Lundi 13 février 2012 20 h 16 HNE
![]() Musique du monde
La Tracy Chapman du MaliFrançois Blain est réalisateur à l'émission MACADAM TRIBUS, diffusée le vendredi et le samedi de 20 h à 23 h, à la Première chaîne de Radio-Canada. Mise à jour le jeudi 19 février 2009 à 11 h 13 Une critique de François Blain Fille de diplomate ayant roulé sa bosse un peu partout pour accompagner son père dans son enfance, Rokia Traoré a un statut particulier dans le gotha de la musique malienne (Salif Keita, Toumani Diabaté, Habib Koité, Amadou & Mariam, Oumou Sangaré et une dizaine d'autres). Au début de la vingtaine, sans être griotte et donc gardienne de la tradition, elle a voulu renouer avec les racines de son pays. Le grand bluesman Ali Farka Touré, décédé en 2006, l'a prise alors sous son aile. Pour ce quatrième album, paru en France en mai 2008 et récemment chez nous, la Malienne a repris sa guitare électrique, s'est rapprochée du blues de son mentor et lui a dédié ce disque de haute tenue. Bienvenue à la Gretsch
Étant donné le succès appréciable de Bowmboï (100 000 ventes en France), la musicienne aurait pu s'en tenir à cette formule où les instruments traditionnels (balafon, n'goni) occupaient une place prépondérante. C'était sans compter sur l'esprit explorateur de Rokia Traoré. Elle a osé modifier ses repères en construisant les nouveaux morceaux autour de sa guitare Gretsch. Dès l'ouverture, une chanson intimiste sur le devoir de mémoire des Maliens, Dounia, donne le ton. La guitare s'accroche à un motif répétitif avant que l'instrumentation ajoute une autre dimension. Le blues crépusculaire du début s'illumine peu à peu et devient un groove obsessif. Jeu de voix La chanteuse aime bien arriver dans les morceaux sur la pointe des pieds, puis ajouter délicatement de minces couches rythmiques et sophistiquer les arrangements. Elle exprime ainsi, tout au long des neuf titres, le spectre de sa personnalité artistique entre l'ombre et la lumière. Pour une rare fois, la Franco-Malienne, qui chante en bambara, interprète deux chansons en français, dont Aimer qui remonte à ses années de collège. Dans ces deux cas, sa voix devient fine et cristalline. Cette fragilité laisse place à beaucoup plus de gouaille dans Tounka, où sa voix devenue rauque fait penser à celle de la Béninoise Angélique Kidjo. La voie du milieu Surnommée la « Tracy Chapman du Mali », Rokia Traoré a toujours privilégié le folk aux explosions festives, auxquelles on a associé trop souvent et exclusivement les artistes africains. Cette fois, Rokia Traoré ajoute une bonne dose de blues à son approche intimiste. La fidélité aux racines du continent est un sujet de discussion vieux comme l'Afrique moderne. Après trois disques, de 1997 à 2000, la chanteuse africaine a montré son attachement à son alma mater. Depuis le début, nous sentions la forte personnalité artistique de Rokia Traoré, Tchamantché (la voie du milieu, en bambara) ne fait que renforcer positivement cette impression. Avec ce disque réconfortant, la Malienne est en nomination aux Victoires de la musique dans la catégorie « musique du monde ». Les résultats seront connus le 28 février prochain. Tchamantché
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