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Littérature étrangère

Adieu mon frère: la vie, la mort, encore

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

Mise à jour le mardi 3 février 2009 à 16 h 08

cote du film : 4.5

Une critique de Danielle Laurin

« J'ai découvert que j'étais enceinte le jour même où la rapide perte de poids de mon père et les difficultés respiratoires dont il souffrait de manière chronique furent diagnostiquées comme les symptômes d'une fibrose pulmonaire en phase terminale. »

C'est la première phrase d'Adieu mon frère (Grasset), où la vie et la mort se côtoient constamment, s'appellent.

Adieu mon frèreVoici un livre d'une grande beauté, d'une grande tendresse, d'une grande tristesse.

L'auteure, Edwidge Danticat, est née en Haïti en 1969. Elle vit aux États-Unis depuis près de 30 ans. Son oeuvre - nouvelles, romans, récits - écrite en anglais et portée par une plume exemplaire, baigne dans l'histoire d'Haïti, traite de négritude, explore les déchirements de l'exil.

Son premier livre, Le cri de l'oiseau rouge, écrit à l'âge de 25 ans, lui a valu d'être comparée à Toni Morrisson et d'être invitée sur le plateau télé d'Oprah Winfrey. Trois ans plus tard, en 1996, elle est citée parmi les 20 meilleurs jeunes écrivains américains de l'heure.

Il y a deux ans, l'écrivaine a reçu le National Book Critics Circle Award de l'autobiographie, pour l'édition originale anglaise d'Adieu mon frère. On comprend pourquoi.

« J'écris ceci seulement parce qu'eux ne le peuvent pas », écrit Edwidge Danticat, faisant référence à son père et à son oncle. C'est leur histoire à eux, morts tous les deux, que son livre retrace essentiellement.

Les déchirements de l'exil

Les deux frères avaient une relation très particulière, un attachement profond, qui ne s'est jamais démenti au fil des années. Même si le père de l'auteure a émigré aux États-Unis dans les années 1970, et que son oncle a toujours refusé de quitter Haïti, malgré la violence, la pauvreté, le climat politique pourri.

L'oncle Joseph, pasteur de profession, n'était pas du tout tenté par l'idée de repartir à zéro dans un nouveau lieu. Il disait: « L'exil n'est pas fait pour tout le monde. Quelqu'un doit rester derrière, pour recevoir les lettres et accueillir la famille quand ils reviennent. »

Quant à son frère, il était prêt à tout pour assurer à sa famille, et à lui-même, un avenir meilleur. Quitte à gagner sa vie comme chauffeur de taxi fantôme à New York.

Un jour que sa fille, adolescente, lui demandait s'il n'aurait pas souhaité exercer un autre métier, il a répondu ceci: « Si je pouvais faire quelque chose d'autre, je serais soit épicier, soit entrepreneur de pompes funèbres. Parce que nous devons tous manger et nous devons tous mourir. »

En retraçant le parcours croisé des deux frères, ce sont les conditions de survie de chacun que l'auteure expose. L'un dans une Amérique pas faite pour lui, l'autre dans une Haïti dévastée, sanguinaire.

Aussi: c'est son histoire à elle, Edwidge Danticat, qui défile. Comment, quand elle était toute petite, son père puis sa mère sont partis aux États-Unis en la laissant derrière, avec son petit frère, chez l'oncle Joseph. Son oncle, qui est en fait devenu son deuxième père.

Et comment, plusieurs années plus tard, à l'âge de 12 ans, elle a pu rejoindre, enfin, ses parents à New York, recommencer une nouvelle vie. Mais sans son deuxième père.

Comment, au bout du compte, elle se sent démunie, abandonnée, quand ses deux pères meurent à quelques mois d'intervalles. Alors qu'elle porte en elle une nouvelle vie, puis met au monde sa fille.

Déchirant, magnifiquement écrit. À lire absolument.

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