
Rencontre
Un texte de Florence Meney
Il y a dix ans que Benoîte Groult n'était pas venue au Québec. Dix longues années, mais la revoici avec ses 86 fringants automnes, sur les ailes de son nouveau livre, La touche étoile, qui sort après neuf années de silence.
![]() Photo: Phonesavanh Thongsouksanoumane |
« À mon âge, vous savez, on écrit moins vite qu'à 45 ou 50 ans », explique l'auteure en entrevue, un sourire au coin de l'oeil. Car si le combat d'une vie pour Benoîte Groult a principalement été celui du féminisme, c'est plutôt la difficulté de vieillir qui tient la vedette de La touche étoile.
Alice, l'héroïne de ce tout nouveau roman, ressemble fort à notre auteure. C'est une femme corrosive sans être acerbe, qui se décrit comme une grand-mère indigne, une chroniqueuse de journaux féminins à qui on fait l'affront de la mettre sur la touche au profit de journalistes plus jeunes, « plus en phase avec les jeunes lecteurs ».
Devenir invisible
![]() Photo: Phonesavanh Thongsouksanoumane |
Ce n'est là que le premier outrage infligé à Alice devenue, avec l'âge, transparente et invisible aux yeux de la société. Dans le métro, le soir, des bandes de jeunes, conquérants des temps modernes, tiennent la place, la bousculent sans même la voir.
Les concepteurs de sous-vêtements défient sa gravité, les vendeurs d'ordinateurs la traitent avec mépris. Ses petits-enfants ne la comprennent pas plus qu'elle ne les comprend. Elle est finie, lui signifie-t-on partout.
Dans ce qu'elle dit être sans doute son dernier ouvrage, Benoîte Groult aborde l'angoisse du vieillissement et de la mort avec un humour léger, mais souvent cruel pour nous tous qui suivons le même chemin.
Le féminisme mis en échec?
Bien entendu, ce n'est pas le seule sujet de ce roman où se croisent les destinées d'une famille très semblable à la sienne. L'auteure d'Ainsi soit-elle y laisse clairement transparaître sa déception face à la jeune génération de femmes, gavées, dit-elle, de culture de masse, de publicité, et qui ne semble guère avoir retenu des combats menés par leurs aînées pour des droits chèrement acquis.
Elle dénonce ces petites filles obnubilées par leur apparence, ces « pré-putes » qui se conforment aux rôles sexuels traditionnels sans en voir le danger.
Dresse-t-elle un constat d'échec du combat féministe dont elle fit partie pendant tant d'années? Peut-être pas, mais les jeunes femmes doivent faire preuve de vigilance, poursuit-elle, invoquant le peu de progrès des femmes dans des domaines comme la politique française. « L'exemple Ségolène Royal est criant », dit l'écrivain, « les hommes politiques se sont conduits comme des galopins avec elle ».
La montée des intégrismes, l'influence de régimes comme celui du président Bush l'inquiètent fort pour l'avenir de certains droits fondamentaux. Face à ces menaces, Benoîte Groult réaffirme sa foi dans la solidarité des femmes, cette sororité souvent niée, mais ô combien réelle et précieuse, rappelle-t-elle à celles qui la suivront.
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La touche étoile |
Notez que Benoîte Groult participe à une rencontre publique le mercredi 27 septembre prochain de 12 h 15 à 13 h 30 à l'Auditorium de la Grande Bibliothèque de Montréal.