Lundi 28 mai 2012 12 h 34 HAE
![]() I know you're married but I've got feelings too ![]() Martha Wainwright: l'envol du papillonFrançois Blain est réalisateur à l'émission MACADAM TRIBUS, diffusée le vendredi et le samedi de 20 h à 23 h, à la Première chaîne de Radio-Canada. Une critique de François Blain
Martha Wainwright a probablement toujours chanté: certainement seule, mais beaucoup avec sa mère Kate, sa tante Anna, son frère Rufus, sa cousine Lily, avec toute sa tribu (The McGarrigle Hour). Elle se plaçait derrière pour faire des voix ou devant pour un morceau où elle était à l'honneur, les proches tout autour. Avec ce deuxième album, elle s'émancipe de sa famille, qui est pourtant encore présente, mais aussi d'elle-même, échappant à sa vision autobiographie. Folk you L'évolution est palpable. La folkeuse torturée à la voix embrumée emprunte des sentiers plus pop (You cheated me) et des rythmiques plus rock (Jimi). La chenille donne l'impression de sortir de son cocon. Sur la pochette, les photos plus sexy inspirées des séances de mode contrastent avec celles diffuses de l'album éponyme précédent. La couleur folk est encore présente sur des chansons comme Niger River et dans la reprise sautillante du classique de Pink Floyd See Emily play. Car Martha Wainwright cultive toujours son goût pour l'interprétation. Sur son mini-album, I will internalize (2005), elle chantait Dis, quand reviendras-tu?de Barbara. Cette fois, elle s'attaque à Love is a stranger des Eurythmics. Des trous dans les nuages
Malgré cette ouverture à des arrangements plus lumineux, les propos demeurent empreints d'une gravité certaine: la guerre vue par les civils (Tower song), le suicide (The George song), la peur de la mort (In the middle of the night) et aussi la foi et la religion (Jesus and Mary). Quelques ex-amoureux abandonnés en cours de route ont aussi laissé des blessures inspirantes. Encore là, Martha Wainwright joue avec les contrastes. À cause de la musique, elle ne s'alanguit pas dans la tristesse et échappe ainsi à une introspection excessive. D'ailleurs, sa voix bouge plus que sur son premier album, s'emballant vers les sommets ou se contentant d'être plus terrienne, selon les morceaux. Changement dans la continuité Avec cet album, Martha W. s'impose comme une auteure-compositrice véritable, ce que tout le monde savait, mais dont elle doutait encore. Elle s'affranchit de sa famille de musiciens tout en démontrant qu'elle en fait indéniablement partie. Dans cette approche plus ouverte et plus commerciale, on perd un peu de la puissante fragilité qui traversait son premier disque de même que l'aspect suranné de son folk personnel. Mais on gagne une artiste qui s'affirme avec un plaisir évident. Martha Wainwright / I know you're married but i've got feelings too Maplemusic MRCD6484 À lire aussi 30 mars 2009 Yann Perreau, l'artiste18 mars 2009 Le son Peyroux17 mars 2009 Des voix graciles5 mars 2009 Dumas joue fort2 mars 2009 Malajube / «Labyrinthes»26 février 2009 Marie-Pierre Arthur, une belle surprise19 février 2009 La Tracy Chapman du Mali30 janvier 2009 Le meilleur de Mara Tremblay27 janvier 2009 Un oeil sur le ciel discographique23 décembre 2008 Le temps des fêtes de Maryse Letarte |