Mardi 14 février 2012 3 h 41 HNE
![]() Chanson québécoise
Des voix gracilesFrançois Blain est réalisateur à l'émission MACADAM TRIBUS, diffusée le vendredi et le samedi de 20 h à 23 h, à la Première chaîne de Radio-Canada. Mise à jour le mardi 17 mars 2009 à 8 h 23 Une critique de François Blain
Au pays de Ginette Reno et de Céline Dion, ce n'est pas gagné d'avance que d'arriver sur le devant de la scène avec une voix de confidence. Les puissantes envolées ont la cote. Elles font parfois lever le poil sur les bras, touchant ainsi le corps avant le coeur. Ces jours-ci, deux jeunes femmes se présentent tout en délicatesse et en fragilité. Consciente de ce qui l'attend, Stéphanie Lapointe parle même de son filet de voix comme d'un choix esthétique, volontaire et entièrement assumé. Du côté d'Émilie Proulx, nous savions déjà avec son minialbum, paru l'an dernier, que la finaliste des Francouvertes cultivait un univers sombre et intime comme le ver à soie tisse son cocon. Dans son cas, avec sa voix douce et plus grave, elle recherche davantage la jolie chenille que le beau papillon extravagant. Émilie, Stéphanie et les autres Ce ne sont pas les premières chanteuses d'ici à emprunter le chemin de l'émotion à fleur de peau. En 2005, avec son album Les nouvelles lunes, Mara Tremblay jouait un peu le rôle de première de cordée avec Catherine Durand, suivie de Marie-Annick Lépine, « la fille des Cowboys fringants » et de Magnolia. Récemment, Coeur de pirate avec sa voix enfantine a séduit des observateurs français, déjà habitués aux organes vocaux anorexiques. Même Fanny Bloom, au micro pour La Patère rose, le groupe gagnant des Francouvertes 2008, possède dans sa palette plus large cette couleur pastel et plus fine. Or, en France, cette tradition de la fragilité vocale qui suscite l'émotion, ces voix qui minaudent sont le pain quotidien du milieu musical hexagonal. Depuis Françoise Hardy et Jane Birkin jusqu'à Émilie Simon, en passant par Vanessa Paradis, il s'agit là du signe d'une grande sensibilité. Ici, on a l'habitude d'en faire les gorges chaudes. Alternative chic
Ce qui étonne le plus chez la victorieuse de la 2e édition de Star Académie est son cheminement artistique. En relativement peu de temps, elle a su s'entourer de musiciens de talents, passer d'interprète à auteur-compositrice et susciter des collaborations comme celle de Pierre Lapointe et de Philippe B pour deux chansons. Arrivée par l'autoroute du show-business, Miss Stéphanie se place, avec ce choix esthétique de la voix énamourée, dans l'alternative chic et respectable. Il demeure que sur la durée, cet organe vocal anesthésié ne convainc pas l'auditeur à tous les coups. Stéphanie Lapointe - Donne-moi quelque chose qui ne finit pas / Musicor Bulle intuitive
Si le titre de Stéphanie Lapointe (Donne-moi quelque chose qui ne finit pas) représente parfaitement sa quête de l'amour osmose et de longue durée, celui d'Émilie Proulx La multiinstrumentaliste se sert bien des mots pour jeter un regard mélancolique et sans merci sur le quotidien. Je pense à des titres de chansons comme En Tercel dans le fond d'un rang ou Perdue entre la certitude et la nage synchronisée dans le doute ou Comme dans un bureau beige et gris. Oubliez donc pour un moment les bulles spéculatives de l'économie pour vous lover dans cette intuitive de la musicienne. Ce n'est pas nécessairement gai, mais c'est réconfortant comme peut l'être un folk inspiré.
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