La culture épargnée

  |  Lili Marin  |  Radio-Canada

Après avoir coupé plusieurs programmes au cours des dernières années, le gouvernement conservateur n'impose pas de nouvelles compressions aux institutions culturelles. Le Conseil des arts du Canada, l'Office national du film, Téléfilm Canada et Radio-Canada voient leur financement stagner ou augmenter légèrement.

Cela réjouit le président de Culture Montréal, Simon Brault. « Il est dit que les programmes de ces organismes sont alignés avec les priorités des Canadiens. Or, on a dit l'inverse lorsqu'on a voulu justifier des coupures par le passé. »

Le Musée canadien des civilisations Le Musée canadien des civilisations fait partie des organismes dont les revenus resteront stables ou augmenteront légèrement.   © René Hardy/Radio-Canada

Simon Brault estime aussi que le texte du budget contient des arguments qui pourront être invoqués pour faire valoir la contribution de la culture à la création d'emploi et à la compétitivité du Canada. Le Mouvement pour les arts et les lettres du Québec (M.A.L.) fait une tout autre lecture, et déplore que le thème de la culture soit absent du chapitre Favoriser la croissance économique et l'emploi par l'innovation.

Le MAL s'inquiète « des choix guidés par l'idéologie conservatrice du gouvernement canadien en matière de culture, alors qu'il réaffecte régulièrement les fonds en fonction de ses propres valeurs, particulièrement éloignées de celles des Québécois ».

Il cite l'abolition des programmes de subvention des musiques spécialisées, à l'automne 2009. « Toutes les décisions de coupures prises par ce gouvernement vont d'ailleurs à l'encontre des recommandations formulées par le Comité permanent du Patrimoine en décembre dernier », souligne l'organisme, qui regroupe sept organisations nationales et treize conseils régionaux.

Des routes qui ne sont pas rouvertes

La création du controversé Prix des arts du Canada semble avoir été repoussée à l'année prochaine, remarque la directrice des communications de la Conférence internationale des arts de la scène (CINARS), Audrey Cadillon. « Tant qu'à investir, aussi bien le faire dans les tournées », pense-t-elle, ajoutant que les artistes demeurent pénalisés par l'abolition des Routes commerciales et de PromArt, en 2008.

« Actuellement, les compagnies ne s'en sortent pas, car il ne reste qu'un seul programme de soutien à la tournée, et c'est clairement insuffisant. » — Audrey Cadillon, de CINARS

CINARS procède à un sondage auprès des compagnies de théâtre et de danse, dont il devrait pouvoir donner les résultats d'ici un mois.

L'industrie audiovisuelle s'interroge

L'Association canadienne de production de films et de télévision (ACPFT) reçoit positivement le budget et se félicite que le fédéral reconnaisse le besoin d'une stratégie numérique. La France, le Royaume-Uni, l'Australie et la Nouvelle-Zélande en ont déjà une, souligne le vice-président de l'ACPFT, Marc Séguin.

Par ailleurs, elle a déclenché tout de suite un examen de la politique d'ouverture des télécommunications à la propriété étrangère. « Si on tient pour acquis la convergence dans ce secteur, on ouvre de facto la porte à la propriété étrangère dans la radiodiffusion », dit Marc Séguin. Or, il serait surprenant que les membres de l'ACPFT acceptent de que le contrôle de la radiodiffusion aille à des mains étrangères.

Les musées optimistes

L'Association des musées canadiens voit pour sa part d'un bon oeil l'abolition de l'ensemble des exigences du contingent des versements pour organisme de bienfaisance, car cela permettra à plusieurs de ses membres de consacrer plus de temps à leur programmation et moins à l'administration.

« Nous sommes optimistes, notamment en raison de l'augmentation de 30 millions de dollars pour les stages, car nous recourrons au programme Jeunesse Canada au travail », confie la gestionnaire des communications de l'association, Vera Kiriloff.