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Reportage diffusé le : 6 février 2001

Internet au service des non-voyants

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Journaliste: Martine Pagé
Réalisation: Michel Philibert

 

6 février 2001

Ce qui est merveilleux avec Internet, c'est qu'on a accès à une panoplie d'informations. On a qu'à penser à tous les journaux, tous les magazines de partout dans le monde qu'on retrouve sur Internet. Malheureusement, ces ressources-là ne sont pas accessibles à tous aussi facilement qu'on le pense. Il y a environ 145 000 personnes aveugles ou qui souffrent d'un handicap visuel au Québec. Les nouvelles technologies, évidemment, leur permettent de naviguer sur le Web, mais c'est loin d'être parfait.

-Vous êtes une personne handicapée visuelle. Voici comment vous percevez la page d'accueil du site web de Branché. Est-ce qu'il y a assez de contrastes pour vous actuellement ou est-ce que...?

-Moi, je ne vois pas l'écran. Non, je ne vois rien, rien, rien sur l'écran.

C'est grâce à des outils adaptés, comme un logiciel de revue d'écran et de synthèse vocale, que Susan Vida peut naviguer sur Internet.

SUSAN VIDA, adj. marketing Tecso

-Je suis capable de naviguer sans regarder parce que la voix, en fait, c'est mes yeux. Il me dit absolument tout ce que j'ai besoin et là, ce que je suis en train de faire là, c'est rentrer dans un site web.

Et si nous maintenant, on veut avoir une idée d'ou vous êtes rendue?

-Je vais vous le dire tout de suite avant de l'allumer. Je vais vous dire que je suis dans le site de notre compagnie Tecso; j'avais sélectionné le menu principal et de là, j'avais sélectionné notre liste de distributeurs et collaborateurs et c'est justement là, je suis dans la page là.

Alors, je l'allume?

-Allons-y, oui.

-Oui, oui, OK. Alors, bouton allumé.

«Liste de nos distributeurs et collaborateurs». Voilà.

C'est grâce à vous si l'aventure se poursuit toujours. Merci pour votre fidélité.

La synthèse vocale est parfois utilisée en même temps qu'une plage tactile. C'est un appareil qui traduit le texte à l'écran en braille.

-L'afficheur braille, ça joue le rôle dans le fond de l'écran. Ce que ça m'affiche, c'est moi, l'afficheur que j'ai, ça a 40 cellules, 40 caractères, donc, ce que ça va me présenter, c'est 40 caractères d'une ligne de l'ordinateur de l'écran. Si on veut voir les 40 caractères suivants, on a des touches de navigation qui sont ici qui me permettent de voir soit les 40 suivants, les 40 précédents, la ligne supérieure ou la ligne inférieure. Avec l'aide de ces boutons-là, moi je peux me déplacer dans l'écran.

Emile Ouellet est complètement aveugle depuis l'âge de 3 ans. En 1996, Branché était allé le rencontrer alors qu'il venait de créer un site web sur la déficience visuelle.

-Ah! en 4 ans, il s'est passé beaucoup de choses. À l'époque, quand Branché était venu, j'étais sur l'environnement MS-DOS, mode textuel. Maintenant, bien depuis quoi, 2 à 3 ans, je travaille dans l'environnement Windows comme à peu près tout le monde. Dans le bas, on voit toujours sur la barre des tâches...

ANNE JARRY, coordonnatrice Centre technologique INCA

-Internet, c'est l'accès à l'information en même temps que tout le monde. Moi, ça fait 15 ans que j'ai un handicap visuel, ça fait 2 ans que je lis le Devoir, La Presse sur Internet. C'est merveilleux. C'est des revues qui ne sont pas accessibles dans les kiosques à journaux, mais qu'on peut, nous, aller chercher sur Internet. C'est fantastique.

Mais avant d'avoir accès à Internet, les personnes handicapées visuelles font face à de nombreux obstacles dont le plus important, est le prix des équipements. Un afficheur braille peu coûter entre 7000 et 16 000 $.

RICHARD LAVIGNE, d.g. Regroup. aveugles et amblyopes

-Des personnes qui ont une déficience visuelle au moins aux deux tiers, vivent au seuil de pauvreté ou même sous le seuil de pauvreté. Alors, ces gens-là, ne peuvent pas sans l'effort gouvernemental se procurer ce genre d'équipement-là. Ceci dit, les programmes gouvernementaux qui sont à la disposition des personnes handicapées visuelles, donnent accès aux nouvelles technologies de façon presque exclusive aux gens qui travaillent ou qui etudient.

Ce n'est pas tout d'avoir accès aux équipements. Il faut savoir les maîtriser.

PHILIPPE MABILLEAU, Ph.D. Vice-président, Tesco

-Ces outils-là sont complexes, il ne faut pas se leurrer là. Les revues d'écran, les logiciels d'accès à Internet, quand vous ne voyez pas l'écran, c'est des choses qui sont relativement complexes à utiliser. Donc, ça demande une formation qui est assez spécialisée, qui est très minutieuse et ça, ça peut être un obstacle supplémentaire si les gens ne l'obtiennent pas.

Philippe Mabilleau est vice-président de Tecso. C'est une compagnie montréalaise qui crée des didacticiels permettant aux personnes handicapées visuelles d'apprendre à se servir de logiciels comme Microsoft Word ou encore de naviguer sur le Web.

-Nos didacticiels, sont essentiellement bâtis autour d'une narration sonore, interactive, c'est-à-dire que l'usager entend une description des contenus ou est-ce que l'on insiste beaucoup sur de quoi ils ont l'air parce qu'eux, c'est quelque chose auquel ils n'ont pas accès.

- Utilisez les touches ALT O, pour ouvrir le menu Outils.

-Et on leur donne aussi des indications pour réaliser toutes les opérations en utilisant les raccourcis de clavier.

-Quand je dis le X là, je veux dire qu'il y a un X ici en haut de l'écran.

-Oui.

À Montréal, l'Institut national canadien pour les aveugles offre divers services de formation en nouvelles technologies.

-On a 3 volets au niveau de notre service du centre technologique de l'INCA. Il s'agit de l'information générale téléphonique, de démonstrations de produits et logiciels adaptés et de la formation en petits groupes ou individuelle pour la clientèle. Si on a compris l'idée, on n'a pas nécessairement besoin de le voir avec nos yeux. Le premier écran, c'est le bureau. Le bureau peut être très ordonné, très rangé, selon les programmes que l'on veut mettre sur notre bureau ou ça peut être pêle-mêle avec plein, plein, plein d'éléments comme chez un adolescent qui ne fait pas le ménage de son bureau.

Une fois les équipements maîtrisés, il reste encore un obstacle majeur, celui des sites web non accessibles.

-Là il me dit : foire/mfoire. C'est un lien, je présume que c'est «foire aux questions» par déduction, mais ce n'est pas évident que c'est ça. Ça fait que qu'est-ce que c'est? Il faudrait quasiment que je l'ouvre pour savoir c'est quoi. Généralement, je ne reste pas longtemps sur un site comme ça.

-On s'inquiète, on trouve que l'information est de plus en plus visuelle et graphique et les logiciels adaptés ont de la difficulté à garder le pas puis à faire des adaptations pour que même ces informations-là en scipt java par exemple, qui présentement est très frustrant, nous soient encore accessibles.

-Par exemple, si vous faites des sites web, il y a la possibilité de décrire ce qu'il y a sur une image là, en quelques mots là, par un petit texte, puis ça, ça peut aider les personnes non voyantes, même s'ils ne voient pas l'image. Ça va les aider plus que s'ils voient : 386-222.jif, là. Ça ne leur donne pas une idée de ce qu'il y a sur ce dessin-là.

-Peut-être regardez un petit peu plus haut. Je pense qu'il est dans ce coin-là, si on monte un peu avec la flèche là.

Malgré tous ces obstacles, la technologie peut demeurer un atout pour les personnes handicapées visuelles.

-Je dirais qu'il y a beaucoup plus de gens qui ont accédé aux études universitaires, qui ont réussi à compléter leurs études universitaires parce que la prise de note dans les cours, l'accès à l'information via Internet, tout est plus accessible pour recevoir l'information. Mais le marché du travail reste encore difficile à percer.

-Il y a très longtemps, tout le monde pensait qu'une personne aveugle pouvait soit accorder un piano, jouer du piano, tresser des balais, des «mops» ou des chaises. Maintenant, on pense qu'avec la technologie, les personnes aveugles peuvent travailler dans des bureaux, travailler dans des centres d'appel. Alors, il faut faire bien attention pour ne pas non plus faire des technologies comme une panacée qui va sortir tout le monde du sans emploi.