à devenir
l’un des principaux négociateurs secrets d’éventuels
accords d’Oslo dont il sera présenté par
la presse internationale comme le véritable architecte.
En 1993, Mahmoud Abbas accompagne Yasser Arafat à Washington
pour la ratification historique des accords d'Oslo.
C’est d’ailleurs dans la foulée de ces accords
que Mahmoud Abbas accroît considérablement son
influence politique, au point de devenir le bras droit de
Yasser Arafat.
Non à l’Intifada
Abbas, qui vit entre Gaza et Ramallah
depuis son retour d’exil en 1995, s’oppose rapidement à la
militarisation de la seconde Intifada, estimant que cette
solution « n’a pas fait ses preuves ».
De nombreux observateurs notent par ailleurs que l’opposition
de Mahmoud Abbas à la lutte armée viendrait
tout simplement d’une déduction logique.
En effet, Abbas, grand partisan du pragmatisme
politique, estime que les groupes armés palestiniens, malgré leur
volonté à toute épreuve, ne peuvent
vaincre militairement une armée israélienne
numériquement et matériellement beaucoup plus
forte. Ainsi, La seule option viable reste la négociation
avec le pouvoir israélien.
C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’Abbas,
avec l’assentiment de Yasser Arafat, multiplie en 2003
les rencontres discrètes avec le premier ministre
israélien Ariel Sharon ou encore avec le fils de ce
dernier, Omri Sharon.
Bref passage au poste de premier ministre Quelques
mois plus tard, en mars 2003, le président
Arafat cède aux pressions de la communauté internationale,
qui voit d’un mauvais oeil l’accumulation du
pouvoir palestinien entre les mains d’un seul homme,
et nomme Mahmoud Abbas au poste de premier ministre.
Cependant, le climat entre les deux hommes
dégénère
rapidement, en raison du refus systématique de Yasser
Arafat d’accorder à son premier ministre un
réel pouvoir sur les forces de sécurité palestiniennes.
Si Mahmoud Abbas croit avoir maté le vieux chef
en lui arrachant, au terme d’un long et pénible
bras de fer, le droit de choisir ses ministres, le conflit
aboutit dans une impasse à l’automne 2003 après
qu’Abbas se fut rendu compte qu’il ne contrôlerait
jamais, sous la présidence de Yasser Arafat, les forces
de sécurité.
Le 13 septembre 2003, Mahmoud Abbas démissionne
de ses fonctions de premier ministre. Il quitte ainsi la
scène politique palestinienne, pour n’y revenir
qu’après le mort d’Arafat et lui succéder à la
tête de l’Autorité palestinienne.
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