9
janvier 2001
Il y a des gens qui feraient n'importe quoi pour leurs idoles.
Certains ne manquent aucune sortie publique de leur vedette favorite.
Ce soir, c'est Roch Voisine qu'elles sont venues voir. D'autres
vont plutôt écrire une lettre pour témoigner toutes leur admiration.
Mais à l'ère Internet, plusieurs inconditionnels consacrent une
bonne partie de leur temps à mettre sur pied des sites dédiés
à des vedettes qu'ils adorent ou... qu'ils détestent!
LUCIE
CHARTRAND
-J'allais
dans les cafés Internet avec ma fille parce que je voulais faire
une recherche sur Tom Jones, qui est mon idole de jeunesse. Je
ne connaissais pas du tout comment fonctionnait l'Internet, et
c'est comme ça que j'ai appris. Et là, je me suis aperçu qu'il
y avait beaucoup de sites sur les artistes, de fans, pas des sites
nécessairement officiels, mais des sites des admirateurs et tout
ça. Là, ça m'a donné le goût.
Depuis
1998, Lucie Chartrand a créé trois sites Web amateurs consacrés
à des artistes.
-Quand
je fais un site pour un artiste comme ça, c'est que je l'ai suivi,
comme Isabelle Boulay, depuis le début, je la regardais aller
un petit peu. Sa voix! Sa voix, moi, c'est ça qui va me toucher
en premier, la voix. Sa personnalité, je la trouve très, très
sympathique. J'ai vu qu'elle avait travaillé fort. Ça prend
des années, des années, puis dans ce temps-là, quand ça aboutit
comme ça, on dirait que j'ai comme une envie de leur rendre hommage.
JULIE
LAVERDIERE
-Je
l'aime, cette comédienne-là, puis je veux la faire découvrir à
d'autre monde. Ça fait qu'en même temps, je veux que le
monde la connaisse. Des fois, je parle d'Elyse à des personnes,
puis ils me disent : c'est qui cette fille-là? Je ne la connais
pas. Ah bien, va voir sur mon site Internet.
-Tu
es jalouse, hein?
-Je
ne suis plus capable.
-On
va s'arranger, là.
C'est
la première fois que Katryne Raymond et Julie Laverdière se rencontrent
en personne. Elles travaillent pourtant ensemble depuis un an
sur leur page Web créée en l'honneur de la comédienne Elyse Marquis.
KATRYNE
RAYMOND
-J'ai
commencé avec une page personnelle, à moi, que je faisais toute
seule. C'est là que j'ai rencontré Julie sur un forum d'une ancienne
émission qu'Elyse animait. C'est là qu'on a décidé de faire une
page ensemble sur Elyse.
Créer
une page Web est un passe-temps exigeant.
-Je
ne pensais pas que c'était autant de travail. Au début, on a travaillé
beaucoup. On a passé une heure au début par soir, ou si c'est
pas plus.
-Je
pouvais faire ça à raison de quatre heures par jour. Quand on
dit que c'est un loisir, là! Des fois, je travaillais le soir
pour ne pas nuire dans ma journée.
-Mets
sa photo en plus petit à côté...
-À
tous les jours, je vais aller sur mon site, je vais vérifier combien
de gens peuvent être venus. Je vais regarder mes courriers électroniques.
-Les
journaux, la télévision, il y a souvent beaucoup d'informations
sur elle. Elle anime une émission de radio aussi le matin, ça
fait qu'on écoute ça, puis on ne manque pas le moindre petit détail,
et aussitôt qu'on a quelque chose, on va le rajouter sur le site.
-Il
n'y a pas que les fans qui investissent du temps sur le Web. Il
y a aussi les anti-fans qui consacrent un site à une personnalité
publique qu'ils haissent.
MICHAEL
BERNARD
-Je
passe probablement... à faire les mises à jour sur mon site et
sur mon club, je dirais au moins deux heures par semaine.
Michael
Bernard déteste le gardien de but de l'Avalanche du Colorado.
Il a donc créé sur le Web un club des antifans de Patrick Roy.
-C'est
un petit ramassis de plein de petites choses qui m'agacent. Son
attitude, la grosse raison, c'est vraiment son attitude qu'il
a envers les journalistes, ses fans comme tels. Il a deux personnalités
: quand il fait une entrevue en anglais et quand il fait une entrevue
en français. Il se pense tout le temps au-dessus de tout le monde...
Provoquer, ce n'était pas vraiment mon but. C'était un peu d'unir
tous les fans qui étaient contre Patrick Roy. C'est le fun de
voir aussi qu'il y a d'autre monde que moi qui le haïsse.
Consacrer
un site Web à une vedette, c'est souvent une occasion de nouer
de nouveaux liens.
-D'aussi
loin que je me rappelle, j'ai toujours aimé cette fille-là. Je
pensais être la seule, disons, et quand j'ai fait la connaissance
de Katryne, bien là, on s'est rendu compte qu'on avait quelque
chose en commun.
-Une
des fans de Patrick Roy qui était une des plus actives sur mon
club, ça ne m'est jamais venu à l'idée de bannir cette personne-là
parce qu'elle aimait Patrick Roy. C'était le fun, elle apportait
des arguments pour. Ça faisait des conversations intéressantes.
Ça passait le temps. Dans le fond, on devenait quasiment
amis, parce que je venais à m'ennuyer de cette personne-là.
Il
y en a une de France qui m'envoie souvent des articles, qui m'envoie
ça dans une enveloppe. Elle m'a envoyé une cassette vidéo.
Dans
certains cas, les sites Web ont même permis à leurs créateurs
d'entrer en contact direct.
-À
un moment donné, ça a été Mario lui-même qui m'a écrit, qui m'a
remerciée. Ça m'a créé... parce que son frère a continué
à m'écrire. Lucie a aussi profité d'un spectacle d'Isabelle Boulay
pour lui offrir un des portraits au fusain qui ornent son site
Web.
-Quand
elle m'a reçue, c'était les becs, les accolades; j'avais du rouge
à lèvres sur la joue! Elle avait quasiment les larmes aux yeux!
C'est sincère, c'est vraiment sincère. Il y a des chats avec elle
qui se passent sur d'autres sites. Puis, c'est ça, on va lui parler,
on lui dit : ah, notre site, ça roule bien. Elle nous a dit qu'elle
y allait fréquemment, qu'elle allait voir les mises à jour.
-Au
début, elle ne l'avait pas vu, mais on aimait ça pareil. On continuait
à travailler. Mais c'est sûr que, quand on a su qu'elle venait
souvent, on était contente.
-Est-ce
que tu aimerais ça éventuellement que Patrick Roy devienne membre
de ton club?
-J'aimerais
bien ça, avoir... Peut-être pas membre, mais j'aimerais bien ça
qu'il puisse répondre, se défendre lui-même face aux choses que
je l'accuse, savoir son côté de la médaille.
Les
fans ont souvent des activités en commun avec les vedettes auxquelles
ils se consacrent : Lucie chante dans une chorale, Julie songe
à devenir comédienne et Michael est gardien de but au hockey amateur.
-Dire
que j'aurais aimé avoir sa carrière, c'est certain. J'aurais probablement
aimé avoir la carrière de n'importe quel gardien qui s'est rendu
dans la Ligue nationale!
-C'est
une passion, la chanson. Je n'ai jamais réussi, je n'ai jamais
eu la chance de me rendre là. Puis, c'est ça, je me contente de
chanter dans une petite chorale, puis faire notre petit spectacle
annuel! (Rires)
-Il
y a page 1, 2, 3, 4, 5. Bien, 1, 2, 3... 5. Il faudrait rajouter
page 0...
-On
ne passe pas tout notre temps là-dessus. On va quand même à l'école.
On est quand même des adolescentes ordinaires. On a une autre
vie en dehors de notre site Internet, mais c'est un de nos passe-temps.
-La
plupart de nos amis, ils nous trouvent pas mal trop maniaques!
Mes parents aussi! C'est une obsession, comme je l'ai souvent
dit à plusieurs personnes, mais je veux dire : je ne m'en fais
pas. Ce n'est pas vraiment une obsession qui va m'entraîner et
qui va mettre totalement ma vie de côté pour cette affaire-là.
-C'est
sûr que ce que, moi, je ressens, c'est plus d'arriver, puis de...
Un petit peu quand tu as le goût de crier sur les toits que tu
es en amour, c'est un peu comme ça, au fait. C'est ça, l'Internet,
c'est comme ça que je l'ai vu. Je me suis dit : ça va se promener
partout.