Société
La violence dans les jeux

Transcription

Sophie

Bonjour et bienvenue à cette émission de Branché. Aujourd'hui, nous sommes sur la Rive-Sud de Montréal, à Brossard, chez Match Fiction. C'est un centre de divertissement assez original, fait pour les amateurs de jeux ou encore ceux qui veulent tout simplement essayer un nouveau jeu avant de l'acheter. Et ici, nous avons Jean-Hugues et Stéphane qui sont en train de faire une course sur le circuit Gilles Villeneuve, à Montréal. C'est ça ?

Stéphane

Oui, on est en train de jouer à Formule . Et, justement, c'est ce qui est intéressant dans un endroit comme ici. C'est qu'on peut jouer ensemble, on peut jouer à plusieurs, on peut jouer aussi en privé dans des petits salons. Autre chose aussi : c'est la variété. Il y a plus de 75 jeux disponibles ici sur toutes les plates-formes : Séga Saturne, Sony Prestation, Nintendo 64, PC aussi évidemment. Alors on a vraiment le choix.

Sophie

Justement dans notre prochain reportage, nous avons soumis une série de jeux violents à un groupe d'enfants pour savoir ce qu'ils en pensaient et Jean-Hugues, est-ce qu'on pourrait dire ... ou, est-ce qu'on pourrait comparer la violence qu'on a dans les jeux à celle qu'on retrouve à la télévision, par exemple ?

Jean-Hugues

Non, on ne peut pas vraiment dire ça, Sophie. La violence à la télévision, c'est un phénomène qui est étudié depuis au moins 40 ans, alors que les jeux vidéo, ça fait à peine une dizaine d'années que c'est parmi nous. On sait cependant que la violence à la télévision, on reste passif devant elle, alors que la violence dans les jeux vidéo, bien c'est nous, on passe à l'acte. C'est nous qui donnons les coups de poing, qui tirons sur les gens. Alors est-ce que c'est plus grave que la violence à la télévision ? Eh bien, il n'y a encore aucune étude qui nous permet d'affirmer ça.

Sophie

Mais est-ce que les jeux violents sont populaires ? Par exemple, est-ce qu'ils sont aussi populaires que les jeux de course ?

Jean-Hugues

On ne sait pas, mais on s'est rendu compte que les jeux violents qu'on avait fait essayer aux jeunes, eh bien, ils les connaissaient déjà tous.

Après la violence au cinéma et à la télévision, de plus en plus de parents sont aux prises avec le problème de la violence dans les jeux vidéo.

À quoi tu joues, en ce moment ? Et tu aimes ça, toi, ce jeu-là ?

Joueur

Oui.

Jean-Hugues

Pourquoi tu aimes ca ?

Joueur

Bien, parce qu'on tire sur des personnes, puis moi j'aime ça.

Joueur

Moi j'aime la bataille.

Jean-Hugues

Qu'est-ce que tu aimes dans la violence ?

Joueur

Bien j'aime les fusils.

Jean-Hugues

Dans l'univers des jeux vidéo, tous les coups semblent permis. Des 20 jeux les plus téléchargés à partir du site Internet Gamecenter, par exemple, 9 sont très violents. Parmi eux, Duke Nukem 3D, un jeu qui consiste à abattre des extraterrestres et à regarder les morceaux retomber par terre. On trouve aussi Carmageddon, un tout nouveau jeu de course automobile dont le but n'est pas de franchir le fil d'arrivée en premier, mais d'écraser le maximum de piétons et d'animaux.

Jean-Francois William

J'ai joué à un jeu, en fin de semaine, un jeu 3D sur des rails.

Jean-Hugues

Jean-Francois William est directeur de la seule école de conception de jeux vidéo, au Québec. Il est aussi pere de famille et la violence dans les jeux vidéo ne le choque pas du tout.

Jean-Francois William

C'est clair qu'on n'a pas pu se départir encore de l'influence de notre cerveau reptilien et la violence fait partie de la culture humaine. Si on laisse aller notre cerveau reptilien sur l'Internet et qu'on peut vivre toutes nos fantaisies de violence, je pense qu'il va y avoir moins de problèmes dans les rues.

Jean-Hugues

Nathalie Isabelle est mère d'un jeune enfant et porte-parole d'un organisme d'éducation aux médias. Elle ne partage pas du tout le point de vue de M. William.

Nathalie Isabelle

On a prouvé avec les télévisions que le plus souvent ce qui se passait, c'était un phénomène d'identification et ce phénomène d'identification-là, il est plus grand dans les jeux vidéo parce que, comme on le disait, il y a le passage à l'acte. Et également, les études qui ont été faites ne parlent pas des nouveaux jeux vidéo parce que là, avec les progrès de l'informatique, on en vient à vivre les jeux vidéo, mais d'une manière absolument extraordinaire.

Jean-Francois William

Le fait que maintenant, l'assertion de l'individu se fasse dans le salon, devant maman. Avant, ça se faisait dans le bois en arrière avec la bataille avec les Anglais puis les Français, puis etc. On a tous connu ça. Maintenant, dernièrement, maman, elle voit que son petit fils à toute cette violence. Avant, elle ne le voyait pas, c'était en dehors. Mais maintenant, il n'y en a plus de bois. C'est fini, la.

Nathalie Isabelle

Plus ça devient réel, à ce moment-là, il n'y a plus de place à l'imaginaire. Tu sais, quand Freud disait que l'imaginaire, c'est bon pour l'enfant. Le jeu, c'est bon parce que ça développe son imagination. Bien je pense qu'il n'avait pas vu les jeux vidéo d'aujourd'hui.

Jean-Hugues

Bonne nouvelle pour l'économie ou mauvaise nouvelle pour les parents, il se dépense 5 milliards $ par année en consoles et en jeux vidéo de toutes sortes, dans le monde. La concurrence est féroce et les fabricants rivalisent d'imagination pour accroître leur part de marché. Et si on se fie à la prochaine génération de concepteurs de jeux, la recette de la violence semble la pour rester.

Si tu avais un jeu à créer, est-ce que tu mettrais de la violence dedans ?

Stéphane, étudiant, Centre NAD

Bien j'en mettrais, c'est sur, parce que j'aimerais ça que ce soit un succès.

N. Bouchard, étudiant., Centre NAD

Moi j'aime les films d'action, les explosions, les effets spéciaux. ça fait que dans mes jeux, je veux qu'il y en ait des explosions puis des pow-pow puis tout ça.

B. Joseph, étudiant, Centre NAD

Personnellement, game designer, je voudrais que mes jeux se vendent, puis je sais que les jeux avec la violence se vendent plus que les jeux sans violence.

Jean-Hugues

Dans ce contexte, que peuvent faire les parents ? Eh bien, tout d'abord, dans certains jeux, la violence est une option qu'on peut choisir d'enclencher ou non. Mais surtout, il existe un système de cotation des jeux vidéo. Les cotes sont données par un organisme américain qui est indépendant de l'industrie des jeux et qui a défini les catégories suivantes :

EC : pour toute la famille
K-A : pour les enfants de 6 ans et plus
T : pour des adolescents de 13 ans et plus
M : pour de jeunes adultes de 17 ans et plus

C'est d'ailleurs la cote que reçoit Carmageddon. Ce système, cependant, ne fait pas le travail à lui tout seul.

Nathalie Isabelle

C'est efficace, c'est comme les cotes de la régie du cinéma, en fin de compte. C'est efficace dans la mesure ou les parents vont le regarder. Il y a deux genres de parents. Tu sais, il y a des parents qui vont dire : bien moi, je laisse mon enfant jouer avec ce qu'il veut, donc c'est son droit. Mais il y en a d'autres qui vont s'intéresser à ce que leur enfant fait.

Jean-Hugues

Au fond, il n'y a pas 36 solutions pour les parents. Tout est dans la communication qu'ils ont avec leurs enfants.

Nathalie Isabelle

Je pense que si on ne veut pas de jeux violents dans sa maison puis qu'on explique pourquoi à l'enfant, qu'on est très clair là-dessus. Je ne veux pas que tu aies un jeu de course automobile ou tu frappes le monde; tu peux rester à avoir un jeu de course automobile ou tu vas faire une course, oui... mais pas tuer des gens, parce que je ne suis pas d'accord avec ça. Même si c'est un jeu, on ne joue pas avec ça.

Jean-Francois William

On a le problème dans la famille. J'ai ma soeur qui est comme ça, qui ne laisse pas ses enfants jouer à tel ou tel jeu. On parlait justement, en fin de semaine, d'un jeu, ce n'est pas de sa faute, c'est un des derniers jeux et c'est lui qui a le plus beau fusil puis les plus beaux effets. Puis les jeunes veulent voir ça, mais lui, il n'a pas le droit de les voir.

Nathalie Isabelle

C'est sur qu'on ne peut pas être toujours derrière les enfants. On ne peut pas les surveiller. Mais l'important, c'est que les enfants sachent clairement ce qu'on en pense.

Jean-Hugues

Bref, la violence dans les jeux vidéo est un phénomène trop récent pour qu'on puisse établir clairement son impact sur les enfants. Mais chose certaine, aucun jeu vidéo ne va transformer votre enfant en tueur en série. C'est quoi la grosse différence entre les vraies personnes puis les personnages qu'il y a dans les jeux ?

Joueur

Les vraies personnes sont vivantes, puis les personnes qui sont dans le jeu, bien c'est un jeu.

Sophie

Comme Match Fiction est un centre de divertissement, nous en avons profité pour demander aux joueurs quel jeu ils préfèrent.

Joueur

Dark Trilogy sur Play Station.

Joueur

Le jeu de la lutte.

Joueur

Moi, c'est Red Alert.

Joueur

J'aime bien Mario Cart sur Nintendo 6.

Sophie

Pourquoi tu aimes les jeux de course ?

Joueur

Bien parce que tu peux jouer avec tes amis.

Joueur

Ah! Il y en a juste un seul ici que j'adore vraiment, puis c'est Formule1.

Joueur

C'est vraiment un des meilleurs simulateurs que j'ai vus de jeux de course d'auto.

Joueur

Moi j'aime les jeux de course.

Joueur

C'est drôle des fois quand tu tombes dans les trous.

Joueur

Il y a plein de couleurs, ça attire tout le monde.

Joueur

Les graphiques sont vraiment réalistes, puis tu sens vraiment la vitesse, puis il y a de la compétition.

Joueur

Bien tu peux gagner ou perdre.

Joueur

Tu veux gagner.

Joueur

Je pense que je ne suis pas toute seule à aimer ce jeu-là.

Joueur

Et on ne s'ennuie pas ?

Joueur

Ah! ça passe très très vite, la, tu ne sens pas le temps passer du tout.

Joueur

Moi, j'aime découvrir.

Joueur

Il y a de l'action, puis on peut construire tout ce qu'on veut.

Joueur

Des bases, un lac, des monstres.

Joueur

Tu trouves les bons gestes au bon moment.

Joueur

On peut aussi jouer sur Internet avec d'autres personnes.

Joueur

J'utilise l'ennemi, puis j'attaque.

Joueur

Il faut que tu tues le maximum de personnes.

Joueur

Moi c'est la lutte, j'aime ça aussi.

Sophie

Pourquoi tu aimes la lutte ?

Joueur

Parce que la bataille la, j'aime ça me batailler la, mais pas à l'école parce que je vais me faire poigner.

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