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Festival de Cannes 2009

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Mise à jour le dimanche 24 mai 2009 à 15 h 54
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Festival de Cannes 2009

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Journaliste : Bernard Leduc

Le réalisateur autrichien Michael Haneke

Photo: AFP/François Guillot

Le réalisateur autrichien Michael Haneke, en compagnie de la présidente du jury de la sélection officielle, Isabelle Huppert

La cérémonie de clôture du 62e Festival de Cannes n'aura pas connu de temps morts. Après un bref tour de piste de l'acteur Édouard Baer, qui a réchauffé la salle avec son humour caustique, les annonces ont déboulé à une vitesse folle, à peine le temps pour la salle d'y aller de brèves salves d'applaudissements.

Mais il s'agissait peut-être de ne pas en rajouter à un suspense qui durait déjà depuis tant de jours.

Attendue, convoitée, la Palme d'or, récompense suprême, a été attribuée au réalisateur autrichien Michael Haneke, pour son Ruban blanc, récit des méfaits de l'éducation ultrarépressive en vogue en Europe, au début du XXe siècle.

Parfois, ma femme me pose une question très féminine: "Est-ce que tu es heureux?" C'est difficile à répondre, car le bonheur est une chose rare, mais je peux dire que c'est un moment dans ma vie où je suis très heureux. — Michael Haneke

Michael Haneke avait déjà reçu en 2005 le prix de la mise en scène pour Caché. Mais s'est surtout La pianiste qui avait frappé les esprits. Mettant en vedette Isabelle Huppert, ce film explorait la détresse d'une concertiste qui cherche dans une relation sadomasochiste une façon de se délivrer de l'emprise malsaine de sa mère. Le film reçut trois prix à Cannes en 2001, dont celui de l'interprétation féminine pour Isabelle Huppert.

La France à l'honneur

Le Grand Prix, à peine moins convoité, a été attribué au Prophète, de Jacques Audiard. Avec une pointe d'humour, le réalisateur français s'est dit saisi d'un syndrome d'imposture, avant de remercier à tous les vents.

Le jury, présidé par l'actrice Isabelle Hupert, a aussi décidé d'attribuer un prix d'exception à Alain Resnais. Le réalisateur français de 86 ans, qui présentait à Cannes Les herbes folles, s'est dit à la fois surpris et ému de voir son oeuvre saluée de façon aussi inattendue.

Le prix d'interprétation féminine a été attribué à Charlotte Gainsbourg, pour son rôle dans Antichrist, de Lars von Trier. De sa voix inoubliable, à peine un souffle, elle a remercié le réalisateur danois pour avoir pu vivre une expérience qu'elle dit la plus intense de sa vie.

En images

Le film a soulevé une certaine controverse lors de sa présentation à Cannes, et a suscité des huées. Par ailleurs, le jury oecuménique, qui distingue dans un film des qualités humaines « qui touchent à la dimension spirituelle de l'existence », a décerné à Antichrist un anti-prix pour misogynie.

Le prix d'interprétation masculine a été attribué à l'acteur Christoph Waltz pour son rôle dans Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino, seul film américain en compétition officielle à Cannes.

Le prix du scénario a été remis à Nuit d'ivresse printanière, du chinois Lou Ye. Il a été suivi, quelques instants après, de celui de la mise en scène, remis par le réalisateur britannique Terry Gilliam. Badin, Gilliam a feint d'en être le lauréat, avant d'être interrompu par un Édouard Baer complice. C'est le Philippin Brillante Mendoza qui a été honoré pour Kinatay.

Le prix du Jury a été accordé ex æquo à Fish Tank, d'Andrea Arnold, et à Thirst, ceci est mon sang, de Park Chan-Wook. Modeste, le Sud-Coréen a affirmé avoir encore un long chemin avant d'être un vrai artiste, disant ne pas connaître la douleur de la création, mais seulement la création dans la joie.

Le réalisateur australien Warwick Thornton (centre) en compagnie de l'actrice française Isabelle Adjani.

Photo: AFP/François Guillot

Le réalisateur australien Warwick Thornton (centre) en compagnie de l'actrice française Isabelle Adjani.

Le premier prix remis lors de la cérémonie a été la Palme d'or du meilleur court métrage, attribuée par le jury de la Cinéfondation/court-métrage à Arena, du portugais Joao Salaviza. Le président du jury, le réalisateur britannique John Boorman, a aussi tenu à souligner la qualité d'un autre court métrage, The Six Dollar Fifty Man.

Peu après, Isabelle Adjani entrait sur scène pour présenter le lauréat de la Caméra d'or, qui récompense le meilleur premier film d'un réalisateur. C'est Samson and Delilah, de l'Australien Warwick Thornton, qui a été honoré.

Il avait été présenté dans la section Un Certain Regard. Une mention spéciale a aussi été accordée à Ajami, de Scandar Copti.

L'actrice française a souligné que le jury avait décidé de saluer l'audace: « J'ai toujours cru que le cinéma pouvait faire bouger les choses, les changer. »

Le parti pris de l'audace n'a cependant pas fait que des gagnants. J'ai tué ma mère, du jeune cinéaste québécois Xavier Dolan, était pourtant bien placé pour gagner le prix. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, il avait remporté trois des quatre prix qui y sont remis, soit:

  • le prix Art et Essai remis par la Confédération internationale des cinémas d'art et essai (CICAE)
  • le prix de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) pour le scénario
  • le prix Regards jeunes pour les longs métrages.

Un Certain Regard

Les acteurs de Kynodontas, avec leur réalisateur Yorgos Lanthimos (à droite)

Photo: AFP/François Guillot

Les acteurs de Kynodontas, avec leur réalisateur Yorgos Lanthimos (à droite)

Plus discret, le prix Un Certain Regard a été attribué samedi, sans les paillettes cannoises habituelles. Le jury a récompensé Dogtooth, du Grec Yorgos Lanthimos.

Kynodontas, en grec, est un étouffant huis clos familial où dominent le mensonge, la manipulation et les menaces permanentes. Métaphore d'une dictature à petite échelle, l'histoire se déroule dans une banlieue anonyme, où des parents s'obstinent à élever leurs trois enfants dans un isolement malsain.

Le jury a également attribué un prix spécial à deux longs métrages ex aequo, parmi les 20 de la sélection. Il a ainsi récompensé le film d'ouverture, On ne sait rien des chats persans de l'Iranien Bahman Ghobadi, et Le père de mes enfants, deuxième long métrage de la Française Mia Hansen-Love.