Lundi 28 mai 2012 12 h 29 HAE

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Comédie

Une brève histoire du tracteur en Ukraine: hilarant!

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

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Une critique de Danielle Laurin

C'est drôle, complètement loufoque. Ça se passe en Angleterre, aujourd'hui. Ça commence ainsi: « Deux ans après la mort de ma mère, mon père tomba amoureux d'une séduisante Ukrainienne blonde divorcée. Il avait quatre-vingt-quatre ans et elle trente-six. »

C'est le premier roman d'une Anglaise d'origine ukrainienne. Marina Lewycka a plus de 60 ans, et elle a écrit jusqu'ici des ouvrages sérieux sur les personnes âgées. Le moins que l'on peut dire, c'est que la comédie lui réussit.

Une brève histoire du tracteur en Ukraine (Alto) dépasse le million et demi d'exemplaires vendus, en Grande-Bretagne seulement. Le livre est en cours de traduction dans une trentaine de pays.

Humour et gravité

On comprend pourquoi. Derrière le ton léger, badin, des questions graves et actuelles sont abordées. Des questions à portée universelle. Du genre: Quel est le rôle des enfants quand leurs parents vieillissent? Jusqu'où peuvent-ils intervenir, s'immiscer dans leur vie?

Bref: comment protéger contre eux-mêmes ceux qu'on aime quand leur jugement nous apparaît déficient? Mais en même temps: pourquoi n'aurait-on pas le droit de s'envoyer en l'air à 84 ans, n'en déplaise aux enfants?

Une brève histoire du tracteur nous plonge aussi au coeur de la question de l'immigration, qui nous touche tous aujourd'hui. L'originalité de ce roman tient en partie au fait que l'auteure nous offre un point de vue à la fois intérieur et extérieur sur le sujet. Marina Lewycka est aussi très habile pour confronter les personnages à leurs propres contradictions.

Sa narratrice, née de parents ukrainiens et élevée en Angleterre, se considère tout à fait intégrée. Même si elle n'a de cesse de fouiller ses origines, son histoire familiale, l'histoire de son pays.

Contradictions

Marina Lewycka

Mais quand elle voit débarquer dans la vie de son père veuf une Ukrainienne pure laine avec, qui plus est, un enfant à élever, elle a des frissons. Cette Valentina veut épouser le vieux. Pourquoi, pensez-vous?

Allons, elle ne rêve que d'une chose, la belle à la poitrine plantureuse: consommer le plus possible, s'offrir tout ce qui lui était interdit en Ukraine... aux dépens du vieil homme, complètement fou d'elle, qui lui écrit des poèmes enflammés.

La narratrice confie: « Jusque-là, j'avais des idées relativement libérales en matière d'immigration. Je trouvais normal que les gens puissent vivre où ils voulaient. Mais, désormais, j'imagine des hordes de Valentina se bousculant aux douanes de Ramsgate, de Felixstowe, de Douvres, de Newhaven, se déversant des bateaux, fermes, déterminées comme des forcenés. »

L'aventure se révélera dans ce cas-ci pathétique. Le vieux, un ex-ingénieur fabriquant de tracteurs, y engouffrera toutes ses économies. Aucune porte de sortie pour lui, sinon s'accrocher à son rêve, ancien, d'écrire un livre. Le titre: Une brève histoire du tracteur en Ukraine.

Bref, l'homme s'évade comme il peut, tandis qu'il voit sa maison, son jardin, toute sa vie se déglinguer, et qu'il devient une sorte d'otage chez lui. Même l'ex-mari de Valentina se mettra de la partie.

Le pire, c'est qu'on en rit. Plus on avance, plus ça tourne à la grosse farce. Les situations absurdes se multiplient, à la limite du vraisemblable. Pensez à une sorte de Petite vie à l'ukrainienne, dans un contexte british. Hilarant, vraiment!

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