
Festival de Cannes 2009
Dans la vingtaine de films de la sélection officielle en compétition pour la Palme d'or, la part belle était faite aux cinéastes d'Asie et d'Europe.
![]() Photo: AFP/HO Extrait du film Nuits d'ivresse printanière. |
Ce tango pour deux continents a débuté jeudi 14, avec Fish tank, de la Britannique Andrea Arnold, et Nuits d'Ivresse printanière, récit d'une passion homosexuelle du Chinois Lou Ye, victime de censure en Chine. Tango d'un autre genre : Vengeance, de Johnnie To, qui s'est adjoint les services du chanteur et acteur français Johnny Hallyday pour tourner un polar à Hong Kong.
Première cinéaste femme récompensée de la Palme d'or, en 1992, avec La leçon de piano, la Néo-Zélandaise Jane Campion présentait cette année Bright Star, récit des amours du poète John Keats, le même jour qu'était projeté Thirst, film de vampires du Sud-Coréen Park Chan-wook.
La France a offert aux cinéphiles quatre longs métrages, mettant face à face vieux routiers et jeunes loups. Alais Resnais signe à 86 ans Les herbes folles. Plus jeune d'une génération, Jacques Audiard, cinéaste de Regarde les hommes tomber et d'Un héros très discret, présentait cette fois une plongée dans la violence de l'univers carcéral avec Le Prophète.
Gaspar Noé, à la touche provocatrice reconnue, présentait Enter the Void, portrait de l'agonie d'un petit trafiquant de drogue de Tokyo, traversé de visions chaotiques et cauchemardesques. Xavier Giannoli, célébré pour son précédent film Quand j'étais chanteur (2006), mettant en vedette Gérard Depardieu, offrait cette fois À l'origine, inspiré de l'histoire vraie d'un escroc aux grandes ambitions.
![]() Photo: AFP/Pedro Armestre Pedro Almodovar et Penelope Cruz |
Plusieurs autres films en compétition étaient aussi fort attendus, tant pour leurs réalisateurs que pour les vedettes qui y figurent. L'Espagnol Pedro Almodovar a présenté Étreintes brisées, avec Penelope Cruz, tandis que le Britannique Ken Loach a mis en scène Éric Cantona, ex-footballeur de talent aux frasques légendaires.
Le seul Américain en compétition n'est pas le moindre. Quentin Tarantino donne la vedette à Brad Pitt dans son Inglourious Basterds. L'Amérique était aussi célébrée en grand avec Taking Woodstock, du Taiwanais Ang Lee, une fiction consacrée au mythique festival de musique hippie.
Mentionnons le double honneur, fait tant à l'animation 3D qu'à l'Amérique, d'ouvrir le Festival de Cannes avec Là-Haut (Up), sorti du studio Pixar-Disney, qui met en scène un tandem inédit formé d'un vieillard et d'un jeune scout, dans une aventure autour du monde qui emprunte tour à tour au western, à Jules Verne et à Hitchcock.
Pari tenu !
![]() Photo: AFP/Martin Bureau Gilles Jacob, président du Festival de Cannes |
Encore une fois, le Festival de Cannes a été à la hauteur de sa réputation de haut lieu par excellence du cinéma. Car Cannes, c'est le ciné-monde. Un parti pris sans frontières, qui nous permet de voir ce que les Oscars, concentrés sur les productions américaines, ne nous montrent que par le petit bout de la lorgnette.
En embrassant la planète, ce festival est des plus efficaces pour détromper ceux qui clament, année après année, la mort d'un certain cinéma. Car toujours, quelque part, la planète cinéma est en ébullition.
Décidé à donner tort aux oiseaux de mauvais augure, le président du festival Gilles Jacob les attaquait de front, à quelques jours de l'ouverture de la 62e édition. Ainsi, aux commentateurs qui tiennent comme une évidence la disparition du cinéma d'auteur indépendant - un doigt accusateur pointé vers les anglo-saxons - il réplique en critiquant leur myopie, voire un certain chauvinisme.
L'avenir est une époque incertaine, reconnaît non sans malice M. Jacob, conscient qu'au contraire de périodes passées, il n'est pas clair vers où s'en va le cinéma.
« Une chose est sûre, affirme M. Jacob, le centre se déplace : il faut se rendre à Bucarest pour renifler une nouvelle vague, à Tel Aviv pour se recommander de Jacques Becker, à Hong Kong ou à Séoul pour que le polar se régénère à coup de lyrisme, de réalisme et de pétarades. Et pas si loin de là, à Pékin, pour que l'esprit de Rossellini ressurgisse... »