Lundi 13 février 2012 15 h 41 HNE
![]() Des vents contraires
Olivier Adam à son meilleurDanielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada. Mise à jour le lundi 9 février 2009 à 14 h 56 Une critique de Danielle Laurin Une femme a disparu. Elle a laissé derrière elle son mari, ses deux jeunes enfants. Du jour au lendemain, sans préavis. Où est-elle? C'est le leitmotiv du sixième roman d'Olivier Adam, Des vents contraires (Éditions de l'Olivier).
Comment vivre avec le manque, l'absence de l'autre? C'est un des thèmes dominants de cet écrivain de 34 ans, finaliste au prix Goncourt pour son roman précédent, À l'abri de rien. Où une mère dépressive négligeait sa famille pour trouver un sens à sa vie. Les mères dépressives: elles reviennent souvent, dans les livres d'Olivier Adam. Elles ont tendance à être suicidaires. Comme dans Falaises, paru en 2004. Où un fils, devenu père, tentait de se réconcilier avec sa mère folle, suicidée. Des âmes en peine, ballottées par la vie, hantées par la mort. Des êtres anonymes, qui pourraient être la voisine, le voisin, vous ou moi. C'est le genre de personnages qu'affectionne l'auteur. Son grand art consiste à les faire parler, avec justesse, sans artifice. Ici, c'est le mari qui raconte. Comment le doute, constamment, l'assaille. Sa femme disparue a-t-elle refait sa vie ailleurs? Et pourquoi est-elle partie? D'accord, il n'a pas été un mari parfait. Il a plusieurs choses à se reprocher: son caractère colérique, son égocentrisme, son amour du whisky... Mais elle l'aimait, non? Leur vie, comme couple et comme famille, pouvait ressembler à ce qu'on pourrait appeler le bonheur, après tout. Le bonheur, c'est-à-dire ce qui « toujours échappe et ne prend forme qu'au passé ». Non, elle n'aurait pas pu le quitter comme ça, abandonner ses enfants. Alors? Elle a été enlevée? Agressée, tuée? Comment savoir? Un an après sa disparition, les policiers semblent avoir baissé les bras. Un nouveau départ C'est dans ce contexte que le mari décide de quitter, avec ses deux enfants, la petite maison familiale en banlieue de Paris, où rôde le fantôme de sa femme. Pour tenter un nouveau départ, en Bretagne, où il est né. Se sauver. Sauver ses enfants de la désolation. C'est son but. La petite de 4 ans ne cesse de faire des cauchemars. Le plus grand s'enferme dans son mutisme. Il faut faire quelque chose, absolument. Le déménagement. La vie qui reprend son cours peu à peu. Les autres éclopés qu'il rencontre sur son chemin, qu'il tente d'aider. C'est ce qu'il nous raconte, cet homme égaré, dévasté, cet écrivain qui n'écrit plus, ce mari qui n'a plus de femme. Et nous, nous l'attendons avec lui, cette femme disparue. Nous espérons. Jusqu'à la fin. Jusqu'à ce que tombe le couperet de la vérité. Que la vie reprenne le dessus, malgré tout. Des instants magiques Extrêmement touchant, Des vents contraires. Mais jamais larmoyant. Quelque chose de lumineux, même. Des instants magiques, qui se produisent sans s'annoncer. Et une tendresse infinie pour les enfants.Peut-être quelques longueurs, oui. Et des scènes qui pourraient être taxées de flirter avec le bon sentiment. Un peu comme certains l'ont reproché à Anna Gavalda pour Ensemble, c'est tout. Question de goût. Mais la texture de la voix. La petite musique mélancolique qui nous entre dans la peau. La façon de mettre le doigt sur ce qui fait mal. La façon d'établir un climat. Tout ça, c'est du Olivier Adam à son meilleur. À lire aussi 30 mars 2009 Un Roland Barthes inédit11 mars 2009 L'univers étrange de Paul Auster25 février 2009 Yann Arthus-Bertrand à la rencontre de l'Autre16 février 2009 « La vie d'un homme inconnu »9 février 2009 Olivier Adam à son meilleur3 février 2009 Adieu mon frère: la vie, la mort, encore2 février 2009 15 romans à surveiller19 janvier 2009 Redécouvrir Margaret Atwood13 janvier 2009 Beijing coma: place Tiananmen, vue de l'intérieur23 décembre 2008 Évasion à tout âge |