L'euthanasie alimente bien des débats de société, surtout par les temps qui courent. Retour sur la critique de Michel Coulombe.
Le cinéma trouve dans cette question un terrain très riche. Que l'on pense à Whose Life Is It Anyway de John Badham ou, plus près de nous, aux Invasions barbares de Denys Arcand. Inspiré de faits vécus, la vie de l'Espagnol Ramón Sampedro qui s'est battu pendant 30 ans pour qu'on lui accorde le droit à une mort assistée, Mar adentro aborde le sujet de front. Avec ce qu'il a de dérangeant. Avec les sentiments contradictoires qu'il éveille. Et sans faire la morale.
Émotions fortes autour d'un récit dépouillé Le film confirme l'immense talent du réalisateur de The Others, Alejandro Amenábar, qui, comme à son habitude, signe aussi la musique. Il parvient, une fois encore, à créer des émotions fortes autour d'un récit somme toute dépouillé. Un quadraplégique cloué à son lit reçoit la visite de différentes personnes, des femmes surtout, qui prennent position par rapport à son projet, à sa volonté de précipiter sa mort. Ces femmes l'entourent d'amour. Et pourtant...
Réalité insupportable Malgré un début laborieux, le film trouve habilement sa voie entre le mélo et le monde de l'imagination. Amenabar entrechoque les images violentes du passé, le monde intérieur de Sampedro et la réalité insupportable d'un homme immobile, tout juste capable de bouger la tête. Le cinéaste sait faire image, que ce soit pour rappeler comment Sampedro a survécu à son accident ou pour donner toute sa force à un affrontement théologique où chacun est campé sur ses positions. En fait les deux adversaires, quadraplégiques, sont coincés à des étages différents, l'un incapable de monter, l'autre de descendre. Peu importe au fond leurs discours, tout est dit.
Un interprète génial Le film doit beaucoup à son interprète principal, Javier Bardem, d'ailleurs primé à Venise. Considérablement vieilli, filmé en gros plan, il s'efface complètement derrière son personnage pour en rendre la vulnérabilité aussi bien que l'intransigeance.
On a souvent ramené le renouveau du cinéma espagnol au seul Pedro Almodovar. Pas de doute, il faut aussi compter avec Amenabar.
Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission SAMEDI ET RIEN D'AUTRE, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

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