
Événement
Le film Da Vinci Code, qui défraie la chronique depuis des semaines, voire des mois, a été présenté en ouverture du Festival de Cannes, deux jours avant sa sortie mondiale, dont au Canada.
La critique de Michel Coulombe
Avant même sa sortie sur les écrans, qu'importe le secret habilement entretenu par la production, on avait, pour peu qu'on tende l'oreille, l'impression de tout savoir du célébrissime Da Vinci Code.
![]() Photo: Simon Mein |
On a, il est vrai, retourné dans tous les sens ce best-seller hors normes vendu à 40 millions d'exemplaires. On a consacré plusieurs essais à ce roman qui a soulevé des débats passionnés. Irritation des théologiens. Colère de l'Opus Dei. Crédulité déconcertante d'une partie du lectorat.
Le film de Ron Howard (A Beautiful Mind), précédé d'une énorme campagne promotionnelle, est lancé à Cannes, en ouverture, tremplin idéal pour une sortie planétaire. Bien que le film, tout comme le roman, soit américain, il a indéniablement un cachet international. Inspirée des travaux d'un maître italien, lancée à Paris, poursuivie à Londres, l'intrigue combine quelques symboles dont la renommée dépasse largement les frontières nationales. Léonard de Vinci, le Louvre, le Graal, Jésus. Tout le monde s'y retrouve...
Une odeur de pèlerinage
De la même manière dont les fidèles lecteurs de Harry Potter se sont rendus nombreux dans les salles pour s'assurer de la qualité et de la conformité de l'adaptation, cette fois encore, le monde imaginaire en moins, nombreux seront ceux qui iront voir The Da Vinci Code comme on effectue un pèlerinage.
Histoire de vérifier que tout y est. Qu'on a respecté l'oeuvre. Que ce qu'on leur montre est conforme à ce qu'ils avaient imaginé. Ils peuvent dormir en paix. La structure est intacte, le récit identique. Tous les personnages sont au rendez-vous. Tout juste a-t-on comprimé l'intrigue et l'arrière-plan religieux, tablant sur la connaissance des lecteurs, pour faire tenir l'histoire en deux heures et demie. Défi considérable compte tenu de l'épaisseur et de la complexité du roman. Par ailleurs, Dan Brown aurait ajouté, ici et là, dit-il, quelques informations supplémentaires, puisqu'il aurait poursuivi ses recherches, aidé en cela par de nombreux exégètes. Fignolage.
Un film qui ne décolle pas
Le film, comme le livre, combine les énigmes et les poursuites, les longues explications et les révélations scandaleuses. Formule gagnante?
Et pourtant... Le film de Ron Howard, illustration besogneuse, peine à décoller. Le cinéaste ne parvient jamais à donner une nouvelle vie au roman. Certes, il met en images les récits des personnages, ce qui a certainement contribué à faire grimper le budget de cette superproduction. Et on a mal lorsque le moine albinos se mortifie, se lacérant le dos et portant un cilice qui lui meurtrit la chair. Mais au-delà de la visualisation efficace des indices laissés par le conservateur du Louvre, et quelques plongées qui rappellent clairement le poids du destin sur les protagonistes, le cinéaste ne paraît pas à l'aise dans l'univers pictural et symbolique de Dan Brown.
Aussi noie-t-il son film d'une musique souvent très lourde et risque-t-il d'égarer ceux qui n'auraient pas encore lu la nouvelle bible des libraires....
![]() Photo: Simon Mein |
Pas de chimie entre les acteurs
Le jeu des deux acteurs principaux ne le sert aucunement. L'alliance franco-américaine tombe ici à plat. Audrey Tautou paraît complètement dénuée du charme et du charisme qui l'ont révélée chez Jean-Pierre Jeunet. Peut-être est-ce l'anglais. Ou simplement que son personnage paraît avoir moins d'initiative que dans le roman. Quant à Tom Hanks, il ne parvient jamais à donner vie au professeur Langdon et donne la triste impression d'être tout bêtement congestionné. Aucune chimie entre eux. Niveau zéro. Ian McKellen, grandiloquent, s'en tire beaucoup mieux dans le rôle de Teabing.
On ne change pas une formule gagnante. Aussi Ron Howard s'est-il appliqué à la reproduire de son mieux. On peut gager que la curiosité des millions de lecteurs, celle aussi de tous ceux qui ont hésité à se lancer dans la lecture d'une telle brique, lui donnera malgré tout raison... Le Graal se trouverait-il dans les tiroirs-caisses des cinémas?
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