Le jour où le monde a changé

Au lendemain des attaques terroristes du 11 septembre 2001, la nation américaine a été profondément ébranlée par la vulnérabilité de ses institutions et de son territoire face aux menaces dites « non conventionnelles ». Stupéfiant le monde entier par leur simplicité et leur terrible efficacité, ces attaques terroristes n’ont pas détruit que des immeubles et la vie de milliers de familles, elles ont littéralement bouleversé le monde. Comment une poignée d’hommes ont-ils pu frapper aussi fort une nation d’une telle puissance avec, comme seules armes, quelques couteaux à tapis et la détermination fanatique des kamikazes?

Semant la peur et la confusion dans les sociétés occidentales, les attaques du 11 septembre ont obligé nombre d’États à revoir en catastrophe leurs politiques de sécurité intérieure pour faire face à ce phénomène contre lequel missiles, chars et porte-avions n’offrent que peu de protection. Bouleversant les relations internationales et réveillant de vieux conflits, l’attaque des tours du World Trade Center a engendré un grand brassage de relations et d’alliances diplomatiques à l’échelle de la planète, exercice duquel est ressortie une politique américaine forte, militariste et plus interventionniste que jamais avec, comme seul mot d’ordre, une phrase désormais célèbre : « Ou bien vous êtes avec nous, ou vous êtes avec les terroristes ».

De l'Afghanistan à l'Irak, toujours le 11 septembre...

Dans les mois et les années qui ont suivi les attaques du 11 septembre, la sécurité de la nation américaine et la lutte au terrorisme sont devenues le moteur principal d'une campagne militaire et politique sans précédent, commencée avec le renversement du régime des talibans en Afghanistan. Les talibans fournissaient alors asile et protection aux membres du réseau Al-Qaïda et à leur chef, Oussama ben Laden. Mais en dépit de la chute des talibans et des milliers de tonnes de bombes déversées sur le pays, Oussama ben Laden n'a jamais été capturé, et l'avenir de l'Afghanistan demeure très instable.

Mais, loin de se démonter, le gouvernement américain a poursuivi sans relâche sa campagne antiterroriste à travers le monde, ralliant à sa cause nombre de ses alliés, mais également beaucoup de pays non alignés qui ont dû rapidement choisir leur camp après l'ultimatum lancé par George Bush au lendemain des attentats. Personne ne doit rester neutre devant la terreur, selon la nouvelle ligne de pensée de l'administration Bush. Étant donné la gravité des attaques perpétrées contre leur nation, peu de pays ont en effet osé s'opposer à la volonté des Américains, désormais bien décidés à ne laisser aucune force ni pays s'interposer entre eux et les terroristes.

Le 11 septembre au service du pouvoir

Avec le temps, la sécurité est devenue l'ultime, voire le seul argument évoqué par l'administration Bush pour justifier une série de politiques économiques et diplomatiques musclées à l'égard de pays ou de communautés qui ont tenté de s'opposer à la volonté américaine. Ce fut notamment le cas en Irak, où après avoir refusé de détruire son armement et de quitter le pouvoir, le dictateur Saddam Hussein a été accusé de développer en secret des armes de destruction massive. Pire encore, Washington a même évoqué, à plusieurs reprises et sans preuves, de présumés liens entre Saddam Hussein et Oussama ben Laden pour justifier, auprès des Américains et de leurs alliés, une invasion dite préventive de l'Irak.

Provoquant un tollé sur la scène internationale en pesant de tout leur poids sur les institutions de l'ONU pour envahir l'Irak, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont été accusés d'avoir fabriqué des preuves et d'avoir carrément manipulé l'opinion publique en utilisant de faux arguments et des accusations non fondées contre l'Irak. Après l'invasion de l'Irak et la chute de Saddam Hussein, aucune arme de destruction massive n'a en effet été découverte en Irak, pas plus que d'éventuels liens entre Al-Qaïda et Saddam Hussein. À plusieurs reprises, l'administration Bush a même été publiquement accusée d'avoir menti et d'avoir outrageusement utilisé l'argument de la lutte antiterroriste pour servir ses propres intérêts au Moyen-Orient.

Dans n'importe quel autre pays, ce scandale aurait probablement provoqué la chute du gouvernement, ou à tout le moins la tenue d'importantes commissions d'enquête. Pourtant, en août 2003, 52 % des Américains appuyaient toujours leur président. De plus, 70 % des Américains interrogés disaient toujours croire que Saddam Hussein avait été personnellement impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001, tandis que 80 % se disaient également convaincus que Saddam Hussein développait des armes de destruction massive avant l'invasion de l'Irak par les États-Unis.

*Sondage réalisé par le Washington Post entre le 7 et le 11 août 2003 auprès d'un échantillon de 1003 personnes. Sa marge d'erreur est de 3 %, 19 fois sur 20.