Mercredi 10 février 2010 3 h 41 HNE
![]() Récit ![]() Les microsouvenirs d'Hélène de BillyDanielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada. Une critique de Danielle Laurin Des bribes de souvenirs, numérotées. Des parcelles de mémoire, ressuscitées. Des fragments de passé. C'est ce que propose, sur le mode ludique, Hélène de Billy. Une façon, pour l'auteure québécoise, de marcher dans les pas de l'écrivain français Georges Perec. Qui, il y a trente ans, publiait Je me souviens. Un texte que Samy Frey a porté à la scène, jusqu'à Montréal, il y a plusieurs années. Je me souviens... C'est à ce moment-là que l'étincelle s'était produite pour Hélène de Billy: « Les microsouvenirs de l'auteur de La vie mode d'emploi sont ceux d'un Parisien et remontent à la France de l'après-guerre. Néanmoins, par une sorte d'alchimie mystérieuse, je m'y étais reconnue. » Aujourd'hui, elle se réapproprie la formule de Perec et joue le jeu à son tour. Elle note, dans Je me souviens d'avoir cherché oxymoron dans le dictionnaire (les éditions du passage), ses microsouvenirs à elle. D'emblée, elle écrit: « Je me souviens qu'à la fin des années cinquante, les Automatistes se réunissaient dans un restaurant de la rue Sherbrooke qui s'appelait La Hutte. » Ici, c'est au Québec que ça se passe. Fouillant dans sa mémoire à elle, c'est aussi notre passé à nous que l'auteure fait ressurgir. Pour notre plus grand plaisir. C'est une traversée culturelle, politique de notre mémoire collective. Mais vue par elle, en abrégé. Ça se résume parfois à une seule phrase: « Je me souviens d'avoir pleuré en lisant Bonheur d'occasion. »
C'est nostalgique, oui, mais pas seulement. C'est plutôt drôle, par bouts. Ainsi, cette anecdote à propos de l'auteur de L'espoir. « Je me souviens qu'en visite officielle au Québec, André Malraux, alors ministre de la Culture dans le gouvernement de Gaulle, s'était fait dire par une dame: "Monsieur Malraux, vous parlez tellement bien, vous devriez écrire." » Hélène de Billy reproduit aussi des extraits de poèmes, de chansons. Elle replonge avec délectation dans Suzanne, de Leonard Cohen. On la voit d'ailleurs interpréter a capella un extrait de cette chanson sur un DVD qui accompagne le livre. Réminiscences C'est savoureux, sans prétention. Ça va dans tous les sens. Même les pogos, les bolos font leur apparition. Les petits livres de la série des Sylvie, aussi. Au passage, des réminiscences de l'intime, à peine esquissées: « Je me souviens de tes yeux verts. » Mais il y a des souvenirs moins heureux que d'autres, bien sûr... Par exemple: Hélène de Billy, qui a publié une biographie du peintre Jean-Paul Riopelle et, plus récemment, un portrait romancé du musicien André Mathieu, n'a pas oublié sa première séance de signature. Elle écrit: « Il n'était venu personne à part ma mère et ma tante Yvonne. » Elle ajoute: « Ma tante Yvonne avait dit: "C'est un ben beau livre, mais à vingt piastres je préfère attendre puis l'emprunter à ta mère." » Impossible de résister à ce petit livre à la présentation sobre, soignée. Une fois l'ouvrage refermé, on n'a qu'une envie: consigner à son tour par écrit ses propres microsouvenirs. Je me souviens de... À lire aussi 30 mars 2009 Un Roland Barthes inédit11 mars 2009 L'univers étrange de Paul Auster25 février 2009 Yann Arthus-Bertrand à la rencontre de l'Autre16 février 2009 « La vie d'un homme inconnu »9 février 2009 Olivier Adam à son meilleur3 février 2009 Adieu mon frère: la vie, la mort, encore2 février 2009 15 romans à surveiller19 janvier 2009 Redécouvrir Margaret Atwood13 janvier 2009 Beijing coma: place Tiananmen, vue de l'intérieur23 décembre 2008 Évasion à tout âge |