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Dimanche 12 février 2012 13:33 HNE

Livres

Mise à jour le mardi 4 mars 2008 à 8 h 50
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Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

«La grande tribu»

VLB persiste et signe

cote du film : 4

Une critique de Danielle Laurin

C'est fait.

Victor-Lévy Beaulieu a mis le point final à La grande tribu (ÉditionsTrois-Pistoles), annoncée depuis plusieurs années.

Une brique de 880 pages, qu'il a lancée chez lui, à Trois-Pistoles. Et qu'il s'est empressé de jeter au feu, littéralement.

Pourquoi ce coup d'éclat? L'écrivain-polémiste voulait manifester son mécontentement. « Je n'en peux plus, a-t-il dit en substance devant les journalistes, je n'en peux plus de voir le Québec reculer, on est en train d'oublier l'idée d'indépendance, de se bilinguiser de plus en plus. »

Ce qui, dans son livre à lui, sonnera le glas de la nation québécoise.« La partie est peut-être toute jouée », a-t-il lancé. Ajoutant: « Si cela devait être le cas, j'ai conscience que j'aurai passé ma vie à écrire pour rien. »

Brûler une oeuvre

Il a menacé de brûler tous ses livres.

Soixante-dix en tout.

Victor-Lévy Beaulieu - La grande tribu, c'est la faute à Papineau

Au diable l'immortalité à laquelle les écrivains, dit-on, aspirent grâce à leur oeuvre. Lui affirme qu'il préfère disparaître avec ses livres, si ceux-ci n'ont pas réussi à changer quoi que ce soit au Québec.

Il s'est donné deux mois de réflexion avant d'agir. Le fera-t-il vraiment? Brûlera-t-il tous ses livres?

Une chose est sûre, VLB a réussi à transformer son lancement en manifestation politique. Et il a démontré, une fois de plus, que son travail d'écrivain en est un d'engagement profond. Qu'il lui est impossible de séparer son oeuvre du sort du Québec.

La critique acerbe de Richler

C'est justement ce que lui reproche Noah Richler, le fils de Mordecai, dans Mon pays est un roman (Boréal). Un livre qui trace le portrait de littérature canadienne d'aujourd'hui, en tentant de mettre le doigt sur sa spécificité.

Noah Richler a rencontré une centaine d'écrivains. Parmi eux: une poignée de Québécois, à qui il consacre un chapitre. Et qu'il place dos à dos à VLB. Autrement dit, autant les Guillaume Vigneault, Nadine Bismuth, Élise Turcotte, Gaétan Soucy, Rawi Hage et autres jeunes écrivains québécois sont tournés vers l'avenir, ouverts au monde, modernes, urbains, autant VLB est tourné vers le passé, fermé sur lui-même, entêté dans son idée d'indépendance, rural, bref, dépassé.

C'est ce qu'on retient du chapitre consacré à la littérature québécoise.

Dans les faits, Noah Richler, qui n'a pas rencontré les Marie-Claire Blais, Michel Tremblay, Monique Proulx et autres bonzes de notre littérature, sert ainsi sa propre théorie, sa propre vision du Canada aujourd'hui.

Non content de s'en prendre aux idées de VLB, Richler décrit de façon peu flatteuse le bonhomme, dans son environnement quotidien. L'espace manque ici pour s'étendre sur le sujet, mais ouvrez la page 365 de son livre, vous comprendrez.

Un écrivain en colère

Victor-Lévy Beaulieu (archives)

D'où la colère noire qu'a piquée récemment à son endroit l'écrivain de Trois-Pistoles, à l'émission de Christiane Charrette. Plusieurs se sont demandé si VLB n'était pas en train de péter les plombs.

Il suffit de lire La grande tribu pour constater que non. Au contraire, Victor-Lévy Beaulieu persiste et signe.

Allez-y voir. Allez voir comment il fouille le passé, pour mieux éclairer le présent, et regarder vers l'avenir.

Voyez comment il met en scène les héros du 19e siècle, qui se sont battus pour la liberté, tels l'Irlandais O'Connell, le Sud-américain Bolivar, l'Américain Walt Whitman, etc. Sans oublier Papineau, chez nous.

Sortir le Québec de sa schizophrénie

Voyez comme l'écrivain, en parallèle, se glisse dans la peau d'un homme donné pour fou. Un homme obsédé par ses racines, son passé, oui. Mais un homme résolu à sortir son peuple de la schizophrénie collective.

Cet homme-là va participer à un grand soulèvement populaire, avec des éclopés venus de partout au Québec. Ensemble, ils vont prendre d'assaut l'Assemblée nationale. Et exiger une déclaration unilatérale d'indépendance.

On est dans la caricature, bien sûr. On est dans la fable. Dans la « grostesquerie »: c'est même ainsi que l'auteur présente son livre. On est dans la surenchère, dans la jubilation, dans le langage hyper imagé de VLB. Dans sa parlure à lui. Dans son imaginaire.

Voici un grand écrivain qui imagine pour le Québec un autre avenir que celui auquel on le destine. Entêté, oui. Mais dépassé, VLB? Vraiment?

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