FAIROUZ ENCHANTE LE PUBLIC MONTRÉALAIS
La grande dame de la chanson arabe, qui ne s'était pas produite à Montréal depuis 24 ans, a rempli la salle Wilfrid Pelletier de la Place des Arts les soirs du 12 et du 13 février.
Québécois de souche ou arabophones de toutes origines et confessions, les admirateurs de Fairouz attendaient impatiemment son retour dans la métropole. Lorsqu'elle est apparue sur scène, gracieuse et secrète à son habitude, avançant sur un tapis rouge déroulé spécialement pour elle, ils se sont levés et l'ont longuement applaudie avec déférence. Puis il a suffi de quelques notes de la première chanson, Saoua rbina (Nous avons grandi ensemble), pour que la salle s'enflamme.
Une prestation envoûtante Immobile, concentrée sur son chant, Fairouz ne s'adresse pas aux spectateurs. Mais sa voix, si. En arabe, elle a chanté l'amour, l'exil, et célébré sa patrie, le Liban, sur des airs traditionnels libanais, symphoniques et de tango orientaliste, plongeant son public dans une communion quasi mystique. Moment d'émotion extraordinaire pour les Libanais dans la salle lorsqu'elle a chanté « Nous reviendrons un jour dans notre quartier nous plonger dans la tiédeur de l'espérance, nous reviendrons tôt ou tard et les distances qui nous séparent s'effaceront ».
Fairouz a alterné ses apparitions sur scène avec des pièces interprétées par des choristes que le public a accueillies avec enthousiasme. Dirigé par l'éloquent Karen Durgaryan, qui accompagne la chanteuse depuis 6 ans, l'orchestre, composé d'excellents musiciens venus principalement de l'Arménie, du Liban et de la Syrie, a su créer une surprenante alchimie avec la voix de la diva.
Un mythe vivant La voix de Fairouz (la « turquoise » en arabe), de son vrai nom Nouhad Haddad, a gardé son caractère séraphique, et ce, malgré les 70 ans de la chanteuse. Légèrement plus grave et plus sensuelle que par le passé, elle est toujours aussi envoûtante par sa texture et ses inflexions exceptionnelles. Celle que le poète libanais Said Akl a appelée « ambassadrice du Liban auprès des étoiles », incarne dans l'imaginaire collectif moyen-oriental un Liban authentique et éternel.
Difficile de parler de Fairouz sans au moins évoquer les frères Rahbani (son mari Assi, le compositeur, et Mansour, le parolier), deux grands créateurs de la musique et de la chanson libanaise, dont elle a été l'instrument céleste et avec qui elle a fait école. Depuis leur mort, c'est le fils, Ziad, qui continue à innover leur oeuvre musicale.
Un reportage spécial de Michèle Asso.
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