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Cinéma / Festival de Cannes

Laurent Cantet remporte la Palme d'or

Mise à jour le lundi 26 mai 2008 à 12 h 05

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Un texte deMichel Coulombe

Laurent Cantet reçoit la Palme d'or

Photo: AP/François Mori

Laurent Cantet reçoit la Palme d'or entouré d'adolescents qui ont participé au film

Sean Penn, le président du jury de ce 61e Festival de Cannes, avait annoncé les couleurs dès le premier jour de la manifestation. Son jury saluerait le travail de réalisateurs à l'écoute du monde qui les entoure. Le choix unanime de la Palme d'or témoigne bien de cette volonté.

Entre les murs de Laurent Cantet offre un instantané réaliste et émouvant de la vie à l'école. Le film est l'adaptation d'un livre de François Bégaudeau. Celui-ci s'est inspiré de sa propre expérience d'enseignant. Il tient d'ailleurs le rôle principal, entouré de 25 adolescents. Tous des acteurs non professionnels.

À la frontière des genres, fiction aux allures de documentaire, Entre les murs évite habilement le piège de la morale. Le dialogue entre un professeur de français et ses élèves tout au long d'une année scolaire y est fait de malentendus, de mouvements d'humeur, de petites victoires. Le jeu d'ensemble est criant de vérité. Cette Palme d'or constitue une douce revanche pour un film qui a rejoint les rangs de la compétition officielle au tout dernier moment.

Il y avait 21 ans que la France n'avait pas remporté la Palme d'or. La dernière victoire française à Cannes n'avait pas fait l'unanimité. De nombreux festivaliers avaient en effet hué Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat. Face à ces vives réactions, le bouillant réalisateur s'était quelque peu emporté.

En début de soirée, Sean Penn s'est moqué de lui-même, ce qui lui a permis de décocher une flèche à un homme politique dont il n'apprécie pas les méthodes. Car selon lui, il ne serait pas le seul Américain qui ne devrait pas être président... On peut toutefois supposer que les décisions de son jury seront moins contestées que celles de George W. Bush.

Deneuve, Eastwood, del Toro et les autres

Catherine Deneuve entourée de Sean Penn (à droite) et de Robert De Niro (à gauche)

Photo: AP/François Mori

Catherine Deneuve entourée de Sean Penn (à droite) et de Robert De Niro (à gauche)

Ainsi, on a su rallier les cinéphiles en accordant un prix du 61e Festival à deux personnalités marquantes du cinéma. Toutes deux présentes en compétition. Catherine Deneuve, l'interprète principale de Conte de Noël d'Arnaud Desplechin. Et Clint Eastwood, le producteur, réalisateur et compositeur du film historique The Exchange.

Le prix d'interprétation masculine est allé à Benicio del Toro. Il interprète avec conviction un révolutionnaire détesté autant qu'admiré, Che Guevara, dans Che, le double film de Steven Soderbergh.

Du côté féminin, le jury a déjoué les prédictions en remettant le prix à une actrice brésilienne, Sandra Corveloni. Elle tient le rôle d'une mère de quatre garçons, enceinte d'un cinquième, dans Linha de passe de Walter Salles. L'action du film se passe à Sao Paulo.

L'Italie fait très bonne figure. Les deux films italiens sont effectivement au palmarès. Il Divo de Paolo Sorrentino, un portrait féroce de Giulio Andreotti, a reçu le prix du jury. Gomorra de Matteo Garrone, l'adaptation d'un livre à succès sur la mafia napolitaine, a pour sa part obtenu le Grand Prix. Ces deux films courageux tendent un miroir dérangeant aux Italiens.

Selon leur habitude, les frères Dardenne ne sont pas repartis bredouilles du Festival. Le silence de Lorna, qui aborde l'immigration clandestine, a remporté le prix du scénario. Il s'agit pour les Wallons d'un cinquième prix à Cannes, dont deux Palmes d'or.

Benicio del Toro

Photo: AP/Matt Sayles

Benicio del Toro

Un autre habitué du Festival, le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan a été récompensé par le jury. Son film, Les trois singes, l'histoire d'une famille marquée par le silence et le mensonge, lui a valu le prix de la mise en scène.

La Caméra d'or a été attribuée au premier film d'un réalisateur anglais. Son nom laisse penser qu'il était prédestiné à faire du cinéma. Steve McQueen. Hunger fait revivre, de façon très poignante, la révolte des prisonniers politiques de l'IRA emprisonnés en 1981. Plusieurs d'entre eux ont entrepris une grève de la faim qui leur a été fatale.

Le cinéaste canadien Atom Egoyan ne se retrouve pas au palmarès. Le jury oecuménique a toutefois récompensé Adoration. La critique a, dans l'ensemble, exprimé des réserves à l'égard de ce film.

Le grand oublié du palmarès officiel est Waltz with Bashir d'Ari Folman. Ce docu-animation israélien rappelle la guerre du Liban et plus particulièrement le massacre de Sabra et Chatila. Plusieurs espéraient que cette oeuvre onirique remporte la Palme d'or. Le cinéaste pourra se consoler en se disant que son film, très bien accueilli à Cannes, fera assurément le tour du monde. Comme d'ailleurs le court métrage de Denis Villeneuve, Next floor, grand prix de la Semaine de la critique.

Palmarès du 61e Festival de Cannes

  • Palme d'or: Entre les murs, du Français Laurent Cantet;
  • Grand Prix: Gomorra, de l'Italien Matteo Garrone;
  • Prix de la mise en scène: Nuri Bilge Ceylan pour Les trois singes;
  • Prix du Jury: Il Divo, de l'Italien Paolo Sorrentino;
  • Prix d'interprétation masculine: L'acteur américain Benicio del Toro, dans Che, de Steven Soderbergh;
  • Prix d'interprétation féminine: L'actrice brésilienne Sandra Corveloni dans Linha de passe;
  • Prix spécial du 61e Festival: Catherine Deneuve et Clint Eastwood;
  • Prix du scénario: Jean-Pierre et Luc Dardenne pour Le silence de Lorna;
  • Caméra d'or: Ils mourront tous sauf moi, de la Russe Valeria Gaa Germanica, et Hunger, de l'Anglais Steve McQueen, présenté dans la section « Un certain regard ».

Lire les articles et chroniques de Michel Coulombe sur le Festival de Cannes.

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