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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Musique

Mise à jour le mardi 20 février 2007 à 15 h 17
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Musique classique

Faux et usage de faux

Certains pensent que cela pourrait être le plus grand scandale de l'histoire de l'enregistrement sonore de musique classique.

Joyce Hatto

Une pianiste dont presque personne n'avait entendu parler et des enregistrements exceptionnels.

Il y a là une mixture propre à faire naître une légende.

Et une ère de soupçon.

Elle s'appelle Joyce Hatto. Cette pianiste britannique est décédée à l'âge de 77 ans, en juin 2006, au terme d'une longue bataille contre le cancer.

Ses interprétations des oeuvres de Chopin et de Liszt l'avaient rendue célèbre au début des années 1950.

Rien d'exceptionnel, pourrait-on penser.

Une pianiste en retrait?

Sauf que Mme Hatto a cessé de donner des concerts en 1976 après qu'un critique musical lui eut reproché de se présenter en public avec l'air malade.

Par la suite, elle a entrepris d'enregistrer CD sur CD: 119 au total en 30 ans, sur une petite étiquette, Concert Artist, qui appartient à son mari, William Barrington-Coupe.

La pianiste révélait du génie, selon le magazine Gramophone, dans ses interprétations de Bach, Mozart, Liszt, Schubert, Rachmaninov, Messiaen, Dukas et d'autres encore.

Les critiques ont louangé la pianiste, à tel point que ses enregistrements sur Concert Artist sont devenus très recherchés. On la qualifiait de plus grande pianiste britannique de tous les temps, selon certains, et même de plus grande pianiste vivante, selon d'autres.

Des rumeurs courent...

Pochette d'un enregistrement de Joyce Hatto

Parallèlement, des internautes faisaient courir des rumeurs sur les origines douteuses de ces enregistrements. On s'étonnait qu'une femme se battant contre le cancer depuis nombre d'années puisse maîtriser un répertoire aussi vaste et enregistrer plus de CD que Sviatoslav Richter et Vladimir Ashkenazys.

Le secret est éventé sur le site Internet du magazine Gramophone, le 15 février dernier.

...qui se confirment

Un critique du magazine Gramophone a voulu écouter les Douze Études d'exécution transcendante de Franz Liszt, enregistrées par Mme Hatto.

En insérant le disque dans son ordinateur, il a constaté que le nom de l'exécutant n'était pas celui de Joyce Hatto, mais celui d'un pianiste hongrois, Laszlo Simon. Ce dernier enregistre pour la compagnie BIS Records. Le critique a alors confronté l'enregistrement des Études de Mme Hatto avec celui des mêmes Études de Simon. Stupeur, les deux enregistrements étaient identiques.

Par la suite, le critique a écouté d'autres enregistrements de Mme Hatto pour découvrir que là aussi, l'enregistrement portait le nom d'un autre pianiste. Et que l'enregistrement attribué à la pianiste britannique était identique à celui qui portait le nom de cet autre pianiste. C'est le cas des Concertos pour piano de Rachmaninov, attribués par l'ordinateur à Yefim Bronfman et de pièces de Godowsky attribués par l'ordinateur à Carlo Grante.

Gramophone précise qu'il faudra des semaines pour étudier les enregistrements de Joyce Hatto afin de savoir s'ils sont tous des « copies » d'enregistrements exécutés par d'autres pianistes. Prié d'expliquer ces similitudes, le mari et producteur de la pianiste s'est dit incapable de le faire.

Inutile de dire que cette affaire prend les allures d'un tsunami dans le monde habituellement paisible de la musique classique

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