20
février 2001
Quand on se sent lésé dans nos droits, quand on veut crier à l'injustice,
on fait quoi? On peut toujours s'adresser aux tribunaux ou au
protecteur du citoyen. Quand ça ne marche pas, certaines personnes
font même appel aux médias pour exposer leur cas sur la place
publique. Et, quand rien ne va plus, la nouvelle place publique,
c'est Internet.
JACQUES
DUPONT
-En
1969, ici, c'était le début du cauchemar. On a retrouvé notre
père ici décédé, cinq jours après sa disparition. Il était dans
un sentier ici là, qui donne pas bien bien loin. Ça a commencé
ici l'histoire. Ils nous ont dit que c'était un suicide puis nous
autres, on a jamais cru à ça. Au fil des années, bien, on a pu
se monter un dossier puis prouver le contraire. Mon père, ici
à Trois-Rivières, il était sergent détective pour la police de
Trois-Rivières.
L'affaire
Louis Georges Dupont est bien connue au Québec. Elle a même fait
l'objet d'une enquête publique en 1996. Ce qui est moins connu,
c'est son site Web. Un site créé par la famille Dupont pour tenter
de démontrer que le policier ne s'est pas suicidé en 1969. Il
s'agit plutôt d'un meurtre.
-La
seule chance qui nous reste, vraiment de faire valoir nos droits
puis de remettre la vérité comme elle devrait être, c'est Internet.
Tout est prouvable, tout est vérifiable sur ce site-là. Ce n'est
pas nous autres qui le dit. C'est à partir de témoignages ou de
jugements ou de rapports quelconques que ce site-là a été fait.
L'initiative
de la famille Dupont n'est pas unique. Ici, comme un peu partout
dans le monde, de plus en plus de gens décident de se servir du
Web pour promouvoir une cause ou dénoncer une injustice.
JEAN
GODBOUT
-Je
demande juste la justice, hein! C'est comme, j'ai des droits d'accidenté;
qu'on reconnaisse mes droits puis moi, je vais me taire, je vais
être heureux, tu sais.
Victime
d'un accident de travail en 1993, Jean Godbout souffre de maux
chroniques au dos. Il tient la CSST responsable de ses problèmes
de santé et mise sur le Web pour obtenir justice.
-Bien
j'ai commencé juste sur une page, la page index et au fil du temps
là, il m'est venu l'idée de mettre l'ensemble de mon dossier médical,
administratif, pour pouvoir justement prouver ce que j'allègue
parce que c'est facile critiquer le gouvernement, mais j'arrive
avec des preuves. Il y a beaucoup de visiteurs. Là, je suis rendu
à des moyennes de 500 à 600 par jour. Alors, s'ils viennent, c'est
parce que ça les intéresse. Ca pique la curiosité, puis il y a
du monde qui fouillent. Puis, à part de ça, je me consacre presque
à 100 % à ça. Je peux être une demie-heure, une heure assis à
l'ordinateur. Puis après ça, j'ai mon lit juste à côté; je vais
me reposer le dos, puis je fais du va-et-vient comme ça.
GILLES
FORCIER
-Depuis
1995 là, je crois que c'est avril 1995 que j'ai mis le site en
marche en premier, je suis rendu à près de, autour de 800 000
visiteurs.
Gilles
Forcier est un autre contestataire du Web. Sa cible : la Société
d'assurance automobile du Québec.
-Moi,
ce que j'espère qu'ils en tirent, c'est que les gens voient qu'ils
ont une responsabilité sociale parce que, personnellement, je
crois que c'est aux gens d'agir, c'est aux gens de parler, c'est
aux gens de prendre l'espace qui leur appartient dans la société,
puis je pense qu'Internet, c'est un bon moyen vraiment de le faire.
Toutes
les causes ont leur place sur Internet, même les plus modestes,
comme le Mouvement d'opposition à la mise en place d'un tarif
d'entrée au Parc du mont St-Bruno.
GILLES
BOUHRIS
-C'était
pour appuyer en même temps, la pétition, la marche et tout ça,
tous les moyens. C'est un autre moyen de pression, c'est un nouveau
moyen de pression. C'est ce que je me suis dit. Le réseau est
là, il faut s'en servir. Alors, on n'entend plus du tout parler
du tout de la tarification du mont St-Bruno. Par contre, on peut
visiter encore site-là et, encore présentement, je regardais ce
mois-ci et il y a 140 personnes ont lu ça. Donc, ils sont sensibilisés
à cette cause-là.
De
retourner ainsi au travail n'a pas permis d'économiser. Jean Godbout
s'est reblessé.
-Une
émission de télé, ça passe en ondes, ça atteint un grand bassin
de population, mais sauf que trois jours après, c'est oublié,
l'émission n'est plus là. Tandis qu'Internet, c'est là à tous
les jours et c'est accessible dans tous les pays du monde. Ça
brise l'isolement, hein! C'est le lot de beaucoup d'accidentés.
Tout le monde est un petit peu isolé, chacun chez-soi dans sa
maison et l'Internet, bien permet à tout ce monde-là de communiquer,
de s'échanger de l'information puis de se regrouper, et ça fait
un mouvement qui commence à être peut-être dérangeant. Enfin,
on l'espère!
Sur
son site, Jean Godbout dénonce de manière très crue la CSST et
certaines personnes impliquées dans le traitement de son dossier.
-J'ai
eu des, quelques mises en demeure de personnes qui voulaient enlever
leur nom de là. Moi ce que j'ai fait, c'est que j'ai publié la
mise en demeure puis j'ai laissé ça là.
-Le
fait qu'on a envoyé une lettre à mon fournisseur Internet lui
demandant de retirer le site parce que soi-disant, les allégations
qui étaient sur mon site étaient d'ordre diffamatoire et de nature
à jeter discrédit sur la SAAQ. Ce que je trouve ridicule de la
part de la SAAQ, c'est que s'ils ont quelque chose contre mon
site, qu'ils s'adressent à moi et non pas à mon fournisseur Internet
là.
Ça
fait deux ans et plus que notre site existe et puis, on n'a eu
aucune mise en demeure et puis ça me surprendrait énormément,
parce que les dires qui sont là, sont exacts. Ca fait que non,
moi je n'ai aucune crainte de ce côté-là.
Pour
appuyer leur version des faits, les Dupont on choisit de publier
sur le web des photos du cadavre de leur père et de l'autopsie
pratiquée en 1996 après l'exhumation du corps.
-On
y a pensé longtemps. C'est sur que c'est pas facile. N'importe
quelle personne regarde ça puis il voit ton père dans l'état qu'il
est là. Puis, pour nous autres aussi, puis autant pour notre mère.
Mais
Internet apporte aussi un certain réconfort.
-Parce
qu'à un moment donné on se dit : est-ce que j'ai toute ma crédibilité
ou je passe pour un hurluberlu là, tu sais ? Alors, c'est très
positif de recevoir de l'encouragement. Pendant que je concentre
les énergies là-dessus, bien on met un peu la douleur de côté
puis on la vit moins intensément, tu sais.
Ça
m'a aidé moi parce que le monde qui m'écrivent, puis qui m'encouragent,
puis qui disent : ce n'est pas possible!
Les
contestataires du Net n'ont pas encore obtenu gain de cause. Mais
ils restent convaincus que leur site peut faire bouger les choses.
Ça
a définitivement porté fruits. Si on se fit à ce que la SAAQ a
fait dernièrement avec le site, puis ils ont essayé de le faire
fermer. Si moi je n'en suis pas convaincu, eux le sont.
-Il
n'y en a pas d'autre moyen. Je ne peux pas convaincre un journaliste
ou peu importe. Il va dire : de reprendre toute l'histoire, ce
n'est pas facile. Là, avec Internet, je n'ai pas de permission
à demander.
-Dans
différents ministères, le ministère de la Santé, ministère du
Travail, CSST, ils sont toujours dans mon site. (rires)
Donc,
vous pensez que ça les dérange ?
-Forcément,
sinon ils ne viendraient pas, hein! Je m'attends à avoir, grâce
à Internet, peut-être une issue plus heureuse dans mon dossier,
que si j'aurais pas eu Internet.