Les journaux intimes sur Internet

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Journaliste: Jean-Hugues Roy
Réalisateur: Michel Philibert

Les diaristes

La rencontre à laquelle nous avons assisté était en fait le sixième «GT», ou Get together de la Société des diaristes virtuels (SDV), un regroupement d’auteurs de journaux intimes dont nous raconterons la genèse plus bas. La rencontre a eu lieu dans une boîte à chanson du Vieux-Montréal, le 20 août 1999.
  Dans l’ordre d’apparition de leurs auteurs, voici les journaux des diaristes que nous avons rencontrés pour ce reportage:

  • Starless, auteur de A Starless Night. Écrit par un étudiant qui fait aussi partie de la réserve de l’Armée, ce journal est franc, direct, comme dans cet exemple où Starless relate une dispute avec sa copine.
  • Publix, auteur du Monde et Moi, semble avoir disparu de la circulation puisqu’il n’est plus répertorié dans la liste des journaux de la SDV.
  • Zuby, alias Zubial, auteure de Laissez-moi vous montrer le monde avec mes yeux. Cette éducatrice de formation a du coffre et une plume vive, dont elle se sert pour étaler ses angoisses sans retenue.
  • Scarlett, écrit Des nouvelles de Scarlett, une chronique du quotidien de cette jeune mère de famille du quartier Rosemont.
  • Strophe, qui fait L’apostrophe, un journal où l’érotisme est souvent au menu.
  • Moebius compose L’anneau de Moebius à partir de l’Outaouais.
  • Enfin, Jello fait Le banlieusard, qui est bien plus une désopilante critique sociale de la vie en banlieue qu’un journal. L’humour à son meilleur, surtout sur la section «photos».

    Quand, à un moment donné du reportage, nous évoquons qu’il y a de faux journaux, nous faisions surtout référence au défunt journal Tout irait bien si tout allait mieux, dont l’auteur, un certain L’avocat, a défrayé la manchette dans les cercles diaristes en 97-98. Il racontait sa liaison avec sa voisine de palier, une histoire d’amour simple et compliquée à la fois. Puis, tout à coup, sa dulcinée est morte. Des lecteurs qui, comme Zuby, étaient accrochés au récit de la vie de L’avocat en ont pleuré! Sauf que ce n’était pas vrai. Pas de dulcinée. Pas de décès. Mais un des meilleurs webjournaux jamais écrits au Québec.
      Notre experte en journaux, Michèle Senay, a écrit L’intimiste, un excellent survol critique du phénomène. Elle se demande pourquoi les diaristes écrivent, comment, sous quelles formes, pendant combien de temps en général; elle expose le paradoxe du journal intime, mais public... Peut-il être réellement intime s’il est public?

    La petite histoire des journaux web

    Ce qui est intéressant avec le phénomène des journaux en ligne, c’est qu’il ne serait pas né aux Etats-Unis, comme tout ce qui touche le Net, mais au Canada. Une Ontarienne de 34 ans, Carolyn L. Burke aurait créé le premier véritable journal régulièrement mis à jour en ligne, et elle persévère.
      Au Québec, à notre connaissance, tout à commencé avec Montréal Soleil et Pluie, de Brigitte Gemme, que nous avions d’ailleurs déjà vu à Branché. Elle a tenu son journal de juin 1995 à juin 1998, un peu plus de trois ans. Autant dire une éternité en temps Internet. Chaque jour, des réflexions furtives, de petits morceaux de poésie, lui ont valu plus d’un lecteur fidèle. Et maints émules!
      C’est Brigitte Gemme qui a co-fondé le premier regroupement de diaristes virtuels francophones, le Cercle des jours écrits et imagés, aujourd’hui maintenu par Buu Huynh, de Montréal.
      Avec la Société des diaristes virtuels, cependant, Réal Yté a ajouté les rencontres, ou GT (Get togethers), et les échanges sur un forum au simple répertoire de sites qu’est le Cercle. La SDV est devenu, au fil des rencontres, un véritable groupe d’amis. En faire partie vous demandera de la persévérance.

    Je veux publier mon journal!

    Rendez-vous sur un service appelé DiaryLand, qui permet au gens qui veulent publier un journal de le faire sans avoir à se casser la tête avec le HTML. L’interface est du genre cute à mort, ben crotte. Nous en avons fait l’essai, sous un nom d’emprunt, et ça fonctionne!
      Mais attention avant de publier! Assurez-vous d’avoir quelque chose à dire! Trop de gens se mettent à écrire sans réfléchir et c’est pour ça que selon cet Américain, les journaux web font pitié.

    L’avenir des journaux intimes: les webillards

    Depuis quelque temps, on voit surgir sur le Net une nouvelle forme de site, le webillard, ou weblog en chinois. Comme son nom le suggère, le webillard sert à afficher des contenus brefs, télégraphiques, même. Textes courts, sur des sujets dans l’air.
      La plupart des webillards sont collectifs et fonctionnent grâce à la collaboration de plusieurs personnes. C’est le cas notamment de Slashdot, aux Etats-Unis, ou de pssst au Québec. Mais de plus en plus de weblogs sont personnels. Pour en avoir un aperçu, rendez-vous sur CamWorld, un webillard qui traite des nouveaux médias et qui donne une liste exhaustive d'autres webillards sur sa colonne de gauche.