
Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.
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Une critique de Michel Coulombe
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Le titre, il faut le dire, n'a rien de très inspirant. Pour un francophone du moins. Sauf, bien sûr, s'il glisse sur la pente savonneuse de l'assimilation. Trois mots d'anglais, un mot de français, voilà qui lance bien mal un film dont le défi principal consiste à se moquer des uns et des autres en ralliant tout le monde. Et pourtant...
Bon cop bad cop n'est ni un film francophone, ni un film anglophone, mais un film bilingue dont le succès se jouera au Canada anglais. Objet cinématographique insolite. Une partie de l'action se passe en Ontario, une autre au Québec. Chacun s'y exprime dans sa langue maternelle et se moque, au passage, de l'autre groupe linguistique. Pour cimenter tout cela, il faut, évidemment, un lien fort. Quoi d'autre que le hockey? On y revient constamment. Demandez aux Boys! Cette fois, on se réfère aux fictives équipes canadiennes d'une forme de Ligue nationale de hockey. Seront-elles vendues à des intérêts américains? Horreur!
L'effet Lethal weapon
![]() Photo: Altantis Viva Films Patrick Huard et Colm Feore, l'improbable duo de flics |
Bon cop bad cop est une comédie policière plus ou moins calquée sur le modèle de Lethal weapon. Un duo improbable de flics provoque des catastrophes sur son passage (ce qui ici ne gêne visiblement personne), mais arrive néanmoins à ses fins.
Plutôt qu'un noir et un blanc, les scénaristes ont jumelé un francophone et un anglophone. Cela permet de jouer sur tous les clichés que l'on connaît. Le policier québécois, indiscipliné, emploie des méthodes peu orthodoxes. Son homologue ontarien porte des vestons. Chacun en prend pour son rhume à tour de rôle. Équitablement.
Le film fait parfois référence à des personnalités connues. Ainsi, M. Grossbut fait immédiatement penser à un certain Marcel Aubut et l'annonceur télé, un dénommé Berry, rappelle l'insupportable Don Cherry, avec ses cravates de mauvais goût et ses jugements à l'emporte-pièce. Les spectateurs francophones seront ravis de voir cet incorrigible raciste recevoir une solide raclée. Rira-t-on autant au sein de l'autre solitude? Jaune, probablement.
« Une forme d'exploit »
![]() Photo: Altlantis Viva Films |
Bon cop bad cop confirme l'immense talent du réalisateur Érik Canuel (La loi du cochon, Le dernier tunnel), très à l'aise dans le film de genre. Il signe l'un de nos films les plus américains. On y fait même référence au célébrissime « Are you talking to me? » de Taxi Driver. C'est dire.
Quant à ses deux principaux acteurs, Patrick Huard et Colm Feore, ils forment un tandem irrésistible. Et souvent très drôle. À leurs côtés, Pierre Lebeau compose un invraisemblable capitaine de police au tempérament colérique qui cherche, tant bien que mal, plutôt mal en fait, à s'exprimer en anglais. Louis-José Houde, dont on connaît l'étourdissant débit, donne de la couleur à son médecin légiste, désopilant.
Soit, le film ne renouvelle pas le genre. On y trouve, en vrac, tous les attributs du film policier placé sous le signe de la testostérone. Du rock et des tatouages. Du billard et des explosifs. Des bagarres et des poursuites. Des jolies femmes aussi. Canuel sait apprêter le tout avec une redoutable efficacité. Tellement qu'on en vient (presque) à oublier l'abominable titre... Une forme d'exploit.