
Nouveauté-Jean-Paul Dubois
Une critique de Florence Meney
Accros de la réno, malades de la déco, obsédés de la toiture, dingues du zinc, j'ai un livre pour vous. Un livre signé par nul autre que Jean-Paul Dubois (Femina 2004 pour Une vie française), la noire et délirante chronique d'une épopée véridique dans l'enfer de la construction, et qui vous fera apprécier à leur juste valeur les médaillons caca d'oie de la tapisserie années 50 de votre sous-sol.
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Quand le ciel vous tombe sur la tête
Paul Tanner est un type sympa, mollo, plutôt de gauche (à vue de nez), un documentariste animalier qui a le malheur d'hériter d'une vieille baraque à la splendeur largement fissurée. Contre son instinct, contre l'avis d'un artisan de confiance (« Bou zalé droit dans lé mour, monsieur Tanner ») et malgré les signaux de détresse que lui envoie son compte en banque, Tanner se lance dans la rénovation de la bâtisse. Une entreprise majeure.
Incontinents du tuyau et autres névropathes
C'est le début d'une série de relations conflictuelles et absurdes, toutes plus dysfonctionnelles les unes que les autres, avec des électriciens survoltés, des plombiers incontinents du tuyau, des chauffagistes dont la femme surchauffe, des couvreurs méchants qui ne couvrent que leur propre ridicule, des tireurs de joints qui auraient intérêt à en allumer un... Bientôt, la vie de Tanner est un cauchemar, cerné que le voilà par toute une étrange armée d'artisans déterminés à lui soutirer le maximum d'argent tout en le martyrisant, parce qu'il est le « patron », après tout.
Je ne peins pas les radiateurs
Dans ce récit véridique à la fois hilarant et inquiétant (tous ceux qui ont un toit, même perméable, s'y reconnaîtront à des degrés divers), on surprendra, par exemple, la conversation surréaliste de la « victime » avec son peintre en bâtiment, un sculpteur raté qui n'a jamais digéré son changement de vocation et qui refuse de peindre les radiateurs, en faisant une affaire de lutte des classes:
Extrait:
-C'est pourtant simple : je-ne-peins-pas-les-radiateurs.
-Mais c'est quand même votre travail, non ?
-Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
-Que vous êtes peintre en bâtiment.
-Et qu'un peintre en bâtiment, ça s'exécute ! C'est ça ? Ça fait ce qu'on lui dit de faire ! Parce qu'on le paye pour ça ! Ça fait ce qu'on lui dit de faire ! Parce qu'on le paye pour ça !
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Il n'y avait rien à faire. Enfermé dans son univers paranoïaque, Astor me faisait penser au chien névropathe de Kantor tournant sur lui-même pour se mordre la queue.
Une vraie tuile
On savait déjà que Jean-Paul Dubois était fort. Dans un genre très différent, il nous le rappelle ici. Sa plume vive, jamais superflue, immerge le lecteur empathique et révolté dans cet univers fou à saveur de petite fin du monde où règnent les règles d'un implacable darwinisme, sur fond de murs décrépis et de tuiles cassées. Un ouvrage à offrir à votre entrepreneur à Noël.
Vous plaisantez, monsieur Tanner
Jean-Paul Dubois
Éditions de l'Olivier
Lisez aussi le compte-rendu de notre rencontre avec Jean-Paul Dubois et notre article sur Une vie française.