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Deux romans en un

« La vie d'un homme inconnu »

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

Mise à jour le lundi 16 février 2009 à 11 h 30

cote du film : 4.5

Une critique de Danielle Laurin

Le nouveau roman d'Andréï Makine frôle le sublime. Dans la foulée de La femme qui attendait, l'histoire de guerre et d'amour d'une absolue beauté qu'a fait paraître il y a quelques années l'écrivain français d'origine russe.

Détail de la couverture du roman d'Andreï Makine

Détail de la couverture du roman d'Andreï Makine

Du cynisme à l'enchantement

Pourtant, les 122 premières pages de La vie d'un homme inconnu (Seuil) ne laissent présager de rien.

L'auteur du Testament français, salué par le Goncourt et le Médicis en 1995, donne d'abord l'impression d'avoir le pied sur le frein.

Pour mieux y aller ensuite? Pour mieux nous surprendre, nous atteindre?

Soudain, le récit est balayé par le souffle puissant du romancier.

On croirait avoir entre les mains un autre livre, être tombé comme par enchantement dans un autre roman.

Ce qui est mis en valeur au début : le cynisme du héros, un écrivain russe déchu de 50 ans, établi à Paris. Sa critique acerbe des moeurs littéraires parisiennes. Et sa plainte, pathétique, du vieil amant éconduit par sa jeune maîtresse. Ce qu'il est détestable, ce héros. Et qu'il est détestable, ce monde dans lequel il évolue. La rancoeur est au premier plan. En filigrane, ce désir, cet espoir, peut-être, qu'en retournant en Russie, pour retrouver un amour de jeunesse, notre homme trouvera un nouveau sens à sa vie...

De la déception...

On le suit jusqu'à Saint-Pétersbourg, autrefois Leningrad. Il réalise que la femme aimée autrefois n'est plus disponible pour lui. Il erre dans une Russie clinquante où il déchante : « Venu en pèlerin nostalgique, le voilà au milieu d'une modernité en délire, mélange de tentations américaines et de guignols russes. »

Et puis ça y est. Le voici en présence d'un vieil homme handicapé, qui va le replonger dans le passé. Le passé pas si lointain de son pays, que tout le monde feint d'ignorer, préfère oublier, pour s'étourdir dans le plaisir, l'argent, les gadgets.

...à l'histoire d'amour... d'un autre

Le deuxième roman, le récit dans le récit prend alors vie. C'est le vieil homme qui parle maintenant, qui raconte. La guerre, le siège de Leningrad, le nazisme. Puis, les purges staliniennes, la torture, les goulags.

Il dit tout : la faim, la misère, les bombardements, le sang. Les enfants orphelins. La prostitution. Et le chant, l'art, l'importance d'y croire encore malgré tout, par-dessus tout. La nécessité de l'amour, aussi. Surtout.

Car c'est une grande, une belle et tragique histoire d'amour au milieu du pire que raconte le vieux. Comment la femme qu'il a aimée et lui-même se sont rencontrés, perdus de vue, retrouvés... et perdus encore, au gré des événements terribles qui ont ponctué leur vie. Comment ils s'étaient entendus pour, tous les jours, chacun de leur côté, où qu'ils soient, regarder le ciel, au moins un instant... Et comment, chaque jour depuis, lui n'a jamais cessé de regarder le ciel, et d'y voir son regard à elle.

Alors oui. Il en valait la peine, ce voyage en Russie de l'écrivain déchu. Qui rapporte de là-bas un récit déchirant. Où la beauté transcende la laideur. Où l'on frôle le sublime.

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