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Reportage diffusé le : 27 février 2001

L'infobésité

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Journaliste: Annie Hudon
Réalisation: Normand Jacob


 

27 février 2001

Saviez-vous qu'à trop consommer d'informations, on peut souffrir «d'infobisité». Avec l'arrivée d'Internet, on peut facilement être submergé par une tonne d'informations et surtout être tenté de tout gober. Mais il y a quand même moyen de garder sa ligne.

Une étude récente de l'université Berkeley, en Californie, nous apprend que la planète produit entre un et 2 milliards de giga-octets d'informations par année. Selon le site CYVEILLANCE, 7 millions de nouvelles pages viennent s'ajouter au Web chaque jour. À ce rythme-là, le contenu du Web doublerait tous les 6 mois. On dit même qu'au dix-septième siècle, une personne était exposée au cours de sa vie à moins d'information qu'on en retrouve dans une seule édition du New York Times. De quoi être étourdi. Mais comment s'adapter à cette surcharge d'information.

MICHEL SEVIGNY, négociant

-Moi quand je me lève à 5 heures et demie le matin, la première chose que je fais, j'ouvre mon ordinateur. Moi j'ai à peu près une vingtaine de sites que je vais voir pour le marché ici. Ça c'est à part des autres sites où je vais chercher des nouvelles économiques par rapport aux journaux ou les magazines, ces choses-là. Parce que j'ai mes sites, j'ai vraiment construit une filière. Bon, j'ai une filière qui s'appelle Bourse, j'ai une filière qui s'appelle Compétition. Il y a d'autres bourses dans le monde qui sont ouvertes durant la nuit et qui vont probablement influencer l'ouverture du marché ici en Amérique du Nord.

Quand Michel a commencé à travailler à la bourse, il y a 20 ans, les informations dont il avait besoin provenaient principalement des nouvelles Dow Jones. À l'époque, les gens sur le parquet avaient l'avantage d'avoir les nouvelles avant tout le monde.

-Donc à ce moment-là, ça nous permettait de réagir beaucoup plus, si on veut, aisément. C'est-à-dire qu'on avait plus le temps de penser à ce qu'on voulait faire. Aujourd'hui, c'est sûr qu'avec Internet, on est obligé de réagir rapidement parce que l'information est accessible à tout le monde en même temps. Donc à ce moment-là, c'est beaucoup plus, si je peux m'exprimer ainsi, beaucoup plus stressant. Si moi je n'achète pas et si je ne suis pas vite sur la gachette, bien il y a quelqu'un d'autre qui va l'acheter avant moi.

Et pour Michel, pas de répit. Même en vacances, il garde un oeil sur la bourse via Internet.

-Qu'est-ce que ça a de l'air les gars?

-Tout est correct? Ca marche?

-Il faut toujours que je vois ou le marché est rendu. Est-ce que le marché monte, le marché descend? Est-ce que bon, et, ça va faire qu'en regardant ça, je vais être moins stressé par après. Je vais être bon au moins pour quelques heures.

-Vous n'arrivez pas à décrocher autrement dit?

-Euh, non. Je vais être honnête avec vous, non.

-Avez-vous l'impression de souffrir «d'infobisité»?

-Je ne crois pas. Et je dirais que la raison pourquoi que je crois que c'est non, c'est parce que c'est un peu comme lire un journal. On peut avoir une pile de journaux qu'on va feuilleter très rapidement et on va regarder les gros titres et s'il y a quelque chose qui nous intéresse, on va aller en profondeur. Donc je pense que c'est un peu la même chose qu'on va faire avec Internet, avec les systèmes informatiques. Si on en a besoin, on va aller la chercher, mais si on en a pas besoin, on n'est pas obligé d'aller la lire.

Evidemment vous allez me dire que la bourse a toujours été un véritable tourbillon. Et comme on vient de le voir, Internet n'a fait qu'accentuer la cadence. Mais il y a d'autres domaines qui tourbillonnent beaucoup plus vite qu'avant.

VALLIER LAPIERRE, rédacteur en chef, BIZZNYS.COM

-On n'avait pas accès avant à autant d'information. C'est devenu un problème de quantité. Si on faisait de la meilleure information, on en ferait moins puis, donc on serait moins débordé. Mais ce n'est pas le cas.

Vallier Lapierre produit lui aussi de l'information. Il est rédacteur en chef d'un quotidien économique sur Internet et dirige une équipe de 6 journalistes.

-On fait 5 nouvelles présentement, on fait 8 brèves, on a une section magazine. Comme je vous disais, il y a le fil de presse, on lit les nouvelles pour voir si on n'a pas raté des choses. C'est beaucoup, beaucoup de travail. Ca m'occupe essentiellement, intensément de 9 heures moins quart jusqu'à 6 heures et quart, sans arrêt et puis des fois on prolonge jusqu'à 7 heures, 7 heures et demie.

Avec tout ce boulot, ce rédacteur en chef n'a pratiquement plus le temps de lire les lettres d'information qui proviennent des sites spécialisés auxquels il s'est abonné.

-J'ai près de 4000 messages qui ne sont pas lus dans mon «inbox». Complètement inadmissible. Bon, je vais peut-être la vider complètement d'un coup sec très bientôt. C'est plate, tu la reçois puis tu n'as pas le temps de la regarder. C'est injuste, c'est frustrant.

Si Vallier tient tant à ces listes d'envoi, c'est qu'elles lui permettent de produire un site de veille, spécialisé en commerce électronique. Ces nombreuses sources lui ont également permis d'écrire un livre sur le sujet.

-On synthétise tout ce qui peut se passer dans une semaine au niveau du commerce électronique. Et là, la surabondance d'information devient très nette dans ce temps-là parce qu'on peut être tenté de tout prendre ce qui se présente et puis, ça ne finit plus. C'est très dangereux ça. C'est très dangereux de se laisser happer, même par les événements. À la longue, on en arrive à déceler ce qu'il y a de bon, ce qu'il y a de pas bon.

Ironiquement, le site qui vise à faire épargner du temps aux gens qui s'intéressent au commerce électronique, est temporairement mis sur la glace, faute de temps. Bon, là je vous entends me dire qu'une salle de rédaction, c'est par définition un endroit ou on peut facilement se noyer dans une mer d'information. Mais suivez-moi, on retrouve de l'infobisité à des endroits plutôt surprenants.

ISABELLE CHABOT, agent de brevet en formation, Ogilvy Renault

-Ça bouge tellement vite, il y a tellement de compagnies qui sont en train de sortir des innovations dans ces domaines-là que, il faut que je me garde à jour en général. J'aimerais ça tout savoir, mais le temps n'a pas rallongé depuis qu'il y a l'Internet. Il y a encore 24 heures dans une journée puis il faut que je dorme, puis il faut que je mange.

Isabelle Chabot est agent de brevet en formation. Son travail consiste à décrire en détail les inventions de ses clients, en vue d'obtenir un brevet.

-Dans mon métier, on est obligé de recevoir plusieurs informations technologiques de différentes sources, dont principalement, les revues scientifiques. Alors avant pour se garder au courant on se disait : bon, je vais feuilleter la revue dans le métro en m'en allant chez nous puis le matin en revenant puis, bon, je vais avoir une bonne idée des grands titres, de ce qu'il se passe présentement dans l'industrie. Mais ces revues-là ont presque toutes maintenant un penchant électronique. Comme l'information des sites web puis des courriels ce n'est pas nécessairement la même, bien il faut que tu passes à travers les courriels, il faut que tu passes à travers les sites web si tu veux vraiment être renseigné puis tu te ramasses avec une quantité incroyable d'informations que tu n'as pas nécessairement le temps de digérer là. Puis en même temps, tu dis : bon, est-ce que je vais aller me défoncer à passer beaucoup de temps à lire toutes ces informations-là ou si je devrais plus me concentrer sur mon travail puis retourner voir ça plus tard quand je vais avoir plus le temps? Ca fait que, c'est comme ça que je suis débordée!

Pour tenter de baisser son niveau de stress, Isabelle a d'abord essayé de se rattraper le soir et les fins de semaine.

-Tu te dis : ah! bien ce n'est pas si pire, c'est la fin de semaine, je vais juste lire les courriels d'information sur les nouvelles du marché. Mais tu passes des heures et des heures sur Internet, tu ne communiques plus quasiment avec les gens qui t'entourent. Ça fait que c'est de la fatigue puis c'est un peu du découragement aussi parce que tu le sais que tu n'arriveras pas au bout. Ça fait que tu continues, mais c'est décourageant.

Un jour, Isabelle en a eu assez. Elle s'est désabonnée de plusieurs listes d'envoi et s'en tient à l'essentiel.

-Il faut se dire, c'est trop gros, je ne finirai jamais par passer au travers puis à un moment donné il faut arrêter. À la maison, j'ai tout arrêté. Bien, je n'ai même plus de connexion internet personnelle. J'ai même plus d'ordinateur en fait à la maison. Je me sers de l'Internet comme d'un outil de travail maintenant puis c'est bien assez.

Bon, si j'ai bien compris, il faut accepter qu'on ne peut pas tout savoir. Il faut savoir aller à l'essentiel et trouver les bonnes sources d'information. Et c'est peut-être plus simple au fond, de juste savoir décrocher une fois de temps en temps!