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![]() Livres Petit Larousse Entre «fuiter» et «Phelps»Mise à jour le mardi 2 septembre 2008 à 10 h 44 Un texte de Richard Raymond
« Pourquoi Michael Phelps? Eh bien, parce qu'il allait gagner les Jeux olympiques! et que nous, Larousse, nous le savions. » Line Karoubi rit de bon coeur de son bon mot. À 49 ans, elle dirige le département Dictionnaires et Encyclopédies aux éditions Larousse (DDEÉL). Elle admet que le groupe de conseillers scientifiques chargé d'étudier les propositions du comité d'experts extérieur a eu du flair en réservant une place à Michael Phelps dans l'édition 2009 du vénérable Petit Larousse. On a eu beaucoup d'intuition parce que c'est avant ses huit médailles qu'on l'a rentré. — Line Karoubi, directrice du DDEÉL Entrer ou pas au Larousse Le nageur américain n'est pas la seule personnalité à faire son entrée dans le dictionnaire plus que centenaire. Il y a aussi Nancy Huston, l'actrice Marion Cotillard, la chanteuse Björk, le généticien Daniel Cohen et le physicien Albert Fert. Parlant de ces deux derniers, Line Karoubi n'hésite pas à dire: « On aurait pu les rentrer bien avant. Pourquoi tout d'un coup décider que c'est cette année que telle personnalité va rentrer? » Le choix des noms communs Elle reconnaît qu'il est plus difficile de faire une place à une personnalité dans le dictionnaire qu'à un nom commun. Les mots s'imposent, explique-t-elle. « Il y a une intuition, une sensibilité au mot, on sait s'il est tombé dans l'oreille du public, si on l'a nous-mêmes beaucoup lu. » Car, chez Larousse, il y a une équipe de lexicologues qui observent les évolutions de la langue sur tous les supports: la presse, la radio, la télévision, Internet. Ils enregistrent les nouveaux mots dans une base de néologie. Selon Line Karoubi, ce sont entre 15 000 et 20 000 mots qui sont ainsi répertoriés par an. On ne se doute pas de la vitalité de nos contemporains en termes de création de mots. On entend souvent dire que la langue s'appauvrit, mais c'est faux. — Line Karoubi, directrice du DDEÉL
À partir de la base de nouveautés, un choix progressif s'exerce. Des 15 000-20 000 mots enregistrés, certains tombent d'eux-mêmes, pour toutes sortes de raisons, affirme la directrice du DDEÉL. Il reste 1000 nouveaux mots, nouveaux sens ou nouvelles locutions, sur lesquels l'équipe vote. « À partir de ce vote qui se fait à une dizaine de personnes, on a dégagé les 150 élus », précise Mme Karoubi. Nouveaux mots ou nouveaux sensDes 150 nouveaux mots retenus cette année, certains viennent de l'Afrique, de Belgique et de Suisse. Huit proviennent du Québec: brûlement, compétitionner, démarreur, épeurant, loup-marin, mousser, toutou et vin de glace. Mais le travail de l'équipe de lexicologues ne s'arrête pas là. Tous les ans, deux tiers des 1920 pages du dictionnaire sont mises à jour. « Il ne faut pas négliger ça aussi dans le travail du Petit Larousse. C'est pas seulement les nouveaux mots, les nouveaux sens, les nouvelles locutions. Mais c'est aussi tout le travail d'actualisation de la réalité existante », dit l'ancienne journaliste littéraire. La réalité d'aujourd'hui, c'est celle d'une société que Mme Karoubi qualifie de très mercantile, très individualiste, très utilitariste, mais aussi très ouverte. Nous ne sommes pas dans une époque de superflu en matière de création de mots. Chaque mot a une utilité dans le sens où il désigne une nouvelle réalité technologique. — Line Karoubi Car Mme Karoubi est fière de dire que Le Petit Larousse est un dictionnaire d'usage qui photographie à un moment donné les usages linguistiques d'une communauté très diverse. « Ce n'est pas seulement la communauté française, c'est aussi toute la francophonie », précise-t-elle. Pour les mots ou les personnalités refusés, elle n'a jamais de regrets. Pour les mots comme pour les personnalités, celui qui frappe à la porte du dictionnaire et qui n'y rentre pas, il peut toujours refrapper l'année d'après. — Line Karoubi Les illustrations Une autre caractéristique du dictionnaire, ce sont les illustrations. Cette année, le dessinateur Alain Boyer a dessiné trois nouvelles planches. « On est très content qu'il ait pu faire pour nous les primates, les abeilles et les insectes: trois superbes planches qui sont nouvelles dans Le Petit Larousse », affirme Mme Karoubi. Les pages roses Et les pages roses? Ces pages qui ont enchanté l'enfance de nombre d'entre nous. Ça fait partie de nos racines. Ces pages roses, elles ont aussi une valeur identitaire très grande. — Line Karoubi Bien sûr, elles existent depuis le début, depuis 104 ans. Line Karoubi croit que ceux qui achètent encore Le Petit Larouse « aiment bien retrouver ce qui, dans leur enfance, était synonyme de découverte, de plaisir culturel ». |