Netgraphe

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Journaliste: Jean-Hugues Roy
Réalisateur: Michel Philibert

On vous a déjà parlé à l’émission de l’explosion foudroyante des titres des compagnies Internet dans les bourses américaines. Eh bien, cette explosion commence à avoir ses échos ici, au Québec, et c’est dans cet immeuble anonyme de la rue Saint-Denis à Montréal que la vague a commencé à déferler, au siège social d’une entreprise dont très peu de gens ont encore entendu parler: Netgraphe. Même si vous n’êtes jamais allé sur Internet, vous connaissez sans doute La Toile du Québec. Avec plus de 90 000 visiteurs par jour, c’est aujourd’hui le site Web québécois le plus consulté. Mais La Toile a pourtant eu des débuts modestes.

YVES WILLIAMS, vice-président, La Toile du Québec
  — En avril 1995, lorsqu’on a développé La Toile, c’était surtout pour essayer de mettre en lumière qu’il y avait des ressources Web ici au Québec.
  — C’était philanthropique.
  — Oui, essentiellement, c’était philanthropique, effectivement.

CHRYSTIAN GUY, directeur de la production, Netgraphe
  — On a rassemblé ça ensemble. On a appris le HTML en faisant La Toile du Québec. On s’est acheté un livre, là. Je te jure, c’était carrément ça. On faisait du «copier-coller», puis on a trouvé comment le faire. C’était les balbutiements du Web au Québec, c’était quelques secondes après le Big Bang!
  — Oui, oui.
  Quelques années plus tard, Marc Copti et Normand Drolet ont investi dans La Toile du Québec pour en faire une entreprise en bonne et due forme. Entreprise qu’ils ont appelé Netgraphe.

NORMAND DROLET, président et chef de la direction, Netgraphe
  — Moi et Marc, quand on a investi là-dedans, écoutez, le premier investissement de départ là...
  — Oui?
  — Il faut bien le dire aujourd’hui, là, c’était 25 000$ Jour 1, là, on a mis 25 000$. Puis moi et Marc, on s’était dit: le pire qui peut arriver c’est que ça nous aura couté 25 000$ pour savoir comment ça marche le Web. Il y a bien du monde qui nous disait: mais vous êtes un peu fous! Voyons! Vous êtes aussi bien d’aller au casino, au moins vous allez avoir du fun pour votre argent.
  Mais ils ont fait bien mieux que d’aller au casino.
  — 4$! 4$!
  — Le 30 septembre dernier, Netgraphe devenait la premiere entreprise Internet au Québec à entrer à la Bourse de Montréal.

MARC COPTI, président, Netgraphe International
  — C’est vrai qu’il existe un momentum pour les entreprises Internet en ce moment qui est intéressant et qui leur permet finalement d’accéder aux marchés boursiers.
  — Ouais, vous cherchez à embarquer dans le train en marche finalement, c’est ça?
  — Bien, comme tous les joueurs qui ont de l’allure, qui sont intéressants, oui.
  — Ça nous permet, en étant une PME, d’aller jouer sur le terrain des grands.
  Pour plusieurs, l’arrivée de Netgraphe à la bourse est carrément un événement historique dans la vie économique du Québec.
  — Le prix dans un an?

DAVID CLICHE, ministre délégué, Autoroute de l’information
  — Le secteur du multimédia inforoutier est en pleine effervescence, est en pleine explosion. J’espère que le chemin ouvert par Netgraphe va montrer la voie à d’autres entreprises qui pourront aller chercher la capitalisation dont ils ont besoin pour faire exploser l’industrie du multimédia et l’industrie de l’inforoute chez nous au Québec.
  En effet, d’autres entreprises québécoises d’Internet ont annoncé ou laissé entendre qu’elles se lanceraient elles aussi sur différents marchés boursiers. Pour le consultant Philippe Leroux, les compagnies Internet comme Netgraphe sont des valeurs sures.

PHILIPPE LE ROUX, associé, VDL(2)
  — On s’aperçoit qu’il y a une croissance naturelle de l’utilisation du Net au Québec de l’ordre de 120% à 150% par an. Là, je ne parle pas en terme de nombre d’internautes, je parle en terme de trafic, ce que l’on peut constater avec les chiffres sur notre serveur. Donc, on va avoir une croissance naturelle du trafic sur La Toile et sur les produits de La Toile. Déjà en partant, il va y avoir une croissance de base garantie, à la limite sans rien faire.
  Sauf qu’en quatre mois, la valeur de l’action de Netgraphe a augmenté de plus de 2000%, une croissance phénoménale qui s’explique en grande partie par l’acquisition de l’entreprise à la mi-novembre par Vidéotron et par TVA.

PIERRE SIMON, président du C.A., Netgraphe
  — L’idée, c’était comment on pouvait marier les forces d’Infinit et de La Toile, qui sont vraiment complémentaires, pour devenir numéro 1, prendre la position numéro 1 des portails. Alors je pense que c’est dans ce sens-là que la transaction s’est faite; c’est qu’on a réuni chacun de notre coté les forces qu’on avait et on a fait une équipe qui est vraiment maintenant l’équipe la plus dynamique, la plus numéro 1.
  Et depuis, Netgraphe avale tout ce qui bouge sur Internet. En décembre, elle a fait l’acquisition de Webfin, un site d’informations financierès, et quelques jours plus tard, elle mettait la main sur Jobboom, un site de recherche d’emploi. Netgraphe possede également le portail Infinit qui héberge notamment le site du journal La Presse. En clair, Netgraphe est en quelque sorte devenue la division Internet de Rogers Vidéotron et de TVA.
  — Avec TVA, on a la première antenne; avec La Presse, on a le premier quotidien; avec Rogers, on a le premier réseau en terme de capacité; avec les pages d’accès par défaut de nos cablo-distributeurs... alors a tous les niveaux où on joue, on joue en première position, alors c’est sur qu’on veut maintenir, c’est sur qu’on aime cette position-là.
  — OK! C’est ici l’atelier si on veut, là?
  — L’atelier, les forces vives de Netgraphe se trouvent toutes ici.
  Mais pour demeurer en première position, prévient Philippe Leroux, Netgraphe devra livrer la marchandise.
  — Netgraphe a un énorme défi qui va être de prouver justement la capacité de conclure son potentiel, c’est-à-dire d’être capable de faire un succès avec les contenus de TVA, de La Presse ou des magazines Métrostars. Les gens de Netgraphe on fait preuve d’une grande capacité autour d’un projet comme La Toile du multimédia. En même temps, ils ont eu à côté de ça beaucoup d’échecs. Il reste à savoir qu’est-ce qui va se faire. Est-ce qu’ils vont être capables de faire un grand succès avec leurs prochaines opérations ou si ça va être quelque chose avec moins de succès comme l’ont été certains de leurs produits. C’est comme... la pression est très forte sur eux.
  La pression est d’autant plus forte que selon certains, Netgraphe est surévaluée en bourse. Avec ses 115 employés et un déficit atteignant le double de son chiffre d’affaires, sa valeur dépasse celle d’Air Canada, par exemple. Qu’à cela ne tienne, Netgraphe a l’intention de s’envoler pour l’Europe et de lancer les versions francaise, belge et suisse de La Toile du Québec.
  — Et on a une recette ici qu’on peut très rapidement reproduire dans ces marchés. C’est ce qu’on s’en va faire, définitivement, absolument.
  — Vous allez coloniser l’Europe?
  — Non, on ne veut pas coloniser l’Europe. On va plutôt, je dirais, étendre la «Bonne nouvelle» en Europe parce que ce n’est pas une attitude de colonisateur qu’on a. C’est vraiment une attitude de dire: «ici ça colle bien à la réalité des gens». On est capables de faire la même chose avec vous. Alors c’est une dimension extrèmement différente de colonisation. C’est plutôt une dimension, je dirais de s’impliquer dans la communauté comme on l’a fait ici. Mais je veux dire, pourquoi on ne pourrait pas permettre aux gens de d’autres communautés de bénéficier des services qu’on offre ici? Alors c’est vraiment plutôt dans un mode, je dirais d’offre de services plutôt que dans un mode de colonisation. On est pas des McDonald de l’Internet en particulier, la.
  N’empèche qu’avec les succès de l’entreprise a la bourse, les principaux actionnaires de Netgraphe sont aujourd’hui des multimillionnaires, les premiers du Net québécois.
  — Alors si on a une bonne performance boursière, ça nous permet d’accélérer le développement. C’est ça en bout de ligne que ça nous permet de faire.
  — Et pour faire quoi?
  — Conquérir le monde.