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Primeur à l'Opéra McGill

Mise à jour le jeudi 29 janvier 2009 à 11 h 04

Un texte de Richard Raymond

L'Opéra McGill présente, à compter de mercredi, Le viol de Lucrèce, opéra écrit par le compositeur britannique Benjamin Britten. Le spectacle sera diffusé non seulement en salle, mais aussi sur le web.

En entrevue avec Radio-Canada.ca, le metteur en scène Patrick Hansen vante, d'une part, les qualités musicales de l'oeuvre créée en 1946, à Glyndebourne, en Angleterre.

« Le viol de Lucrèce », en répétition à l'Opéra McGill

Photo: Xin Emily Ding

Le viol de Lucrèce, en répétition à l'Opéra McGill

Un opéra très actuel

D'autre part, il insiste sur deux autres qualités de l'oeuvre: sa poésie et sa modernité. « C'est un axiome pour tous les rois de brandir une menace étrangère pour masquer un mal intérieur », chante le choeur féminin.

On résume les six dernières années aux États-Unis avec cette réplique.

— Patrick Hansen

Patrick Hansen multiplie les éloges sur cet opéra, qu'il a découvert à 18 ans, dans son Iowa natal. Selon lui, cette histoire d'un choeur masculin et d'un choeur féminin qui, de nos jours, se penchent sur l'Histoire et interagissent avec le passé est unique.

Je conçois Le viol de Lucrèce comme une oeuvre à part de toutes les autres dans sa tentative pour dégager des situations du passé un sens pour le présent.

— Patrick Hansen

Huit solistes chantent la partition, dont un homme qui incarne le choeur masculin, et une femme, le choeur féminin.

« Le viol de Lucrèce », en répétition à l'Opéra McGill

Photo: Xin Emily Ding

Le viol de Lucrèce, en répétition à l'Opéra McGill

Fort contenu émotionnel

Le continuum temporel intéresse Patrick Hansen. Ce thème l'a incité à donner un style très british aux protagonistes des choeurs, à les situer sur un site de recherches archéologiques en Italie, en train de découvrir le passé. Ces deux choeurs sont catholiques, et c'est comme catholiques qu'ils considèrent le viol. Ils tentent, par un plongeon dans l'histoire, affirme M. Hansen, de trouver un sens à la violence, à la colère et à la peur.

On parvient aux racines émotionnelles d'une vérité très profonde.

— Patrick Hansen

Il ajoute qu'à titre de metteur en scène, c'est précisément le contenu émotionnel du spectacle qui l'intéresse. Il souligne, en outre, la profondeur de nombre de répliques dans l'oeuvre. Ainsi, le librettiste de Benjamin Britten, Ronald Duncan, fait-il chanter au choeur masculin: « La violence, c'est la peur à l'intérieur de chacun de nous. »

Opéra unique

Plusieurs fois pendant l'entrevue, Patrick Hansen qualifiera l'opéra d'unique: « C'est de la poésie, ce n'est pas seulement une intrigue. C'est une poésie très imagée, très impressionniste. »

Quand le metteur en scène parle du Viol de Lucrèce, le musicien en lui n'est jamais très loin. « Je pense qu'on y trouve la plus belle musique pour instruments à cordes de toute l'histoire de l'opéra quand le mari de Lucrèce lui dit de ne pas s'inquiéter du viol qu'elle a subi », confie-t-il.

Le style Britten

Sa passion pour cet opéra, Patrick Hansen la partage avec le chef d'orchestre Julian Wachner qui dirige l'orchestre de chambre. Le viol de Lucrèce a été écrit juste après Peter Grimes, l'un des meilleurs opéras du XXe siècle, dira Julian Wachner en entrevue avec Radio-Canada.ca.

Juste après ça, il a fait quelque chose de très différent: un opéra de deux heures avec musique de chambre. En même temps, c'est la même langue et la même technique de composition. C'est le style de Britten.

— Julian Wachner

Comment qualifier le style du compositeur anglais né en 1913 et mort en 1976? Éloquent et clair, dira Patrick Hansen.

C'est une musique très compliquée, mais très facile à écouter.

— Patrick Hansen

Il enchaîne en disant que, quand le choeur masculin décrit le chant des criquets la nuit, la musique sonne comme des criquets. « On peut les entendre. »

Julian Wachner insiste sur le recours à un orchestre de chambre formé, pour la production de l'Opéra McGill, de 13 musiciens, dont un quatuor à cordes et un quintette à vents. Selon lui, avec ce type d'orchestre plus les voix, Benjamin Britten s'est donné la possibilité d'aller chercher toutes les couleurs d'un orchestre symphonique.

C'est clair qu'il aimait les vieux compositeurs anglais de la Renaissance. C'est une sonorité très anglaise.

— Julian Wachner

Le chef d'orchestre Julian Wachner et le metteur en scène Patrick Hansen

Photo: Richard Raymond

Le chef d'orchestre Julian Wachner et le metteur en scène Patrick Hansen

Réunis pour l'entrevue dans le bureau de M. Wachner, au département de musique de l'Université McGill, les deux hommes s'accordent parfaitement, comme deux instruments de musique, pour chanter les éloges de cet opéra en deux actes, « premier opéra de chambre », selon l'expression même de Britten.

The rape of Lucretia
de Benjamin Britte
Orchestre symphonique de McGill dirigé par Julian Wachner
mises en scène de Patrick Hansen
décors de Vincent Lefèvre
éclairages de Serge Filiatrautl
costume de Ginette Grenier
les 28, 30 et 31 janvier
Salle Pollack
Université McGill
diffusé en direct sur Internet le 30 janvier à compter de 19 h 30

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