Participant - Thierry Giasson
15 mai
- 12 h 00
Blogueur politique. Pourquoi?
Le Groupe de recherche en communication politique dont je dirige les travaux à l’Université Laval a récemment complété un sondage en ligne auprès des participants de la blogosphère politique citoyenne du Québec. Notre objectif était de tracer le premier profil sociodémographique des blogueurs politiques québécois. L’idée de réaliser pareille enquête m’est venue pendant la campagne électorale provinciale de 2007. Avant même l’annonce du déclenchement de l’élection, j’ai reçu au moins cinq demandes d’entrevues sur le rôle éventuel des blogueurs politiques dans le déroulement de la course.
Qui sont les blogueurs politiques? Allaient-ils faire dérailler la campagne? La blogosphère dicterait-elle les termes de la communication des partis? Ces derniers allaient-ils perdre le contrôle de leurs ordres du jour, de leurs messages? On me posait toutes ces questions et j’avais, en fait, bien peu de réponses à fournir aux reporters puisque la littérature scientifique québécoise sur le sujet était, à peu près, inexistante.
Nous voici donc un an plus tard, avec des données d’enquête qui permettent d’émettre les premières pistes de réponses à ces questions. Je vous présente aujourd’hui un fait saillant important de l’étude qui révèle les motivations qui poussent les carnetiers citoyens ayant répondu à notre sondage à bloguer fréquemment de politique sur leur site. Les réponses fournies par les répondants du sondage révèlent une variété de motivations. Néanmoins, cinq raisons majeures ont été invoquées par nos répondants (la somme des pourcentages dépasse 100 % puisque les répondants pouvaient exprimer plus d’une motivation):
1. Prendre la parole, s’exprimer, communiquer une opinion, des idées (48,2 %)
2. Participer au débat public sur les enjeux politiques (21,4 %)
3. Améliorer une compétence civique, par exemple développer son esprit critique, stimuler sa réflexion, suivre l’actualité, améliorer la rédaction, étoffer son argumentation (19,6 %)
4. Parce que la politique est une passion, que c’est un sujet important (17,9 %)
5. Influer sur le cours des choses, avoir un impact sur la vie sociale (17,9 %)
6. Partager de l’information, informer la population (12,5 %)
Ces données révèlent une communauté politique engagée, toujours prête au débat et à l’échange d’information. Pas de grande surprise ici! Toutefois, les données indiquent aussi que
cette communauté est faite d’individus qui cherchent à devenir des citoyens mieux outillés, plus éloquents, plus instruits, plus réfléchis. Cette dernière conclusion, plus inattendue, semble de bon augure pour la pérennité de la blogosphère citoyenne et de la vie démocratique au Québec. Nous pousserons plus loin notre réflexion à ce sujet.
Et vous, pourquoi bloguez-vous?
Par
Thierry Giasson
Thématique:
L'accès à l'information et à la sphère publique
0 Commentaire
15 mai
- 10 h 00
Un dangereux précédent
Dans son édition du mercredi 23 avril, le
Journal de Montréal révèle avoir fait l’objet d’une mise en demeure de la part de son concurrent
La Presse. La procédure juridique du quotidien de la rue Saint-Jacques, imposée au
Journal le 11 avril, visait à empêcher le tabloïd de publier tout reportage sur l’entente de collaboration qui liait
La Presse à Radio-Canada et dont le contenu avait été révélé dans le mensuel
Le Québécois le 10 avril.
Une organisation médiatique, dont la raison d’être en démocratie est d’incarner la liberté d’expression et de défendre le droit du public à l’information, qui tente d’en bâillonner une autre! C’est là du jamais vu!Soit, les deux entreprises vivent une très forte concurrence. Toutefois, par ce moyen démesuré,
La Presse a mené une dangereuse surenchère dans la chasse aux lecteurs que se livrent les deux quotidiens montréalais. Il faut également noter que seul le
Journal de Montréal fut visé par la mise en demeure.
Le Devoir, The Gazette ou le
Métro, les autres concurrents de
La Presse, n’ont pas eu droit aux mêmes « égards ». D’ailleurs, dans son édition du 12 avril,
Le Devoir a commenté l’information inédite publiée par
Le Québécois. Quelles conséquences craignait donc
La Presse pour procéder à un tel exercice de censure? La logique commerciale aurait-elle eu le dessus sur le bon sens et les principes démocratiques qu’incarnent et défendent les médias?
Ce triste précédent révèle aussi l’échec des acteurs d’une grande organisation médiatique à assumer les principes fondamentaux devant guider leur profession. Des journalistes, ou d’anciens journalistes, ont-ils participé aux discussions menant à la décision d’imposer un bâillon à un média concurrent? Si tel est le cas, comment peuvent-ils justifier cette décision? Existe-t-il seulement une justification possible pour ce genre de procédure de censure lorsque l’on doit soi-même promouvoir la liberté de presse, le droit à l’information? Que dire de leur silence troublant depuis la parution de l’article du
Journal de Montréal révélant la procédure? Et de celui de la FPJQ?
Par
Thierry Giasson
Thématique:
L'accès à l'information et à la sphère publique
1 Commentaire