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Le choc des civilisations



Les cinq piliers
de l'islam

1- Shahada ou profession de foi. L'acte d'adhésion à l'islam s'effectue par la récitation de la profession de foi : « J'atteste qu'il n'y a de dieu que Dieu et que Mahomet est son prophète ».

2- Les cinq prières quotidiennes. Toutes les prières sont précédées d'ablutions et doivent être dirigées vers la Ka'ba, le sanctuaire de La Mecque.

3- Zaka ou l'aumône légale aux pauvres. Il s'agit d'une taxe obligatoire payée en nature ou en espèces qui est destinée à financer l'assistance publique.

4- Le jeûne du ramadan. Une fois par année, les musulmans doivent s'abstenir de manger du lever au coucher du soleil pendant le mois du ramadan, au neuvième mois lunaire.

5- Le pèlerinage à La Mecque. Tout musulman doit effectuer une fois dans sa vie, s'il en est capable physiquement et économiquement, un pèlerinage à La Mecque, Lieu saint de l'islam situé en Arabie saoudite.


 

 

« C'est aux États-Unis que l'on retrouve la plus forte concentration de l'élite musulmane. Médecins, universitaires, ingénieurs, chefs d'entreprise y sont plus nombreux que dans les pays musulmans. Leur présence dans les universités américaines est nettement supérieure à celle que l'on observe dans les universités européennes. Elle explique la vitalité et le dynamisme de la pensée musulmane américaine. »
- Jocelyne Césari, « Les deux côtés de l'Atlantique », Manières de voir, p. 57.


 


HYPERLIENS

« What We're Fighting for »

Council of American Islamic Relations (CAIR)

American Muslim Council

Femmes sous lois musulmanes

Tariq Ramadan

Institut de la mosquée de Paris

Institut du monde arabe

Arabesques

 


AUTRES RÉFÉRENCES

« Islam contre islam », Manières de voir, numéro 64, Le Monde diplomatique, juillet-août 2002.

Report on Islamophobia in the EU after September 11th 2001, European Monitoring Center on Racism and Xenophobia, Vienne, mai 2002.

« La guerre des dieux », numéro hors série du Nouvel Observateur, janvier 2002.

« Wanted dead or alive. Guerre au terrorisme ou guerre totale ? », revue Société, no. 22, printemps 2002.


 

 

Journaliste : Barbara Debays

LE CHOC DES CIVILISATIONS

Si la référence au religieux a été évacuée en Occident depuis un certain temps déjà, il en va tout autrement à l'intérieur du monde musulman. De façon générale, le conservatisme domine la vie sociale, la situation des femmes n'est pas des plus reluisantes et les régimes politiques sont autoritaires, non démocratiques. Ceux qui osent contester ces traditions le font encore souvent au péril de leur propre vie.

Pour un islam réformé

Or, l'Occident feint peut-être de l'ignorer, mais le monde musulman n'est pas un bloc monolithique, intégriste, réactionnaire, barbare et non civilisé. Il est multiple et divers, pour reprendre une idée chère à l'intellectuel américain d'origine palestinienne Edward Saïd. Et de grands débats opposent actuellement les conservateurs aux réformateurs. Ces derniers explorent en effet la compatibilité de la modernité et des principes de l'islam. Car des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour que les lois coraniques soient réinterprétées à la lumière des conditions de vie actuelles.


Bref aperçu de l'islam

Islam est un mot arabe qui signifie « soumission (ou abandon) à Dieu ».

L'islam est la religion qui a été révélée au prophète Mahomet, en Arabie, au VIIe siècle de l'ère chrétienne. Le Coran est le livre sacré des musulmans, dans lequel les paroles de Dieu ont été directement transmises à Mahomet par l'archange Gabriel (Jibraïl). Il est composé de 114 sourates (ou chapitres), classées en ordre décroissant de longueur. Chaque sourate est divisée à son tour en versets.

L'islam est, avec le judaïsme et le christianisme, une des trois grandes religions monothéistes. Selon la religion musulmane, le prophète Mahomet est le dernier d'une série de messagers envoyés par Dieu. Cette série commence avec Adam et inclut notamment Abraham, Moïse et Jésus, ce dernier étant considéré comme un prophète parmi d'autres. C'est pourquoi l'islam se présente comme « l'aboutissement universel des monothéismes qui l'ont précédé », selon les mots du Petit Robert 2, et invite les juifs et les chrétiens à s'y rallier.

Contrairement à la religion chrétienne, qui postule la trinité divine (le Père, le Fils et le Saint-Esprit), la doctrine musulmane insiste sur l'unicité et la transcendance de Dieu. Elle reconnaît des principes universels tels que ne pas tuer, ne pas voler, ne pas commettre d'adultère, de pas mentir, etc. Elle est fondée sur cinq règles fondamentales, qu'on appelle les « cinq piliers de l'islam ».
(voir colonne de gauche)

Un grand schisme est apparu dans l'islam à la mort du prophète Mahomet, en 632. Il oppose les sunnites aux chiites. Pour simplifier, disons que les sunnites voulaient que le calife assume la succession de Mahomet, tandis que les chiites s'y opposaient et lui préféraient le cousin, fils adoptif et beau-fils de Mahomet. Les sunnites forment aujourd'hui la très grande majorité des musulmans. Les chiites, qui représentent environ un dixième des musulmans, se retrouvent surtout en Iran, mais aussi en Inde, au Pakistan, en Afghanistan, en Irak et au Liban.

Contrairement à la chrétienté, la religion islamique ne s'est pas dotée d'institutions religieuses en tant que telles et ne détient pas de clergé unifié. Cependant, un rôle très spécifique est dévolu aux imams, les docteurs de la Loi qui sont chargés de l'application des préceptes contenus dans le Coran. La charia est le nom de cette loi musulmane.

Les principes religieux, le droit et la politique ont toujours été très imbriqués dans l'islam. Pour les musulmans, la religion n'est pas confinée à la sphère privée, comme en Occident, mais vise à réglementer l'ordre social et politique. Ceux qu'on appelle aujourd'hui les islamistes sont des musulmans en faveur d'un État se conformant aux règles du droit islamique. Mais tous les musulmans ne sont pas islamistes.


L'héritage de l'islam en Occident

L'héritage de l'islam dans la culture occidentale est riche mais il demeure occulté, selon Alain de Libera, directeur du Centre d'études des religions du Livre à Paris. La présence de l'islam en Occident débute avec la conquête de l'Espagne entre 711 et 716. Elle se termine, du moins partiellement, en 1492, avec la prise de Grenade par les rois catholiques. Entre les deux, il y a sept siècles d'histoire commune que les juifs, les chrétiens et les musulmans ont souvent tendance à oublier…

Au Moyen Âge chrétien, la civilisation arabo-musulmane était à son âge d'or. La science et la philosophie arabes et juives étaient en effet des plus avancées. Parmi les savants les plus connus, on peut citer le nom d'Avicenne, médecin et philosophe arabe dont les traités de médecine furent longtemps étudiés tant en Orient qu'en Occident, et celui d'Averroès, philosophe arabe connu pour avoir développé les aspects rationalistes et matérialistes de la pensée d'Aristote. C'est d'ailleurs grâce aux savants arabo-musulmans que les principaux textes des grands philosophes de l'Antiquité grecque ont été sauvegardés avant qu'ils ne parviennent à l'Occident.

Comme l'écrit Ignacio Ramonet, dans le numéro de Manières de voir consacré à l'islam, « Il n'y aurait tout simplement pas de science moderne sans l'apport en mathématiques (invention de l'algèbre), en physique, en médecine, en optique, en géométrie et en astronomie de savants musulmans ».

 


L'islam à l'heure des compromis ?

Ce réformisme islamiste s'articule autour de deux pôles principaux : la démocratie et la femme. Cependant, il n'a pas pour ambition de calquer les modèles occidentaux. Les penseurs réformateurs musulmans insistent généralement pour que ces concepts soient adaptés aux réalités et aux traditions des sociétés musulmanes. En fait, ils cherchent à dénouer la tension fondamentale qui traverse l'identité musulmane contemporaine, à savoir l'opposition irréconciliable entre un axe qui serait musulman-réactionnaire-autoritaire et un autre qui serait occidental-moderne-démocratique.

Il est intéressant de souligner que le moteur de cette réflexion se trouve chez les musulmans qui vivent en Occident et qui, de ce fait, jouissent d'une liberté de pensée incomparable. Par ailleurs, ces musulmans d'Occident, qui sont parfois les enfants de la première génération arrivée dans les sociétés industrialisées, sont souvent dynamiques et bien organisés : ils entretiennent des mosquées, ouvrent des écoles, publient des journaux. C'est donc à travers eux que des ponts entre le Nord et le Sud peuvent se créer.

« C'est aux États-Unis que l'on retrouve la plus forte concentration de l'élite musulmane. Médecins, universitaires, ingénieurs, chefs d'entreprise y sont plus nombreux que dans les pays musulmans. Leur présence dans les universités américaines est nettement supérieure à celle que l'on observe dans les universités européennes. Elle explique la vitalité et le dynamisme de la pensée musulmane américaine. »
- Jocelyne Césari. « Les deux côtés de l'Atlantique », Manières de voir, p. 57.


L'islam et le capitalisme

L'islam n'est pas opposé au capitalisme. Au contraire, la tradition islamique est solidement ancrée dans le libre commerce et l'entreprise privée. Le prophète Mahomet et sa première épouse étaient d'ailleurs des commerçants. Historiquement, l'islam s'est plutôt opposé au socialisme, notamment en Afghanistan où les musulmans ont fait la guerre aux Soviétiques au début des années 1980. En théorie, les musulmans sont donc favorables au capitalisme, si celui-ci n'entrave pas la justice sociale. « Les islamistes critiquent l'Occident qui s'en remet aveuglément aux mécanismes du marché pour résoudre la plupart des programmes sociaux. Quand ils dénoncent le capitalisme, ils visent en fait le consumérisme ou le matérialisme outrancier », précise Graham Fuller.
« De puissantes forces modernisatrices », Manières de voir, p. 28.


Le réformisme islamiste invite les musulmans à sortir de la logique conflictuelle, binaire et manichéenne qui consiste à se définir en réaction à l'Occident. « Au fond, il s'agit d'une question de confiance en soi et en ses valeurs : le sentiment d'être dominés, constamment attaqués, voire méprisés, largement répandu parmi les musulmans, produit un réflexe de défense qui consiste à se penser contre l'autre », explique Tariq Ramadan dans « Le temps de la réforme », Manières de voir, p. 85. L'appel est donc lancé : il appartient désormais aux musulmans de développer une nouvelle intelligence d'eux-mêmes et de leur culture.

Le sacré laïc

Dans son dernier ouvrage, la journaliste Sophie Bessis fait le récit du sentiment de suprématie qui anime l'Occident depuis qu'il a conquis l'Amérique, en 1492. Ce sentiment s'appuie sur la croyance du bien-fondé de ses idéaux, sécularisés, profanes, universels, tels que la démocratie et les droits humains. Or, s'il faut admettre que l'Occident est le premier à avoir articulé un « universel profane », il faut également reconnaître que cet universel a servi de prétexte pour dominer et exploiter les autres cultures. « La grande faute de l'Occident, c'est la politique du double standard en matière des droits humains », écrit-t-elle.

L'économiste François Fouquet pense pour sa part que la démocratie et les droits de l'homme sont littéralement devenus la religion de l'Occident, une religion laïque issue du christianisme. Par quoi cette religion laïque occidentale pourrait bien être remplacée ? L'historien des civilisations Arnorld Toynbee parle d'une culture composite qui pourrait émerger après le choc entre l'Occident et les autres civilisations. Il s'agirait, en quelque sorte, d'un « sacré laïc » fondé sur la dignité de l'homme, dont le germe se trouve déjà dans toutes les sagesses du monde. Rappelons que, selon Arnold Toynbee, le symptôme du déclin d'une civilisation est qu'elle se croit au sommet de l'échelle des valeurs.