
Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.
Animation - Luc Besson
Une critique de Michel Coulombe
Luc Besson constitue un cas à part. Une forme d'exception culturelle dans le paysage audiovisuel français. Afin de concurrencer le cinéma américain, il produit avec sa compagnie Europa des sous-produits, des imitations de films américains. Que dire de Bandidas et de The transporter ,sinon qu'il s'agit de succédanés plutôt navrants?
Arthur et les Minimoys, qui marque les adieux de Luc Besson à la réalisation, confirme le profil de la maison de production et rappelle, aussi, que le cinéaste du Grand bleu a du flair. Le film, qui a coûté 65 millions d'euros, connaît un énorme succès en France depuis sa sortie à la mi-décembre. Madonna et David Bowie sont au générique des voix anglo-saxonnes. Mylène Farmer et Alain Bashung comptent parmi les voix françaises.
Références éclatées
Reste maintenant à percer le très hermétique marché américain... Or, justement, ça tombe bien, l'histoire se passe aux États-Unis. Au Connecticut. Une femme et son petit-fils habitent une maison à la campagne. Dans moins de deux jours ils seront expulsés. À moins que...
![]() Photo: www.arthuretlesminimoys.com |
Il y aurait un trésor caché quelque part dans le jardin, lequel ne serait accessible que grâce aux Minimoys, un peuple de lilliputiens que fréquentait le grand-père disparu quatre ans plus tôt. Construit autour d'une course au trésor dont l'intérêt s'émousse rapidement, le scénario incorpore, en vrac, Shakespeare et César, l'épée du roi Arthur et M le maudit, les Bee Gees et la culture africaine, des rastas et des nains de jardin. Luc Besson fait dans l'éclectisme.
Arthur et les Minimoys s'adresse aux enfants, ou en tout cas à la famille. Il paraît étonnant, rétrospectivement, que ce soit le premier film du réalisateur de Angel A qui se situe, précisément, dans ce créneau. Luc Besson y paraît tout à fait à son aise. Il plonge dans le monde de l'enfance avec abandon et l'associe à la candeur, à la pureté. Celle qui permet de voir ce que les adultes ignorent.
Sauce réduite conventionnelle
Le film combine fiction et animation. Des personnages en 3D s'y déplacent dans des décors bien réels. Pendant qu'une Mia Farrow bien réelle se désespère dans sa grande maison, une légion de lutins animés s'agite sous ses pieds. Ce n'est qu'au bout d'une quarantaine de minutes qu'on découvre enfin ce peuple de poupées Bout'Choux aux grandes oreilles, pour qui un bout de paille constitue un gigantesque tuyau. Retour sans surprise à une convention exploitée dans de nombreux films et séries dont Honey, I shrunk the kids.
À bien des égards, quoique nettement plus coûteux, ce film rappelle certains films ou téléfilms américains pour la famille. Les adultes y sont présentés comme des caricatures. Les méchants en font des tonnes. Le progrès s'y oppose à la protection de l'environnement. Les enjeux s'effacent devant les rebondissements. Et tout s'arrange sur le coup de minuit. La recette, archiconnue, demeure efficace.
C'est avec ce film que Luc Besson ferait ses adieux à la réalisation. Mais il est question d'une trilogie. Alors...