L’industrie du sexe sur Internet

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Journaliste: Annie Hudon
Réalisateur: Michel Philibert

Aujourd'hui, on a une émission un peu spéciale pour vous. En effet, on va tout d'abord vous parler de sexe sur Internet.

C'est un sujet qui est un peu délicat, parce qu'on ne sait pas exactement combien de sites pour adultes se trouvent sur le Web; quelques évaluations parlent d'une cinquantaine de milliers de sites. Mais chose certaine, c'est une industrie qui est florissante et qui a généré, l'année dernière, au-dela d'un milliard de dollars américains.

Alors, on est allé rencontrer quelques-uns des Québécois qui participent a cette véritable ruée vers l'or.

En mai dernier, le Web Expo débarque pour la premiere fois a Montréal. On retrouve de tout : matériel pornographique prêt a mettre en ligne, services d'hébergement et équipement spécialisé.

Divers intervenants de l'industrie du sexe sur le Web échangent des trucs du métier et créent de nouvelles opportunités d'affaires.

«Welcome to Montréal.»

C'est aussi l'occasion de récompenser les sites pour adultes qui se démarquent. «And the winner is... »

Gamma Entertainment rafle le prix du meilleur site spécialisé avec son site «Web's Youngest Women».

KARL BERNARD, dir. des opérations, Gamma Entertainment

-On recoit environ, au travers de nos 13 sites, 420 000 visiteurs par jour. En ce moment-ci, on a environ 60 000 membres qui paient 22,95 $ par mois. Quand j'ai commencé a jouer sur Internet, je voulais me faire un petit site Web et je ne savais pas sur quel sujet, alors j'ai mis des photos de femmes nues sur Internet et c'est devenu populaire. Alors, j'ai exploité ce filon-la.

Un filon payant, qui rapporte aujourd'hui des millions de dollars. Le secret de Gamma Entertainment : mettre ses 13 sites bien en vue a l'aide de bannières publicitaires affichées sur plus de 10 000 sites reliés au domaine du sexe.

-On dépense en publicit‚ je dirais entre 300 000 $ et 600 000 $ US par mois. Quelqu'un qui n'a aucun trafic, quand meme qu'il a le meilleur produit au monde, il ne réussira jamais a faire un sou, tandis que si tu as un produit moyen, si tu as du trafic, tu as des chances de le vendre.

Les gros sites payants se servent des petits sites gratuits pour attirer du trafic. Ils achètent de l'espace publicitaire sur ces petits sites qui, eux, recoivent en retour jusqu'a 5, 15 ou meme 25 cents chaque fois qu'un internaute clique sur la banniere d'un site payant.

-L'idée, ça devient d'amener du monde sur ta petite page à toi avec quatre, cinq photos. Tu ne veux pas qu'il reste là. Ce que tu veux, c'est qu'il clique sur une banniere puis d'y retourner.

Les concepteurs de Fleshnet Communications opéraient jusqu'a tout récemment plus de 400 sites gratuits. Grâce au systeme de bannières, ils ont réussi a amasser 150 000 $ au cours de la dernière année, ce qui leur a permis de lancer cinq nouveaux sites payants.

-Cent personnes différentes vont avoir cent fantasmes différents, fait qu'on va essayer de tous les combler. Quand cette personne-là est rentrée, il faut la retenir le plus longtemps possible. Fait que s'il n'aime pas ce qu'il a vu en rentrant là, bien, on va lui offrir d'autre chose.

C'est souvent ce qui se produit quand vous vous trouvez sur un site pour adultes et que vous essayez d'en sortir; vous tentez de fermer la fenêtre ou de faire un retour en arrière, et, surprise, de nouvelles fenêtres apparaissent, vous invitant a visiter d'autres sites pour adultes.

Ces sites sont plus souvent qu'autrement programmés de telle sorte que personne ne peut quitter sans avoir vu tout ce qu'il y a au menu.

-Est-ce que vous pourriez ne pas faire ça?

-Parce que les gens trouvent ça souvent embêtant, on a l'impression qu'on reste pris dans les sites pour adultes. Probablement qu'on pourrait, mais mon revenu en serait affecté, les ventes en seraient affectées.

La grande majorité des sites payants d'ici ou d'ailleurs se tournent vers des fournisseurs de contenu pour alimenter leurs sites.

-Le matériel, c'est du mat‚riel exclusif qu'on achete, qu'on fait produire et qu'on achete. -Ou?

-La majorit‚ du temps, c'est fait en Californie.

-Mais pourquoi vous avez choisi d'acheter le matériel et non pas de le produire?

Pour toutes les complications qui peuvent peut-etre entourer ça. Premierement, recruter des modeles, c'est un drôle de monde, là, c'est un bizarre de monde.

-Viens les yeux vers moi juste un tout petit peu, minisourire. On y va. C'est bon!

Chez Mea-Culpa, on a choisi de faire les choses autrement. On mise d'abord et avant tout sur un produit bien de chez nous.

LUC THIBAULT, coconcepteur, Mea-Culpa

-Je dirais que Mea-Culpa, c'est surtout... c'est surtout un site adultes, pour les gens qui veulent voir la beauté du coté féminin, mais sans tout le coté dégradant puis scabreux, de tout ca.

-Excellent! Un petit sourire, s'il vous plait!

GILLES THIBAULT, coconcepteur, Mea-Culpa

-Le défi, c'était de se dire : on va essayer de faire... de monter quelque chose vraiment de tres classique, comme Luc disait, de très... plus... qui tire plus vers la photo esthétique, plutôt que d'aller chercher des photos dans des banques d'images a gauche, a droite.

-Pour ce faire, on recrute des filles de Québec et de Montréal via des petites annonces dans les journaux.

-Moi je les paie, pour une séance de pauses qui dure environ... on parle de trois heures en moyenne, je paie 300 $.

Autre particularité : le site Mea-Culpa n'affiche aucune bannière et n'est pas programmé pour retenir les internautes dans ses filets.

-Il y a tout cet aspect-la, nous, qu'on voulait évacuer du site, donc on n'a aucune publicité sur le site. C'était vraiment quelque chose qu'on ne voulait pas mettre. Tout ce qu'on a...

-Pourquoi?

-Parce qu'on trouve que ca pollue tout simplement l'aspect visuel du site puis que ça rend la chose vraiment trop lourde au niveau visuel puis commercial aussi. Moi... En tout cas, on trouvait que ca faisait vraiment trop racoleur.

-Puis le site fonctionne bien?

-Depuis deux, trois mois environ, le site est rentable. On ne gagne pas des sommes énormes, sauf que ça paie quand même les modèles, ça paie le serveur. On va chercher a peu pres 1000 $ de profits par mois.

-On a décidé que, oui, c'était quelque chose qu'on voulait faire, puis c'était dans ma personnalité de faire ça. Je suis exhibitionniste.

Il existe un tout autre genre de site pour adultes. C'est ce qu'on appelle les sites amateurs. Des filles comme Ceska offrent a leurs membres une série de photos et de spectacles tres explicites via leur Web Cam.

-On a beaucoup de contrôle sur ce qu'on fait. On peut gagner beaucoup plus d'argent que faire des photos pour une revue ou un film pornographique. On a le contrôle de qu'est-ce que mon image. Je ne dois pas faire quelque chose avec quelqu'un que je n'aime pas.

Ceska fait équipe avec son conjoint pour opérer son site. Dans l'industrie adulte, la majorité du temps, c'est les hommes qui font l'argent; les femmes sont payées, mais elles ne font pas vraiment d'argent. Dans les sites amateurs, c'est la seule facon pour qu'une femme qui veut travailler dans le milieu adulte fasse vraiment de l'argent, beaucoup d'argent.

-Pour l'instant, qu'est-ce que ca dit comme revenu mensuel a peu pres?

-Mensuel? On peut faire a peu pres 10 000 $ américains.

-Par mois?

-Oui, par mois. Du moment qu'il y a quelque chose de nouveau, tous les deux ou trois jours, les membres vont rester, parce que c'est ça le plus important dans les sites amateurs, si les membres restent, on fait de l'argent. Même si le site n'est pas un beau site ou même si les photos ne sont pas de bonne qualité, ce n'est pas ça le plus important dans les sites amateurs. Le plus important, c'est qu'il y ait quelque chose de nouveau à toutes les semaines. C'est ça que les membres veulent voir.

Et sur les sites amateurs, le client a même le loisir de faire des demandes spéciales.

-Pour les photos de mes pieds, il veut voir plein de photos de mes pieds. C'est ça. Tout d'un coup, on va faire des photos de ses pieds puis les membres vont être contents. Ça fait qu'ils peuvent contrôler ce qu'ils voient. Pour eux, c'est plus réel que ce qu'ils voient a la télévision.

Le sexe sur Internet fait miroiter beaucoup d'argent, mais aucune recette miracle le garantit.

-Il y en a des tonnes de sites payants, il y en a des tonnes, pour tous les gouts, pour tous les genres, pour tous les prix. Il y en a des tonnes. C'est dur maintenant de se démarquer. Puis se démarquer, ça veut dire offrir plus que ce que les autres offrent, puis ça coûte des gros sous. Je dirais que pour partir un bon site, ça prend au moins un investissement de 100 000 $.

Qu'il y ait de l'argent a faire ou non, les sites pour adultes cachent parfois un coté bien mystérieux.

-Et qui est derriere Gamma Entertainment?

-Je ne peux pas donner de réponse.

-C'est qui le propriétaire?

-Je n'ai pas la réponse.

-Le nom de l'entreprise est inscrit où? Est-ce que c'est américain, québécois?

-Je n'ai pas de réponse.

On a beau lever un coin du voile sur le monde des sites pour adultes, on n'apercoit que la pointe de l'iceberg. Ce qui se passe véritablement derrière les pages Web de cette nouvelle business reste encore méconnu.