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Bonjour et bienvenue à Branché. Ici Jean-Hugues Roy. Et aujourdhui, on vous parle tout dabord de cyberdépendance. En effet, Annie, bon, la cyberdépendance, on en entend beaucoup parler depuis lémergence dInternet.
Est-ce que cest un mythe ou une vraie maladie?
Cest la grande question, Jean-Hugues. En fait, il faut
dire quavant même quInternet ne soit connu de tous, on sinquiétait déjà beaucoup de la cyberdépendance. Évidemment, plus Internet gagne en popularité, plus on sinquiète de la cyberdépendance.
Oui, évidemment, et tout le monde pointe du doigt Internet, mais est-ce quil est vraiment responsable?
Le premier réflexe, cest de tenir Internet responsable, comme sil avait les propriétés de créer une nouvelle forme de dépendance. Mais quen est-il vraiment? Pour y voir plus clair, on a demandé à deux personnes qui ont souffert de cyberdépendance, Carole et Jean-Philippe, qui ont accepté avec une grande générosité de nous livrer leur témoignage.
Passer devant lordinateur, cest... la main sen va la toute seule. Cest comme une drogue.
La première fois que jai eu le jeu entre les mains... jétais complètement «addict» à ce jeu-là. Jai joué 14 heures daffilée sans arrêter, sans bouger de ma chaise. Je ne me suis pas levé de ma chaise, je nai pas été aux toilettes, je nai pas mangé. Le lendemain matin, jai dit: ho!
Si ma fille ne prenait pas lordinateur, jétais 24 heures en ligne, tout le temps.
Carole et Jean-Philippe ont tous deux souffert de cyberdépendance. Carole est restée accrochée dans les filets du bavardage électronique; Jean-Philippe, lui, sest perdu dans les dédales du jeu vidéo Diablo.
Tu commences comme un petit guerrier, finalement, qui va prendre lexpérience en, justement, tuant des monstres, des choses comme ça. Tu peux trouver certaines pièces dor, acheter des armes qui sont un peu plus puissantes, donc tu vas infliger plus de dommages. Tu ne joues pas seul à la maison. Cest le fait aussi dêtre en communauté. Le jeu, en fait, devient divertissant parce que tu joues avec dautre monde. Donc, tu deviens en plus une référence auprès des joueurs qui commencent, donc là cest intéressant parce que, là, tu peux apprendre des choses aux
joueurs qui commencent. Ça fait que tu as comme une certaine notoriété dans ce jeu-là, tu sais.
On choisit un beau petit surnom, là, qui est mignon, et puis tout le monde nous adresse la parole. Tout le monde nous attend. On est la bienvenue. On est acceptée, peu importe ce quon est physiquement. Puis moi, mon goût, cétait curieux, mais cétait daller vers les hommes et de leur demander des questions directes à eux: comment ça se passait dans leur vie de couple; ça faisait combien dannées quils étaient mariés. Questions idiotes peut-être, mais à 3 heures du matin, on se la fait poser souvent aussi: est-ce que ca va bien dans ton ménage; cest quoi la fréquence sexuelle. Je sais que cest très ridicule comme questions, là. Cest quoi la normalité?
JEAN GARNEAU, psychologue
Il y a trois sortes, je pense, de dépendances profondément: il y a les dépendances qui engourdissent, lalcoolisme est le meilleur exemple; il y a les dépendances qui apportent de lexcitation, du «thrill»; et il y a les dépendances qui viennent du fait quon trouve un plus, un enrichissement, une amélioration de notre vie. Et je pense quInternet serait dans cette catégorie-là.
Je ne sais pas si vous connaissez un petit peu les «chat», mais on peut échanger des sons, alors on peut écouter de la musique. Alors, quoi de mieux que découter une mélodie puis de danser, finalement? Et quand on danse, on est très près, alors il se passe quand même des situations où: pose ta tête sur mon épaule. Cest très anodin pour commencer, là, cest très courtois et charmeur. Alors, on peut échanger tant que lon veut sur tous les sujets quon veut, il ny à rien de tabou. Les conversations vont directement, de prendre un bain, par exemple, rien de plus plaisant que de prendre un bain avec une personne que vous ne connaissez pas.
Virtuel?
Virtuellement. Vous apprenez à la connaitre. Vous vous faites... vous vous imaginez la pièce que vous voulez, vous vous imaginez ce que vous voulez dans le bain, et cest limaginatif qui prend le dessus. Le portatif me suivait partout, partout ou jallais je me branchais. Jétais sur Internet tout le temps, tout le temps, y compris dans le temps des Fêtes. Quand on va dans la famille, cest bien plaisant quand, à 1 heure du matin, tu dis: bon bien tourlou tout le monde, moi je men vais «chatter» un petit peu, jai mon monde qui mattend, je ne peux pas les délaisser, on sest donné rendez-vous, et tout, et tout.
Tsais, même dans tes temps où est-ce que tu ne joues pas, tu penses à ça, parce que tu penses à comment tu pourrais que ton personnage devienne plus puissant, puis tu penses à ce que tu as fait, puis... Donc, cen est même drainant, tu sais, tu joues 40 heures, mais tu en penses apres ça 10, 15 heures. Tu ne peux pas avoir une vie agréable, là, quand tu fais ça. Tu sais, cest surtout que tu ne fais pas dautre chose, je veux dire, tu délaisses les gens que tu aimes. Donc, cest bien sur quils sen apercoivent. Puis de faire continuellement ça, je pense que tu finis par perdre énormément de gens autour de toi.
Ma fille, elle, elle sest sentie mise de coté. Cest quelle, un jour, est venue me voir en me disant:«Je me sens rejet, maman.» Je lui ai demandé pourquoi. Elle ma dit: «Tu es toujours sur lordinateur. Quand je viens pour te parler, tu nes plus jamais disponible. Je suis toujours de trop. Puis ça, ça me fait de la peine.» Alors, je lai prise dans mes bras puis on à pleuré beaucoup ensemble. Cest là que jai réalisé que cétait rendu loin. La, il fallait que je fasse quelque chose.
Les cas de Carole et de Jean-Philippe ne sont pas isolés. Sur Internet, depuis quelques années, on voit apparaitre des sites ou on se préoccupe de plus en plus de la cyberdépendance, au même titre que nimporte quelle autre
maladie, comme lalcoolisme, par exemple. Des cliniques de traitement réelles et virtuelles ont même vu le jour aux États-Unis.
Selon une enquète américaine parue au mois daoût dernier, 6% des internautes seraient cyberdépendants, ce qui représente 11 millions dinternautes à travers le monde. Des résultats et des conclusions qui sèment une grande controverse dans le milieu scientifique.
Ce que jai trouvé dans le domaine de la cyberdépendance, cest typiquement ça, il ny a rien de fondé dans ce quon dit, il ny à rien détabli solidement sur le plan scientifique. Les gens qui sintéressent à cette question-là, évidemment, ils sont concernés par la question: ils publient des livres, ils donnent des conférences, ils ont des cliniques de traitement. Ils ont toutes sortes de beaux intérêts à ce que ça soit considéré comme une maladie. À partir du moment ou cest officialisé, il y a des octrois de recherche, il y a toutes sortes de choses qui en découlent.
Le fait de voir, de batir quelque chose avec un personnage qui est moi en fait et puis qui atteint cette puissance-là rapidement, tu sais, donc en quelques heures, ce personnage-là atteint la puissance que moi je vais mettre peut-être des années à atteindre dune certaine facon.
Maintenant, le problème quils ont, est-ce que cest un problème dordinateur ou dInternet ou est-ce que cest un probleme dun autre ordre?
Moi comme psychologue, je pense que cest un problème dun autre ordre.
Ma fille allait à lécole, mon mari travaillait, moi je nétais pas sur le marché du travail à ce moment-là, alors ça comblait beaucoup ma vie, le dialogue, la conversation. Mon époux revenait du travail, il allait écouter la télévision ou, bon, lui cest un bon golfeur, ça fait que les fins de semaine, il allait jouer au golf, ça fait que jétais rendue que jespérais quil parte, jespérais quil ne vienne pas coucher parce que je pouvais passer mes nuits sur Internet. Je navais pas besoin de lui pour me combler, javais plein dhommes pour me combler, je navais pas besoin du tout de sa présence autour de moi, là.
Quand jétais jeune, jétais très petit, le plus petit de ma classe pendant de nombreuses années. Cétait très intim... Ce nétait pas intimidant, mais cétait, on pourrait dire, difficile du fait dans les sports, des choses comme ça, bon, parce quon nest pas reconnu, on est le dernier de pris dans une équipe, ou des choses comme ça, bon. Puis on prend sa place dans le jeu, finalement, cest ça, puis on essaie peut-être davoir justement tellement cette place-là que jai peut-être été un peu dans lexcès.
Souvent, les gens me demandent: comment tu as fait, la, pour te rebrancher à la réalité? Ce nest pas évident. Cest petit à petit. Ça à pris la part, une grande part de moi, puis une petite part, je dirais, de mon époux. Ce que je lui demandais, cest detre là pour moi. Moi je suis consciente maintenant que javais un problème au départ et quen réglant mon probleme à la base, je pouvais régler le problème de dépendance à Internet.
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