
Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.
Nouveauté
Une critique de Michel Coulombe
On croyait l'avoir perdu à jamais tellement il alignait les mauvais films. Le revoilà enfin. Woody Allen a dû se rendre à Londres, se résoudre à tourner une première fois à l'étranger, un exploit pour un pareil névrosé, pour enfin retrouver l'inspiration et faire oublier les pétards mouillés des dernières années. Certes, toutes les filmographies comportent leurs hauts et leurs bas mais avec Anything Else et Melinda and Melinda on avait vraiment l'impression que le cinéaste new yorkais avait touché le fond du baril.
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Opéra moderne
Après avoir si longtemps, si régulièrement associé New York au jazz, le cinéaste habille son premier film londonien d'airs d'opéra. En fait, il va beaucoup plus loin. Il propose, à sa manière cela va de soi, une forme d'opéra moderne. Qui ne serait pas chanté, voilà tout. Quant au reste, tout y est. Le jeune homme aspiré dans un monde qui lui est étranger, celui des affaires. La belle histoire d'amour, celle qui fait tant plaisir aux parents. La passion dévorante, celle qui détruit tout. L'ambition, le secret, le crime passionnel. Aussi le spectateur doit-il, d'emblée, accepter des conventions narratives propres à l'opéra. Et des policiers d'opérette.
Woody gagne la partie
Ludique, bien qu'il s'agisse bel et bien d'une tragédie, absolument cynique, Allen, qui cette fois ne joue pas dans son film, échafaude une théorie autour d'une balle de tennis, laquelle, au-dessus du filet, peut, imprévisible, tomber d'un côté ou de l'autre. D'où le titre. Lorsqu'il revient à cette idée, c'est pour l'illustrer de manière très astucieuse. Complètement inattendue en fait. L'espace d'un instant, le spectateur sourit, admiratif. Le cinéaste marque un point. Il gagne la partie.
Scarlett et Thomas
À la manière d'un Rohmer, fasciné par la jeunesse, Allen donne depuis un certain temps un coup de jeune à sa distribution. Ici non seulement rend-t-il hommage à la beauté de Scarlett Johansson et de Thomas Rhys-Meyers, une Américaine et un Irlandais, mais il se laisse aller à filmer des scènes rien moins que torrides. Qui a dit qu'il ne nous surprendrait plus?
Merci au psy!
Des personnages nuancés, des dialogues inspirés (« leurs névroses se lient parfaitement »), un portrait de société où la chance joue un rôle déterminant. Pur plaisir pour le cinéphile qui se repassait Annie Hall de temps à autre en attendant des jours meilleurs. Il sera tout heureux d'apprendre que Woody Allen, qui travaille sans relâche, a de nouveau tourné à Londres avec Scarlett Johansson (et Hugh Jackman!). En fait, puisqu'il tournerait son prochain film à Barcelone, on doit convenir que son psy a fait un énorme boulot récemment... On ne s'en plaindra pas.
Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.