Lundi 28 mai 2012 12 h 27 HAE
![]() Le grand départ
Claude Meunier, réalisateurMichel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada. Mise à jour le mardi 16 décembre 2008 à 15 h 14 Une critique de Michel Coulombe
Qui, au Québec, n'est pas familier avec l'oeuvre de Claude Meunier? Depuis plus de trente ans, il a laissé son empreinte sur la culture populaire. À la scène, avec Les voisins, portrait moqueur d'une banlieue désespérante. Sur scène, avec le duo Ding et Dong et leur humour peau de vache. En publicité, au service d'une boisson gazeuse qui y a beaucoup gagné. À la télévision, aux commandes de La p'tite vie, radiographie bouffonne de la famille québécoise. Et maintenant au cinéma. Après avoir touché à la scénarisation, Claude Meunier s'assoit, pour la première fois, dans la chaise du réalisateur. Vocation tardive très tendance. Le nouveau cinéaste signe une comédie dramatique dans laquelle un homme se trouve au carrefour des chemins. Il est médecin. Marié depuis des siècles. Père de deux grands enfants. Amoureux, depuis peu, d'une femme qui pourrait être sa fille. Sera-t-il plus heureux dans les bras de sa maîtresse? La vie lui accordera-t-elle une deuxième chance? Reprise d'un vieux sujet
Le sujet n'est pas nouveau. Au début des années 90, Robert Ménard, dans Amoureux fou, racontait l'histoire d'un homme qui quittait sa femme pour aller vivre avec sa maîtresse. Dans le plus récent film de Denys Arcand, L'âge des ténèbres, un homme devenu étranger à sa propre famille refaisait sa vie. Dans La vie secrète des gens heureux, une comédie de Stéphane Lapointe, une banlieue ankylosée était secouée par la présence d'une jeune femme convoitée par le père et le fils. Marc Messier lui-même a tenu le rôle principal du Sphinx. Un film de Louis Saïa où, là aussi, il laissait tout pour une femme plus jeune. Rien de nouveau, donc. Rien, sinon le regard de Claude Meunier dont on reconnaît immédiatement le style dans le cours de Canal Université qui structure le film. Une réflexion sentencieuse sur le couple. Les fans de Meunier retrouveront avec plaisir les dialogues absurdes, ridicules, équivoques dont il a le secret. Quelqu'un demande: « Qu'est-ce que tu veux dire? ». On lui répond: « Absolument rien. » Et si l'on dit: « Vous faites quoi pendant vos temps morts? », la réponse sera: « Un burn out. » Le film s'aventure aussi dans des zones plus graves. Le spleen, la dépression, la maladie. Là où plusieurs n'attendent probablement pas Claude Meunier. Un nouveau départ?
Si le film paraît bancal, c'est notamment que la direction d'acteurs laisse à désirer. Tout de même, certains interprètes s'en tirent bien. À commencer par Diane Lavallée. Son sosie banlieusard de Nana Mouskouri ne paraît guère plus intelligent que l'inoubliable Thérèse qu'elle campait dans La p'tite vie. Du bonbon. Au coeur du film, Marc Messier est tout à fait à sa place dans cet univers décalé. Très juste dans la comédie comme dans le drame. Le grand départ n'est pas une de ces comédies dont on sort plié en deux. Il y a bien sûr des moments comiques, notamment l'utilisation ironique du répertoire nostalgie. Mais il y a également des situations forcées, des maladresses. Quant à la réalisation, elle n'est pas toujours maîtrisée et le film souffre de dispersion. Lancé en même temps que les grosses pointures américaines, constituera-t-il, pour son réalisateur, le grand départ espéré? N'est-il jamais trop tard pour refaire sa vie?
audio-vidéo
Claude Deschênes a vu Le grand départ et rencontré son réalisateur.
Désautels: Mélanye Boissonnault a vu Le grand départ et s'est entretenue avec Claude Meunier et Marc Messier.
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