Bonjour et bienvenue à Branché. Ici Jean-Hugues Roy, et aujourdhui, on vous parle de journaux intimes. En effet, le journal est un genre littéraire bien établi. Il y a des grands auteurs, plusieurs mêmes, qui ont publié déjà leur journal. comme Franz Kafka la déjà fait, mais aujourdhui, les journaux se transposent sur le Web.
En effet, il y a des dizaines de milliers de personnes qui, chaque jour, racontent leur vie sur Internet. Et plusieurs le font en français. Alors, nous avons décidé daller rencontrer quelques diaristes virtuels québécois, histoire de leur demander pourquoi ils se livraient ainsi au monde.
Mon nom de plume, cest Starless. Mon titre de journal, cest en anglais, cest A Starless Night, et puis pourquoi je le fais? Cest simple: cest un journal intime, mais avec du feed-back.
ça me permet de mintrospecter, de tout voir, de tout analyser ce que je fais, ce que je vis, et ça me permet de mieux me connaitre finalement.
Mon nom de plume, cest Zuby et jécris «Laissez-moi vous montrer le monde avec mes yeux» depuis le 28 février 1998.
Jai commencé à lire des journaux, pis jétais un peu, pas jalouse, mais tu sais, ça mintriguait, et puis, javais le goût de commencer à faire comme les autres, rentrer un peu comme dans la gang.
Ce gang, justement, cest la Société des diaristes virtuels, un regroupement de gens qui tiennent un journal intime et qui le rendent accessible à des milliers de lecteurs potentiels sur Internet.
STROPH
Je pense quil faut être un peu exhibitionniste aussi pour partager sa vie sur le Web, (les autres approuvent) mais je pense que cest une sorte de thérapie gratuite quon soffre.
(Extrait du journal de Strophe)
«Sombre couloir. Beaucoup de coins sombres dans le couloir qui mamène à lEden, à ma délivrance. Jarrive tranquillement, mais surement, à me sauver de moi-même, de mon côté autodestructeur. Jy suis presque. Jy touche au bonheur.»
Mais pourquoi rendre sa vie publique? Les diaristes répondent quils publient leur journal un peu comme on lance une bouteille à la mer.
STARLESS
Y a pas de grandes différences entre ce journal-là pis un journal intime quon écrit sur papier, sauf que cest un journal intime avec feed-back. Cest la clé, le feed-back, cest..."
On compte, aujourdhui, un peu moins dune centaine de journaux intimes publiés sur le Web au Québec, et ces journaux sont presque aussi vieux que le Web lui-meme.
Le matin, je me lève, en pyjama, un peu endormie, avant le premier café. Jouvre le store. Je regarde dehors. Sil fait beau, tant mieux, sil pleut, jaime bien la pluie aussi, donc je suis contente.
Tout a commencé en juin 1995, quand Brigitte Gemme, une étudiante de la métropole, a lancé son journal Web: Montréal, soleil et pluie.
La lumiere du matin est tellement belle. Pourtant, je nai pas dormi longtemps, mais jai, encore cette nuit, dormi comme un ange. Que demander de plus?
Jour après jour, les gens allaient lire les billets quotidiens de Brigitte comme on lit un feuilleton. Elle avait son public. Et cest ce qui fait que dautres ont cherché a limiter.
Y a des lecteurs qui viennent me voir pis qui me disent: pis, comment elle va Doudou? Quest-ce qui arrive avec telle situation? Pis, je suis toujours étonnée de voir quils connaissent ma vie au complet, ils me connaissent. Tu sais, ils connaissent comment je vais réagir. Ils connaissent. Pis moi, je les connais pas du tout.
MOEBIUS
Cest comme si on était, un peu, à un moment de notre vie, une petite vedette, pas grande, un peu notre Louis 19 à chacun.
Lui, cen est un que tu aimes bien?
Oui, lui cest un des rares auquel je reviens souvent.
Michel Senez a récemment fait sa maitrise sur ces Louis 19 du Web.
Oui, mais le simple fait, souvent, de regarder ses bibittes, ça peut les exorciser dans un sens. Ca a été prouvé. Même il y a une étude qui est sortie, et ça encore là cest vrai pour toute forme décriture, que dix minutes
décriture par jour, ça renforcait le système immunitaire. Carrément. Donc, pourquoi pas?
Jai des défauts et je ne les aime pas. Je ne suis pas de celle qui dira: je suis comme je suis, prenez-moi comme je suis ou rien. Je veux pouvoir travailler pour maimer davantage.
Pour Michel Senez, les gens qui tiennent un journal sur le Web le font dabord et avant tout pour eux-mêmes.
Et je trouve que ça prend quelquun dun peu insécure pour avoir besoin de cette réponse-là sur sa propre vie. Donc, probablement, que les diaristes Web diraient le contraire, mais moi jai limpression que oui.
Quand on lit un journal intime, est-ce quon peut tomber en amour avec cette personne-là?
ZUBY
Ca mest arrivée de recevoir des e-mail de lecteurs qui me disent: je suis totalement amoureux de toi. Mais moi, je leur dis: attend de me rencontrer. Tu sais pas dans quoi tu tembarques et tout et tout, et tout.
Mais si les diaristes virtuels aiment bien attirer lattention des internautes, ils naimeraient pas nécessairement avoir une Webcam, cest-à-dire une caméra Internet braquée sur eux en permanence.
Je pense quun journal, cest plus intime quune Webcam. Parce que, je dis des choses dans mon journal que je dis même pas à personne.
Ah! Oui?
Je dis des choses parce que... Oui
Les gens qui ont une caméra en direct 24 heures sur 24 sont exhibitionnistes. On nest peut-être pas autant exhibitionnistes, mais on veut pas rester dans lombre, donc cest un juste milieu, je pense entre les deux.
Cest plus facile de se censurer, de se protéger par le biais du journal que par le biais de la caméra.
La caméra, elle est là. Bon, tu peux choisir de léteindre, mais quand elle est allumée elle est allumée et puis elle montre tout ce quelle voit. Le journal, tu peux quand même tricher un peu. Je veux dire... Dailleurs, y a beaucoup de journal, bien beaucoup, y en a un certain nombre qui sont des faux.
Cest vrai. Certains journaux sont des faux, mais ce sont souvent les meilleurs parce que le quotidien
y est romancé. Et cest ce qui fait que pour certains la prose des diaristes virtuels est de la littérature à part entière. Est-ce que le prochain Michel Tremblay pourra émerger du Web?
Pourquoi pas? Pourquoi pas? Y en a certains des diaristes, et cest aussi vrai pour le papier que pour le Web, qui commencent à lécriture par le journal. Oui, que ce soit vrai. Cest dailleurs un exercice décriture intéressant, le journal au niveau littéraire. Cest... La plupart des écrivains tiennent un journal, donc, pourquoi pas?
STARLESS
On est tous des auteurs. Même si on commence par un journal, moi aussi, javoue, bon, cest mon but aussi un jour den arriver à écrire un roman, là. Mais cest un bon début.
Evidemment, Alexandre Jardin cest mon auteur favori, pis cest de là que mest venue tellement lenvie décrire, là. Ça, cest de la que ça vient, mais moi je lis beaucoup, beaucoup, beaucoup.
Cest la même chose pour les autres?
Non, pas du tout pour moi. À part les Astérix, je lis pas grand-chose. Je suis pas un grand lecteur.
Souvent, jai marqué sur mon site - y a en gros ce que jappelle un warning en voulant dire: les gens, venez pas machaler avec les fautes dorthographe. Je suis pourri en grammaire et pour moi, je veux écrire. Je veux mexprimer.
JELLO
Souvent, aussi, jécris, ça me prend 5 minutes. Cest une idée qui me trottait dans la tête dans la journée. Pis, je lécris. Je la mets en ligne pis ça finit là. Souvent, je me relis pas pis, ça donne ce que ça donne.
Sil y a des fautes, si cest mal écrit, si tes pas foutu de mettre un point dans un paragraphe, encore là, cest problématique. Si cest pas publiable, tu publies pas, et souvent, jai limpression quil y en a souvent qui publient un journal Web mais qui sont pas nécessairement prêts à faire leffort décrire quelque chose de publiable.
Que ce quils écrivent soit publiable ou pas, tant que des gens auront quelque chose à dire, il y aura des journaux intimes sur Internet.
La journée que je vais me dire: je suis obligée décrire, pis que jaurais pas le goût, je vais arrêter mais pour linstant jai envie décrire. Jai envie de raconter, mais cest vraiment pas une contrainte, cest même libérateur.