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Prix Renaudot 2007

Chagrin d'école: mémoires de cancre

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

Mise à jour le mardi 20 novembre 2007 à 11 h 59

Aucun
cote du film : 4

Une critique de Danielle Laurin

Pas question de bouder notre plaisir. Le nouveau Pennac nous enchante, nous ravit. Malgré la controverse qui a entouré son couronnement surprise par le Renaudot 2007.

Commençons par le début: Chagrin d'école (Gallimard) n'était pas finaliste, n'a même jamais été en lice pour ce prix. Il ne se retrouvait sur aucune sélection pour les grands prix littéraires français de l'automne.

Que s'est-il passé en coulisse? Tractations diverses, magouilles de toutes sortes ont été mises au jour. Et la presse française de s'interroger, encore une fois, sur l'intégrité des jurys littéraires, la pertinence des prix.

Autre sujet de mécontentement: Daniel Pennac, traduit dans une vingtaine de langues, n'a pas besoin de prix pour être reconnu, vendre de la copie. À elle seule, sa saga des Malaussène s'est envolée, paraît-il, à plus de six millions d'exemplaires.

Un journaliste français a carrément posé la question à l'auteur fraîchement récompensé: « A-t-on besoin d'un prix quand on vend beaucoup? » Réponse du lauréat, qui, soit dit en passant, était le premier étonné de recevoir le Renaudot: « Les beaux prix sont ceux qui ne servent à rien ».

À tout prendre, Chagrin d'école aurait pu décrocher le Renaudot dans la catégorie essai, ont fait remarquer certains. Mais non, on lui accorde le Renaudot du roman, l'ultime consécration en fiction après le Goncourt, alors que de fiction, ici, il n'est pas question.

Autoportrait

Daniel Pennac

Photo: AFP/Herminie Philippe

Daniel Pennac

C'est bien lui-même en effet que Daniel Pennac met en scène dans son livre. Lui-même, devenu écrivain à succès après avoir été un mauvais élève voué à l'échec. Et puisqu'il a été prof pendant 25 ans, il en profite aussi pour réfléchir sur l'enseignement, et sur la façon dont on traite les cancres à l'école. Éclairant.

Touchant, aussi. Comment se fait-il, se demande Daniel Pennac à 62 ans, qu'il ait été le vilain petit canard de sa famille? L'enfant précaire dont la mère devait s'inquiéter toute sa vie?

Ses trois frères aînés réussissaient bien à l'école, le papa était instruit, gagnait bien sa vie, et il formait un couple uni avec la maman toute dévouée au bonheur des siens. Bref, contexte familial on ne peut plus normal, propice à la réussite, dit-on.

Et pourtant. Cette « inaptitude à comprendre », décelée très tôt chez lui. Un perdant, qui avait honte de lui-même, un cas désespéré, dont l'avenir était à jamais bouché: c'est ainsi qu'il se voyait. C'est l'image qu'il renvoyait aux autres, aussi.

Repères

Ce qui a fait la différence pour lui? Quelques professeurs passionnés. Un prof de français, entre autres, qui l'a mis au défi d'écrire un roman. Il y a eu la lecture, aussi, qu'il pratiquait en dilettante et de façon clandestine au pensionnat: les romans n'étant pas permis dans les salles d'étude, le mauvais élève prenait un plaisir redoublé à les savourer en cachette.

La découverte de l'amour, le fait de se savoir aimé, lui, un cancre, ont fait le reste, lui ont donné envie de se surpasser. Ce qui ne l'empêche pas d'être assailli encore aujourd'hui par des « crises de doute », où le cancre de service refait surface: « J'ai toujours eu le sentiment d'être un rescapé ».

Chagrin d'école se lit comme un autoportrait, oui. Mais un autoportrait rempli d'humour, d'anecdotes savoureuses. Même quand il se penche sur les difficultés de l'école aujourd'hui, et malgré certaines références très franco-françaises, l'écrivain ne peut s'empêcher de nous éblouir par son talent de conteur. En cela, personne ne pourra dire qu'il ne l'a pas mérité, Daniel Pennac, son Renaudot.

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