Peu importe la suite des événements, réception critique, succès populaire, impact sur l'intervention gouvernementale, Les voleurs d'enfance constituera une marque dans l'histoire du documentaire québécois. À l'heure où les documentaires, formatés pour le petit écran, ne font, dans le meilleur des cas, qu'une sortie éclair sur un ou deux écrans, le premier film de Paul Arcand est lancé sur plus d'une cinquantaine d'écrans. On en a tiré 70 copies pour les salles. Un record. La preuve que le producteur, Cinémaginaire, et le distributeur, Alliance Atlantis Vivafilm, y sont pour beaucoup dans la nouvelle mise en marché du cinéma national. La preuve aussi que lorsque le réalisateur est lui-même connu des médias, les portes s'ouvrent plus grand.
Guy Cloutier et Aurore Après les révélations entourant l'affaire Guy Cloutier et la sortie en salles d'une nouvelle mouture de Aurore, le sujet, les sévices que l'on fait subir à certains enfants au Québec, est dans l'air. De plus, il est consensuel. On a vite fait de comprendre que le réalisateur, Paul Arcand, le sait très bien. Il en tire profit. Souvent avec habileté.
Tous les coups sont permis Les voleurs d'enfance se présente comme une démonstration. Présentation du sujet par le biais d'une multitude de témoignages, étalage de la preuve puis conclusion semblable à l'ouverture. Dans le but de convaincre et surtout de rallier les gens, le réalisateur fait flèche de tout bois. Il interviewe des gens ordinaires comme des spécialistes. Il recourt à de brèves reconstitutions. Il commente le sujet en voix off (observez bien la stratégie pour ne pas répondre!). Il y va d'une mise en situation à la Michael Moore. Il flirte avec la télé-réalité en provoquant une confrontation spectaculaire. Il récupère certaines images de l'actualité à la manière de Infoman. Il utilise la musique à des fins éditoriales. Il appelle à la barre des visages connus. Andrée Ruffo. Nathalie Simard. Dan Bigras. Gilles Julien.
Force des victimes, charge contre l'État Au final, ce sont les témoignages des victimes qui dominent l'ensemble. Ces victimes, qui ont été agressées sexuellement, battues à répétition, trimballées d'une famille d'accueil à la suivante, enfermées en salle d'isolement, malmenées, sont parfois rien moins que bouleversantes. Le film prend leur défense. Ce sont moins leurs agresseurs qui subissent la charge que la gestion que le gouvernement québécois fait de ce problème de société. Aussi entend-on la ministre répéter les mêmes mots de manière pathétique ou un fonctionnaire se saouler de phrases inutiles. Quant à l'organigramme de la DPJ, il trahit une perte de contact avec le réel. Pas de doute, ce documentaire, qui parfois tire dans toutes les directions, s'éparpille, en mène bien large, parviendra à ses fins. Il alimentera les lignes ouvertes et les chroniques. Ainsi soit-il. Pour le bien des enfants.
Les voleurs d'enfance est un film percutant, sincère et maladroit. Mais il s'agit surtout, hélas, d'un film nécessaire...
Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission SAMEDI ET RIEN D'AUTRE, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

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