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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Cinéma

Mise à jour le mardi 31 juillet 2007 à 11 h 34
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Silence, on ne tourne plus

Ciao! Antonioni

Michelangelo Antonioni en novembre 1998

Photo: AFP/GERARD CERLES

Michelangelo Antonioni en novembre 1998

Le monde du cinéma est en état de choc pour la deuxième journée consécutive.

Après Ingmar Berman, voici qu'un autre grand nom du septième art vient de nous quitter.

Le réalisateur italien Michelangelo Antonioni est décédé lundi soir à Rome, à l'âge de 94 ans.

Ses obsèques seront célébrées jeudi à Ferrare.

Le cinéaste de l'angoisse

Né dans cette ville du nord-est de l'Italie, en 1912, dans une famille bourgeoise, Michelangelo Antonioni a d'abord été critique de cinéma dans une revue locale. Par la suite, il va suivre des cours au Centre expérimental du cinéma à Rome.

En 1942, il se retrouve assistant de Marcel Carné, qui réalise Les visiteurs du soir, à Paris. Il coécrit ensuite le scénario du film Le retour d'un pilote de Roberto Rossellini.

En 1943, il tourne Les gens du Pô, un documentaire qui raconte la vie rude des pêcheurs de ce fleuve et qui s'inscrit dans le courant néo-réaliste.

Il réalise son premier long-métrage, Chronique d'un amour, en 1950, après une dizaine de courts métrages. Mais il doit attendre dix ans avant de triompher avec L'avventura, description du vide émotionnel de la société contemporaine. Suivront La notte, L'eclisse et Il deserto rosso, qui le consacrent comme le père cinématographique de l'angoisse moderne, de l'aliénation, du désespoir et de la névrose.

Antonioni, objet de culte

En 1966, il tourne Blow up en anglais à Londres. Ce film fait de lui un objet de culte pour cinéphiles et cinéastes. Ce qui n'empêche pas Zabriskie point, réalisé en Californie en 1970, d'être un échec. Suivra Profession: reporter, en 1974.

Une attaque cérébrale le laisse en partie paralysé en 1983. Cela ne l'empêche pas de tourner Par-delà les nuages en 1995, avec Wim Wenders et, à l'âge de 92 ans, le moyen-métrage Le périlleux enchaînement des choses. C'est l'un des trois volets du films à sketches Eros, coréalisé avec Wong Kar-Wai et Steven Soderbergh.

Les oeuvres d'Antonioni, au style lent, n'ont pas toujours retenu l'attention du grand public. Ses détracteurs trouvaient ses films, aux plans longs, pesants et prétentieux. Par contre, ses adeptes voyaient en lui l'un des fondateurs du cinéma européen d'avant-garde.

Des prix et de grands interprètes

Il aura eu pour interprètes les plus grands noms du cinéma du 20e siècle: Monica Vitti, Jeanne Moreau, Marcello Mastroianni, Gabriele Ferzetti, Alain Delon, Vanessa Redgrave, Jack Nicholson, pour n'en nommer que quelques-uns.

Son oeuvre a été maintes fois récompensée:

  • L'avventura: prix spécial du Jury (Cannes)
  • Blow up: Palme d'or (Cannes)
  • Il deserto rosso: Lion d'Or à la Mostra de Venise
  • Identification d'une femme: prix spécial du jury (Cannes)
  • un Oscar en 1995 pour l'ensemble de son oeuvre

Témoignages

Avec Antonioni, disparaît non seulement l'un des plus grands réalisateurs vivants, mais également un maître du cinéma moderne. — Walter Veltroni, maire de Rome
Antonioni et Bergman avaient atteint tous les deux la plénitude dans leur vie et dans leurs oeuvres. — Théo Angelopoulos, cinéaste grec
Nous perdons avec Antonioni un intellectuel brillant et très sensible, un grand cinéaste: jusqu'à la fin, il a été un fin observateur des maux du 20e siècle dans toutes ses expressions. Sa disparition clôt un cycle historique du cinéma italien. — Francesco Rutelli, ministre italien de la Culture
C'est un homme qui avait un grand sens de l'humour, qui aimait rire, mais il disait aussi que quand il prenait la caméra, il s'apercevait qu'il devenait glacial. De la glace qui pouvait brûler, pour moi c'est la plus belle définition d'Antonioni. — Aldo Tassone, directeur artistique du festival du film français de Florence