Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

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Mise à jour le jeudi 9 février 2006 à 7 h 12
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Littérature québécoise-Entrevue

Louis Hamelin: de l'importance de demeurer Sauvages

Cinq ans après avoir donné à la littérature québécoise Le joueur de flûte, grand roman au lyrisme épuré sur la contre-culture et les territoires de notre Amérique, Louis Hamelin est de retour. Cette fois, il nous livre Sauvages, un recueil de dix nouvelles, dont certaines, explique-t-il en entrevue, traînaient dans ses tiroirs depuis trois ou quatre ans.

Louis Hamelin

L'amour qui tue, la campagne qui sublime
Dans Sauvages, des écrivains déglingués se meurent d'amour au milieu de draps souillés, dans des taudis montréalais, des épaves montrent une étonnante résilience, des vamps torontoises détonnent dans la pureté d'une campagne québécoise, l'enfance est soleil d'automne sur un chalet de Mauricie, l'âme d'un lac imprègne celle des hommes. Louis Hamelin explique que Sauvages n'a trouvé son nom qu'après quelques méandres: « Il y a l'importance de la nature, bien entendu, mais aussi les personnages, souvent un peu des sauvages eux-mêmes, pas au sens de primitif, mais plutôt au sens d'en marge, en recul par rapport au reste du monde. »

Un genre libérateur
Pour cet écrivain le récit est maître dans la démarche littéraire. C'est dans l'action que s'expriment les protagonistes, que leur geste soit sublime ou dérisoire. Ainsi, pour lui, la nouvelle constitue un genre privilégié, libérateur: « Avec la nouvelle, j'ai le sentiment d'avoir la permission d'aller droit à l'essentiel. Mes romans, j'y travaille, puis j'y reviens plus tard, encore et encore. Dans la nouvelle, tout se tient, d'un bloc. »

L'Amérique et l'enfance
S'il réclame haut et fort les influences sur son art d'écrivains américains tels qu'Hemingway ou De Lillo, Louis Hamelin a su trouver un style qui lui est propre, certainement difficile à comparer, à classer, que l'on pourrait décrire comme une sorte d'humanisme un peu hétéroclite, entièrement inclusif, qui embrasse beauté et laideur, races et générations. Sur ce dernier point, l'auteur souligne que dans Sauvages, il parle pour la première fois de l'enfance et de l'adolescence, de la sienne surtout, par le biais de plusieurs personnages. Dans la dernière nouvelle, Regarde comme il faut, particulièrement touchante, Louis Hamelin évoque son enfance, ses parents, le chalet familial, à travers des scènes aussi tendres que prosaïques, des bottes de poireaux qui passeront l'hiver dans un sac en plastique, une mère qui enfarine du poisson dans la cuisine, une phrase courte entre un père et son fils, un souvenir commun.

La suite
Pour Louis Hamelin, ce recueil de nouvelles n'est pas le résultat d'un virage littéraire qui l'éloignerait du roman, bien au contraire. Celui qui fut à 30 ans prix du gouverneur général (La rage) et qui a six romans à son actif, voit ces deux types d'écriture comme des facettes complémentaire de la création. Il travaille d'ailleurs actuellement sur deux projets de romans, dont il ne veut pas trop révéler le secret, par superstition, dit-il avec un léger sourire.

Une entrevue réalisée par Florence Meney

Sauvages
Louis Hamelin
Boréal
2006